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KukulaPar Julie Cadilhac - Bscnews.fr/ Nataly Abramovitch est née dans un petit village isolé au nord de Tel Aviv. Beaucoup de ses voisins d'alors étaient des rescapés de l'Holocauste. Aussi son imagination d'enfant s'est nourri à part égale de récits des horreurs de la seconde guerre mondiale et d'histoires de princesses merveilleuses. Après avoir reçu son diplôme d'illustration en 2003, elle est partie vivre aux États-Unis où elle réside encore aujourd'hui.


Kukula est son nom d'artiste. Ses sujets sont exclusivement féminins et portent à l'envi des accessoires de toutes sortes ( chapeaux, hauts talons, lunettes, gants). Parées de dentelles et de dessous affriolants, les seins souvent dénudés, elles n'ont cependant rien de provoquant tant elles semblent flotter dans un ailleurs auxquelles elles ne nous donnent pas l'accès. Ces poupées sans sourire et aux yeux étranges évoluent dans des cadres souvent bucoliques, piqués de détails surréalistes. Ça et là, leur corps, leur costume ou un de leurs accessoires semble être un clin d'œil à la Russie. Rencontre avec Kukula pour éclaircir - peut-être ! -  le sens de tous les symboles qui peuplent ses toiles...

Vous êtes née à Tel-Aviv; on peut lire sur votre site que votre imagination, quand vous étiez enfant, avait été nourrie à parts égales par les contes de princesses et les histoires de la seconde guerre mondiale. Comment avez-vous réagi, enfant, aux histoires des survivants ? Les fait-on écouter en Isaraël aux enfants de façon à ce qu’ils n’oublient pas de rester vigilants ?
Je suis née dans un petit village pas très proche de la grande ville. En Israël, nous apprenons tous l’histoire de la Seconde Guerre Mondiale, et ce dès le plus jeune âge, certains plus jeunes que d’autres, et nous en parlons aussi souvent qu’ouvertement. En tant que petite file, ces histoires ont essentiellement détruit mes rêves de petits poneys gambadant dans la vallée. Le mélange était mauvais dans ma tête, et m’a donné bon nombre de cauchemars.

Vous vivez aujourd’hui aux Etats-Unis parce que c’est plus facile pour un artiste de s’exprimer dans ce pays, ou parce que la culture américaine vous inspire dans votre art ?
Pour ces deux raisons oui, mais j’ai principalement bougé là-bas pour être avec mon mari. Je pense que les Etats-Unis sont un pays bien plus facile à vivre que le reste du monde ne l’est. Je ne pense pas qu’Israël n’était pas facile pour moi parce que nous devons faire des efforts pour aller ailleurs. Ce n’est pas que je sois désagréable, mais je ne m’entends pas avec tout le monde. Quoiqu’il en soit, aujourd’hui tout passe par Internet, et je ne suis pas sûre que le lieu où l’on habite importe vraiment.

Vos personnages féminins ont des visages de poupées et ne sourient jamais, pourquoi donc ?
Parce que sourire en dirait plus que ce que je veux dire, cela nuirait bien trop à l’atmosphère de la peinture. Sourire n’est pas important pour moi, c’est quelque chose que nous faisons lorsque nous communiquons avec des personnes de manière qu’elles se sentent à l’aise. Je ne suis pas sûre que ce soit ce que j’ai envie de faire avec mes peintures. J’essaye de communiquer avec plus que des expressions sorties tout droit de cartoons.

Quels mouvements artistiques vous influencent ? Si vous aviez à citer des artistes dont le travail vous inspire, quels seraient-ils ?
Les mouvements baroque et rococo. J’aime beaucoup Fragonard, Boucher et Gainsborough.

Chaussures et coiffures semblent être les deux obsessions principales de vos peintures, à moins que l’on ne se trompe ?
C’est vrai, j’adore les chaussures, les coiffures et la mode en général. Je pense que cela en dit plus sur le tempérament d’un personnage et l’émotion de la peinture... plus qu’un sourire par exemple.

Et si vous nous racontiez l’histoire de The Guardian, par exemple ? Comment est née cette peinture ?
J’ai vu cette tenue sur le compte INSTAGRAM de Ulyana Sergeenko et j’ai eu envie de la dessiner, et après que je l’ai fait, je l’ai scannée et projetée sur un grand tableau. Je l’ai dessinée, encore et encore, ajoutant plus de détails, je l’ai scellée avec du gesso et peint à l’huile pendant un mois environ.

À l’aide de quels médiums et outils travaillez-vous?
J’utilise Photoshop pour faire de la composition pour qu’elle soit exactement comme je l’imagine,  parce que quand on le fait sur papier -  le papier a sa propre forme - c’est beaucoup plus difficile à trouver. Je peins sur un panneau de fibres à densité moyenne parce que j’aime le fait que ce soit lisse, mais également j’aime le rendu visuel qui donne l’impression d’une texture papier.  C’est épais et lourd. Je dessine à l’aide de graphite, de sorte que je fais une première couche en bleu acrylique et puis je me mets à peindre à l’huile.

Immédiatement on pense aux poupées russes, avez-vous un lien particulier avec la Russie ?
J’ai beaucoup d’amis russes, c’est le seul et unique lien. Mais j’apprécie énormément la culture russe, j’ai toujours été extrêmement inspirée par la culture française aussi, mais j’aime également la mélanger avec d’autres traditions venues des quatre coins du globe. Ma dernière exposition était un mélange entre traditions russes et américaines.

Ces poupées russes ont un regard quelque peu désenchanté avec ces paupières tombantes, ces moues boudeuses; est-ce votre manière de montrer que vous n’attendez rien de mieux de la part de l’humanité ?
(Rires).Je n’avais jamais envisagé cela sous cet angle, mais je pense que c’est une remarque très intéressante, tout particulièrement après la première question. Je m’attends à bon nombre de choses terribles de la part de l’humanité c’est vrai, mais je ne pense pas que les arts seuls sont capables de faire en sorte que les choses aillent mieux, et je suis toujours inspirée... donc je ne pense pas être seulement négative.

Pour conclure, une exposition bientôt? Et si oui, où ?
Quelques unes de mes oeuvres seront exposées à Rome au Dorothy Circus au cours du mois de juin 2014, et mon exposition personnelle aura lieu à la galerie AFA de Nex-York en juin 2015.
 
Le site de Kukula

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