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Par Amélie Coispel - BSCNEWS.FR / Au théâtre comme au cinéma, Ariane Ascaride est éprise de jeu. Depuis sa première déclamation à huit ans, rien n’a changé, le plaisir reste le même. A l’occasion du festival Seules…en scène !, elle interprète, aux côtés de Loïc Mobihan, Le Silence de Molière. Ecrit par Giovanni Macchia et mis en scène par Marc Paquien, cet entretien fictif est un prétexte pour donner la parole à Esprit Madeleine Poquelin, fille de Molière, qui quitte l’ombre et le silence pour confier sa relation ambivalente avec le théâtre. Une mise en abyme passionnante pour faire vivre un personnage qui ne l’est pas moins.

Pourquoi avoir choisi de vous engager dans cette pièce ?  Qu’est-ce-qui vous a séduit dans ce texte ?
C’est d’abord un texte extrêmement bien écrit. C’est intéressant de voir comment on raconte de l’intérieur le phénomène de cette vie dans le théâtre, totalement refusé par la fille de Jean-Baptiste Poquelin ; comment elle parle à la fois de sa détestation du théâtre et de son amour pour son père. Et en même temps, Madeleine connait très bien le théâtre, sait comment il marche, y est partie prenante. C’est toute cette complexité, dans son rapport au théâtre, qui m’a profondément attirée.

La pièce que vous jouez à l’occasion de Seules… en scène, Le silence de Molière, met en scène non pas Jean-Baptiste Poquelin, connu sous le nom de Molière, mais sa fille, Esprit Madeleine Poquelin. Pourriez-vous nous parler un peu de ce personnage ? Comment le décririez-vous en quelques mots ?
C’est très simple. Reclue, coupée du monde, solitaire et dans une répulsion et une attirance incroyable pour le théâtre. Quelle est la difficulté d’être la fille d’un génie ? D’autant plus qu’elle est la fille d’un mariage qui a été sali par une rumeur dont nous n’avons jamais eu la preuve. Madeleine serait le fruit d’un mariage incestueux. Ce personnage est celui de quelqu’un qui s’est retiré du monde. Elle le dit elle-même, elle est comme Alceste.

De quoi parle cette pièce ? du regard lucide d’une fille sur son père?
C’est le regard d’un enfant de créateur sur ce créateur. Molière est quelqu’un de reconnu par tout le monde, quelqu’un qui se donne aux autres, énormément, et qui travaille beaucoup. C’est aussi un père, mais souvent un père absent, avec qui l’on a eu du mal à avoir un lien et en même temps un père que l’on adore, qui aime son enfant mais qui ne sait pas l’exprimer.

Cette pièce aborde un thème très délicat, celui de l’inceste. Comment réussir à ne pas entrer dans le pathos et garder une certaine distance ?
Cette pièce n’est pas du tout dans le pathos, elle est violente, dure. Elle ne demande aucune pitié, jamais. Elle ne demande pas de compassion. Madeleine pourrait être quelqu’un qui n’est pas sympathique ; elle ne se rend simplement pas compte que son antipathie est liée à une grande souffrance. Mais cette souffrance ne se transmet pas dans le pathos du tout.

Quelle a été votre réflexion sur ce personnage, comment l’avez vous imaginé, abordé ?
On s’est beaucoup tourné autour l’une de l’autre. Je ne sais jamais comment j’aborde un personnage. J’attends de l’apprivoiser et qu’il me laisse le droit d’entrer petit à petit. On ne peut pas avoir une idée a priori ou pré-conçue sur un personnage, ce serait une fausse piste. J’ai mis beaucoup de temps pour arriver à l’attraper. Aujourd’hui, c’est un personnage pour qui j’ai beaucoup de respect et d’affection. Mais c’était un travail de longue haleine.

Cette pièce est mise en scène par Marc Paquien. Comment s’est passé votre collaboration ? Comment travaille-t-il ?
Ca a été une collaboration formidable, une très belle rencontre. Marc Paquien a un grand respect et un grand amour des acteurs et des actrices. C’est un immense accompagnateur, il ne lâche jamais. Il est là, et en même temps, et c’est ce qui est bien, il a une véritable exigence. Avec douceur, il demande d’aller toujours plus loin. C’est ce qu’il faut attendre de la part d’un metteur en scène. Il fait partie des grands metteurs en scène. Ce sont ceux qui ne sont pas là pour montrer à quel point ils sont virtuoses dans la mise en scène. On pourrait se demander où elle est la mise en scène, mais elle est là, elle est très présente. Elle est comme un canevas très serré mais elle a l’élégance de sa discrétion.

Marc Paquien est connu pour mettre en lumière sur les planches des femmes importantes du cinéma français : après Dominique Blanc, Catherine Frot…Etiez-vous touchée qu’il vous propose ce rôle ? et pourquoi celui-là, à votre avis ?
J’ai été touchée par la proposition de texte car cela m’intéresse profondément de réussir à parler du théâtre dans le théâtre. C’est quelque chose qui me plaît beaucoup.

Cette oeuvre fait aussi écho à votre propre vie, puisque vous avez deux filles qui ne souhaitent aucunement être comédiennes. Cela a-t-il changé votre manière de voir les choses ?
Non, pas du tout ! Elles ont dit un jour qu’il y avait deux fous dans la maison et que ça suffisait, que ça n’était pas la peine qu’il y en ait d’autres. Et je suis fort heureuse qu’elles ne veuillent pas devenir comédiennes.

Par ailleurs, vous montez sur scène en ce moment pour Touchée par les fées, où, dans un monologue, vous racontez votre propre histoire. Y aurait-il des points communs entre cette pièce et ce monologue ?
C’est plus compliqué que cela, je ne raconte pas vraiment mon histoire. D’abord, ce n’est pas moi qui raconte, c’est Marie Desplechin, qui a écrit le texte, c’est très important. Elle l’a écrit à partir de discussions que nous avons eues. C’est un texte qui raconte comment je suis la mieux placée pour jouer Puck, dans le songe d’une nuit d’été. Il y a toujours des croisements qui se font entre Shakespeare et ma vie. Bien sûr, il y a des points communs entre Touchée par les fées et Le silence de Molière. Je ne pourrais pas dire lesquels exactement mais il y en a. Le point commun, c’est sûrement ce rapport fort à mon père, qui est le premier à m’avoir fait montée sur scène quand j’étais une enfant. Le reste est un peu flou, c’est un peu indicible mais il y a de quoi faire !

On vous connaît davantage encore pour votre présence au cinéma. Continuez-vous à travailler pour le 7ème art aussi ou vous consacrez-vous au théâtre désormais ?
Mon métier, c’est de faire le clown. Je le fais devant une caméra et je le fais sur un plateau. Pour moi, il n’y a aucune différence. Que ce soit au cinéma ou au théâtre, je fais juste mon métier. La manière de le faire a plusieurs éclairages si je puis-dire, mais je ne choisirais jamais entre le théâtre et le cinéma, jamais.

( Ariane Ascaride  © Richard Schroeder / Getty Image )

Dates des représentations :

Le Silence de Molière

- Au Festival Seules…en Scène au TOP le 12 mai 2015 - Mardi 12 mai 2015 20:30
- Au printemps des comédiens à Montpellier les 18 et 19 juin 2015

Touchée par les fées
A l’aquarium ( Paris) les jeudi 14, vendredi 15, samedi 16 et dimanche 17 mai 2015 et au Théâtre du gymnase ( Marseille)  jeudi 28, vendredi 29 et samedi 30 mai 2015.

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