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Alex GrossPar Julie Cadilhac - Bscnews.fr/ Né à New York, Alex Gross a grandi là-bas, à Long Island, et y a vécu jusqu’à ses 18 ans pour partir ensuite
 à l’université. Enfant, il a appris à dessiner avec les Comics Marvel, principalement ceux imaginés par Jack
Kirby. Grand amateur de bandes-dessinées, pendant des années, son sujet de prédilection c’était les super-
héros.

Il a suivi des cours à l’Art Center College of Design, à Pasadena en Californie, et c’est là qu’il a «
vraiment appris correctement » à dessiner. Alex Gross affirme avoir eu la chance de recevoir l’enseignement
 d’excellents professeurs comme Burne Hogarth, Richard Bunkall, Paul Souza ou encore Robert Rodriguez.
 Grâce à eux, il s’est initié à la peinture et au design. Aujourd’hui il vit toujours en Californie, depuis plus de
 25 ans maintenant. Son oeuvre, pop-surréaliste, feu d’artifice de couleurs, dénonce notamment la société de 
consommation, le désordre humain, la sur-consommation et l’envahissement de notre monde par la publicité. Il a accepté que nous apposions sur le visuel d’une de ses toiles un slogan en hommage à Charlie-Hebdo
 parce que « les artistes du monde entier sont tristes et inquiets eux-aussi à propos de ce drame ». Nous l’en
 remercions encore vivement et vous laissons découvrir un peintre américain de talent qui ouvre avec nous cette nouvelle année sous le signe de la nécessité d’un réveil salvateur de nos consciences. Un interview de
 circonstances!


 

Vos toiles sont engagées : elles
 dénoncent une société consumériste,
nombriliste…Est-ce un 
simple constat amusé sur l’évolution
 du monde ou une réelle inquiétude
 de votre part?


Je ne sais pas qui pourrait interpréter ces images
 qui dénoncent la société de consommation 
comme de simples constatations amusantes...
mais, au cas où mon travail ne serait pas clair,
 c’est une véritable préoccupation pour moi et
 pour des millions d’autres à travers le monde. 
La plupart des gens se sentent très impuissants
: comment faire quelque chose de significatif
 pour changer tout ça? Le contrôle massif des 
médias et le niveau élevé d’intégration de la
 publicité dans tous les aspects de la vie quotidienne
 a engourdi le cerveau de beaucoup de
 gens car ils sont sous nos yeux des centaines et
 des milliers de fois par jour. Je trouve cela très 
perturbant.

Puisqu’on est en janvier, le mois 
des bonnes résolutions, lesquelles 
souhaiteriez-vous que les dirigeants
 du monde prennent pour
changer le monde?

Ce serait une perte de temps de parler aux dirigeants
 du monde à propos de quelque chose
 de significatif. Chacun d’entre eux tient ses positions
 de pouvoir parce qu’il a été acheté par 
les corporations dominantes dans sa nation. 
Dans mon pays, les politiciens reçoivent tous
 d’énormes quantités d’argent provenant de l’industrie
 pétrolière et autres sociétés horribles
 qui sont seulement intéressés par le fait d’augmenter 
leur richesse. Aucun de ces politiciens 
ne se soucie de ce que vous ou moi pensons,
 et toutes leurs décisions sont basées sur qui les 
rémunère. Tant que tout ce système ne sera pas 
modifié de sorte que les entreprises ne puissent
 pas influer sur le gouvernement, rien ne changera.
 Dans la plupart des pays du First World, le système est similaire, malheureusement. Puis, 
dans certains endroits, comme en Russie, il n’y
a même pas l’illusion d’un système démocratique.
 Poutine contrôle tout simplement à son
 avantage et tout le monde le sait.


Beaucoup de moutons dans vos
 toiles… pour les raisons qu’on 
imagine?


Oui, je crois que le symbole des moutons est 
universel….


Le téléphone est également un
 accessoire récurrent…quelle est
 votre rapport personnel et artistique
 avec cet objet usuel?


J’ai une relation de haine-amour avec les
 smartphones, comme beaucoup d’entre nous.
 Quelqu’un qui a le regard plongé sur un téléphone
 est, pour moi, la meilleure image 
visuelle symbolique pour représenter cette 
époque. Il y a seulement 15 ans, j’étais au Japon 
et je regardais les gens dans la rue plongés dans leurs téléphones cellulaires. Ce n’était
 pas encore une chose courante ici aux Etats-
Unis, mais au Japon, ils ont toujours généralement
 ce genre de choses technologiques
 avant nous, donc ils étaient déjà concentrés
 sur leurs téléphones à envoyer des messages.
 Ils marchaient dans la ville de Tokyo en ébullition, 
ou se déplaçaient sur un vélo, en regardant
 vers le bas sur leur téléphone au lieu
 de regarder devant eux. Je pensais que c’était 
la chose la plus stupide que j’avais jamais vu.
 Bien sûr, rapidement, quelques années plus 
tard, tout le monde ici est en train de faire 
la même chose. Je trouve ça incroyablement
 exaspérant de voir un idiot traverser une intersection 
bondée de voitures et de gens en 
regardant son téléphone. ici, à Los Angeles, 
beaucoup trop de conducteurs pianotent
 sur leurs téléphones. Des trucs comme ça
 me rendent très en colère.
 D’un autre côté, le téléphone portable a profondément
 changé de nombreux aspects 
de la vie en positif. Ma mère m’est un rappel
 constant de l’ancienne façon de faire les
 choses. Un jour qu’elle était venue me rendre 
visite ici à Los Angeles (elle vit à New York),
 elle voulait savoir si j’avais une carte de la
 ville qu’elle pourrait m’emprunter pour se repérer. J’ai réalisé à quel point cette idée 
était devenue archaïque. Non, je n’utilise 
pas une carte! J’ai un téléphone cellulaire. Et
 donc ma mère a fait pareil. Il suffit d’utiliser 
ton téléphone, je lui ai dit. Il y a tellement 
de choses pour lesquelles le téléphone est
 utile que certains objets , comme des cartes,
deviennent presque obsolètes. J’apprécie 
donc tous les avantages que la technologie
 a apportés à nos vies mais j’ai un problème
 quand les gens deviennent trop obsédés
 par ces appareils. Combien de fois ai-je vu
 quelqu’un qui attend à une intersection, et
 juste le temps de ces 20 secondes, pendant
 qu’il attend que le feu passe au vert, il 
a besoin de prendre son téléphone. Pourquoi
? Il semble que personne ne puisse être
 simplement là. Personne ne peut se tenir 
debout ou s’asseoir encore pendant 20 secondes 
sans regarder quelque chose sur son 
téléphone. Pour moi, cette obsession de soi
 et ce remplissage constant d’espace vide est
 de mauvaise augure pour la façon dont les 
gens vont être dans un proche avenir.


On croise également souvent 
Vladimir Poutine et Barack Obama
 - que vous aveuglez systématiquement…
Dîtes-nous en
 plus…


Je n’ai peint Obama que dans deux tableaux. 
Poutine l’a été dans trois. J’ai aussi
 peint d’autres leaders mondiaux, la peinture 
« Disrespect » montre quatre chefs de file 
mondiaux. J’essaie simplement de peindre 
sur des thèmes d’actualité, qui représentent 
le monde tel qu’il est maintenant, et montrer 
les choses comme je les vois. Poutine 
et Obama sont évidemment deux des leaders 
mondiaux les plus importants. J’ai
 beaucoup de convictions fortes sur la politique,
 en particulier en Amérique….mais 
je ne suis pas particulièrement intéressé par le fait de 
faire des peintures politiques. Alors je essaie 
d’être très sélectif quand j’utilise l’imagerie 
de personnages politiques comme celle du président.


Beaucoup de couleurs dans
 vos images, beaucoup de détails…
l’image en devient
 presque «agressive »… est-ce
 volontaire? Votre façon
 de marquer l’imaginaire des
 gens?


Je ne sens pas de lien entre le fait qu’il y
 ait beaucoup de couleurs et de détails et
 le mot «agressif». Mon approche est très
 simple: j’essaie et suis prêt à utiliser les couleurs 
qui me semblent juste pour chaque
 tableau. J’aime ajouter une grande variété
 d’éléments dans les tableaux larges mais je 
fais aussi de plus petites pièces, simples,
 sans beaucoup de détails. Je pense que la 
combinaison d’éléments dans un grand
 travail est idéale pour créer des combinaisons 
intéressantes et stimulantes. Cela 
me donne plus de libertés pour atteindre
 mes objectifs artistiques. Le truc, c’est
 de ne pas laisser quoi que ce soit hors de 
contrôle. Les couleurs peuvent être lumineuses,
 mais pas si brillantes qu’elles
 en deviennent criardes. La toile peut être 
riche en détails mais pas au point que 
l’oeil ne sache pas ce qu’il faut regarder.
 Contrôler le chaos est la clé.


Avec quels outils, matières et
 supports travaillez-vous?


J’utilise « Photoshop » pour la plupart de
 ma préparation et mon travail de composition.
 Une fois que ceci est fini, je dessine 
l’image sur la toile et la peins avec de la
 peinture à l’huile. Je peins sur un panneau 
ou sur du papier mais j’utilise toujours de 
la peinture à l’huile.


On peut qualifier vos oeuvres
 de pop-surréalistes… avez-vous
 des mentors dans ce domaine?


J’ai exposé en galeries avant que le terme 
de «pop-surréalisme» ne naisse . Je ne 
pense même pas que c’est un véritable 
mouvement. C’est tout simplement un 
terme qui englobe des artistes « figuratifs» 
qui ,généralement, travaillent en dehors 
de la scène de l’art traditionnel…mais de
 nombreux artistes «pop-surréalistes» ont
 peu en commun les uns avec les autres.

Deux de vos toiles « Narcissism
» et « Distractions »
 semblent se répondre…pourriez-
vous nous en dire davantage
 sur la genèse de ces
 oeuvres?


« Distractions»(la couverture du magazine) a été fait en premier. Cette toile montre
 une variété d’hommes et de femmes, dont la 
plupart sont en train de consommer, de fumer
 ou à la recherche de quelque chose. Le 
concept est assez simple - c’est une représentation 
transversale de l’humanité et des 
choses qui la distraient. J’y ai inclus un portrait
 de moi avec un certain nombre d’autres 
personnes. Pour « Narcissism »? Un magazine
 américain voulait faire un article sur
 mon nouveau travail et une exposition à venir,
 et m’a demandé de fournir un autoportrait
 comme ils le font habituellement. J’ai fait
 une image photographique / numérique qui
 a une composition très semblable à celle de
 «Distractions», sauf que tous les personnages
 sont moi-même. Il m’était venu à l’esprit que 
quelque chose de semblable pourrait constituer
 une peinture intéressante aussi. Je n’ai
 pas l’habitude de me peindre trop souvent,
 donc c’était une bonne occasion de le faire 
vraiment une fois… et dans ce cas, en multipliant
 mon visage, de marquer le coup.


Enfin, quelles actualités pour
 Alex Gross?


En octobre 2014, j’ai fait une exposition à 
la galerie Jonathan Levine à New York. Mon 
quatrième livre d’art a également été publié à
 l’époque, intitulé « Future Tense ». Ce dernier
 reprend la plupart de mes peintures à l’huile 
de 2010 jusqu’à la moitié de l’année 2014. 96
 pages qui donnent beaucoup de détails sur
 mes plus grandes oeuvres. Vous pouvez le
 trouver en ligne.

WWW.ALEXGROSS.COM

 

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