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Daniel Riolo - Racaille Football Club - RMC - After footpar Nicolas Vidal - BSCNEWS.FR / Daniel Riolo est journaliste sportif sur RMC où il participe notamment à l’After Foot. Il vient de publier Racaille Football Club (éditions Hugo & Cie), un ouvrage sur les coulisses du foot français qui ne manque pas de faire des remous bien au-delà du football.

Le propos est direct et la polémique omniprésente sur l’un des sports qui porte le plus à controverse. L’Équipe de France de Football, Franck Ribéry, la Fédération française de Football, l’affaire des quotas, la religion, la Marseillaise, les agents et la microsociété des joueurs de foot professionnel, tout y passe. Daniel Riolo évoque tous ses sujets avec un franc-parler peu commun dans ce milieu où le politiquement correct est devenu la norme.

L'idée de ce livre n'est pas anodine. D'où vous est-elle venue ? Autrement dit, y a-t-il eu un événement en particulier ou est-elle le résultat d'une réflexion plus profonde sur le football français ?
La Coupe du Monde 2010 est évidemment un point de départ. Il y a eu beaucoup de livres sur le sujet et des très bons. Celui de Vincent Duluc, journaliste de l’Equipe. Celui du sociologue Stéphane Beaud aussi. Mais je trouve qu’il manquait une dimension. Celle concernant l’extraction sociale du joueur de foot. D’ou il vient, qui il est réellement. Beaucoup de choses qu’on ne veut pas dire. Des thèmes qu’on n’aborde pas de peur d’être mis dans une case. Après 2010, il y a eu l’Euro 2012. Et puis la vie des clubs de Ligue 1. Des problèmes récurrents. L’attitude des joueurs dont on parlait sans cesse. Pour les gens, le public, le comportement des joueurs, l’attitude étaient devenus primordiaux. Après l’Euro 2012, je me suis dit qu’il fallait y aller. Dire ce qui se disait « Off ». 

Est-ce que le concept du Racaille Football Club prend il ses origines après 1998 alors que même que la campagne de communication d'Adidas invoquait la célébration du vivre ensemble par le football ?
En débutant mon enquête, ma réflexion, il était évident qu’il fallait remonter le temps et se demander comment on était passé d’un moment d’extase national à un désamour aussi grand entre le public et les joueurs français. L’arnaque « Black Blanc Beur » sert de point de départ.

Vous citez les mots de Pascal Boniface qui considère que le football est devenu un élément majeur de la diplomatie mondiale. Qu’en est-il pour vous aujourd’hui ?
Il disait ça en 1998. Ça et d’autres énormités. Il disait aussi que Zidane était l’équivalent des philosophes des Lumières. Incroyable. Et comme les prechi precha de son genre, comme tous les biens pensants, quand ça ne marche plus, quand le joueur est critiqué, d’un coup, il faut le laisser tranquille. D’un coup on ne doit plus lui demander d’être exemplaire. Il fait partie des gens qui nous ont vendu le rêve de 1998. Il véhicule la culture de l’excuse, de l’indulgence. Il est payé par la LFP pour vendre le foot sous un verni faussement intello.

 " Le public aime le foot. Pas ceux qui le font. " À quand remonte d'après vous le divorce ? Est-ce la "grève" de Knysna qui marque cette rupture ?
Oui, Knysna est un choc très grand dans l’opinion. Les Bleus ont alors bafoué les couleurs, le maillot, le pays. La honte de la France, c’est eux ! C’est comme ça que le public a perçu cette catastrosphe sportive.

Vous avez une conception peu conventionnelle du Ministère des Sports. Pensez-vous que le ministre devrait-il être plus interventionniste en ce qui concerne la délégation donne à la FFF pour la gestion du football amateur ?
Il ne peut pas intervenir car la FIFA est très vigilante à ce sujet. En 2010 et au vue de la gravité des faits, le Ministre aurait pu demander à ce qu’on fasse le ménage. Maintenant le vrai problème c’est surtout l’incompétence qui dirige la FFF depuis des années. Des amateurs qui gèrent le foot pro, c’est anormal.

Yoann Gourcuff n'incarne-t-il pas une certaine idée du football français pour une partie des supporters, étrangers aux codes de la cité ?
On a opposé Gourcuff, figure du bon français, aux mecs des cités, oui c’est vrai. C’est le public qui a fait ça, pas les médias. Gourcuff a été mis en avant par les médias quand il marchait très fort, mais au même titre que Karim Benzema ou que Hatem Ben Arfa. Et ces mêmes médias ont été très durs avec lui quand il n’a plus été bon, comme pour les autres. Après si le public a voulu voir autre chose…
Reste qu’il est vrai que Gourcuff n’était pas en phase avec les leaders du groupe France en 98. Il est hors code des cités, c’est vrai. Il est la « victime », le « boloss »…

Vous revenez sur cette émission diffusée en septembre 2012 où certains joueurs de l'équipe de France ont participé à un quizz de culture générale, révélant une effroyable méconnaissance des hommes politiques français. Vous parlez à ce propos  "d'un règne de la complaisance de l'ignorance". Pensez-vous que cela soit généralisé auprès des joueurs de football professionnels de cette génération  ?
Oui, c’est vrai. Comment un média peut donner cette image et grosso modo laisser passer un autre message qui est celui de dire que ce n’est pas bien grave cette ignorance. Que ça fait partie du « truc ». Le culte de l’ignorance, oui voilà c’est ça. Je parle aussi d’un spectacle auquel assiste les Bleus en 2008 au Jamel Comedy Club. L’humoriste dit que le blé que gagnent les joueurs c’est tout, c’est l’aboutissement, que le « savoir » on s’en fout… L’image est détestable…

Dans l’univers des vestiaires, on y découvre une hiérarchie clairement établie qui s’élabore selon les revenus, la notoriété ainsi que les origines. Cela ressemble étrangement à une microsociété avec des valeurs et des classes ?
Comme dans chaque milieu, il y a des codes. Et cela tourne autour de l’argent. Le salaire établit les hiérarchies.

Vous abordez l’affaire Zahia dans laquelle Franck Ribéry, ailier international de l’équipe de France serait impliqué. Vous avez, à ce sujet, recueilli une analyse sur l’état d’esprit du joueur  ( le texte étant en italique). De qui la tenez-vous ou est-ce ce qui se dit dans le monde du football à propos de cette affaire ?
Des gens qui connaissent très bien le joueur. C’est du « off ».

« Le lien entre la musique et le foot, c’est ma bande-son ». Les mots de Frédéric Musa, animateur de Planète Rap sur Skyrock sont intéressants sur ce rapport. Pouvez-vous nous en dire plus ?
C’est très simple. Les joueurs viennent majoritairement de banlieue, ils écoutent tous du rap. Le rap est lié au basket aux USA, la pop a longtemps été liée au foot en Angleterre… en France, dans le foot, c’est rap et foot. Dans les vestiaires tenter de mettre une autre musique est une gageure…

Vous posez également l’épineux sujet de la Marseillaise qui divise beaucoup au-delà même du monde du football. À ce sujet, quel est votre sentiment sur les différences souvent évoquées entre l’équipe de France et les autres sélections nationales européennes notamment sur les valeurs communes ?
Pendant longtemps, ça n’était pas important. Dans les années 80, on ne chantait pas en Italie, en Allemagne et pas en France non plus… ça n’était pas un enjeu. Aujourd’hui, partout, on chante. Comme si le terrain de sport était devenu le dernier endroit ou afficher patriotisme, voire nationalisme. A ce titre le public aime ça, au delà des idées politiques qu’il peut avoir par ailleurs. Bilbao, le Barça, sont des équipes espagnoles appréciées pour leur nationalisme affiché. Dans la « vraie vie » le nationalisme est plutôt mal vu pourtant. Je préfère de très loin le patriotisme qui n’implique pas le rejet de l’autre. Et donc, dans un monde sans frontières ou aux frontières devenues floues, le sport sert de refuge. Et quand des joueurs ne chantent pas ou pire disent ne pas vouloir chanter, le public n’aime pas. Si on ajoute à ça, une donnée claire qui est que les jeunes en banlieue, pour diverses raisons, cultivent un rejet de la France, on va alors vers une rupture entre les joueurs et les attentes du public.

Dans quelle mesure, selon vous, c’est « un problème d’ordre sociétal ce refus obstiné de ne pas chanter la Marseillaise» ?
Comme je le disais plus haut, les jeunes d’origine étrangères, même en remontant à 2 générations, cultivent un rejet de la France. Il ne faut pas forcément les accuser de ça. Si on en est arrivé là, ils ne peuvent pas être les seuls responsables de cette cassure. La politique menée dans notre pays depuis la fin des années 80 est largement responsable du problème…


L’Islam et le football sont l’un des fils rouges importants de votre ouvrage. Vous citez notamment Gilles Kepel, éminent spécialiste de l’Islam qui parle d’une "hallalisation" de l’équipe de France ou encore les mots surprenants de Fabien Barthez, ancien gardien international. À votre avis, le communautarisme pèse-t-il sur l’équipe de France ?
Le communautarisme pèse sur le pays tout entier. Quand je parle de ce que vous appelez les « fils rouges » je pose surtout la question de ce qu’est devenu la France. N’est ce pas une société multiculturelle qui s’ignore ? La tradition républicaine n’est-elle pas en déclin ?

Vous nous rapportez les témoignages édifiants sur les coulisses de la formation française pour les jeunes footballeurs qui font suite à l’Affaire des quotas de 2010, notamment sur l’aspect physique de joueurs. Pourquoi avez-vous intitulé ce chapitre « Clairefontaine et l’île du Docteur Moreau» ?
Parce qu’on a vraiment l’impression qu’on se livrait à des expériences. Le noir va-t-il plus haut ? Certains disaient clairement qu’on gagnait plus facilement un match avec des joueurs noirs. Et l’affaire des quotas, c’est au départ une affaire de quotas à l’envers. On a regardé la couleur des joueurs quand même. Et à des raisonnements stupides, on a répondu en 2010 par des réflexions tout aussi débiles du genre : Les espagnols gagnent sans joueurs noirs. On s’est demandé si les bi nationaux aimaient vraiment la France… Alors de façon curieuse aujourd’hui on travaille sur la notion « d’attachement »…

Votre livre aborde également le marécage juridique du métier d’agent de joueur où vous citez l’un des responsables de la Fédération française de Football qui reconnaît ne pas avoir pu prendre de nouvelles dispositions légales pour interdire les genres et les intérêts. Le Football français, selon vous, a-t-il vraiment envie d’assainir sa situation et écarter les doutes qui pèsent sur lui ?
C’est impossible. On dit à Bernès : « Tu ne peux plus être l’agent de Deschamps et en même temps de certains joueurs de l’EDF »… Mais qui ira empêcher Bernès de parler à Deschamps, ils sont amis depuis 20 ans !

Vous écrivez que « l’émotion du marché du football n’est rien d’autre que le prolongement du spectacle et du show-business». Pouvez-vous nous en dire plus ?
Les agents quand ils sont très importants, placent leurs joueurs dans les clubs. C’est comme s’ils faisaient le casting d’un film. Regardez à Monaco ce qu’il s’est passé cette été. Mendès, le plus important agent du monde, dispose d’un catalogue de joueurs très important. Il a démarché le club et a placé beaucoup de ces joueurs. Il a par ailleurs domicilié son agence à Beverly hills…

Pour finir, pensez-vous que le football français a une stratégie pour ne pas perdre le contact avec le marché solvable qui le fait vivre ? Ou son déclin est-il inexorable ? Autrement dit, quel avenir, selon vous, pour le football français ?
Sa stratégie est simple. Aujourd’hui l’attitude du joueur est devenue capitale. Autant que le niveau technique du joueur. Et pour ne pas se couper, et comme le foot ne va pas régler les problèmes de la société française, et bien les clubs inspectent, enquêtent et coupent. On regarde d’ou viennent les joueurs, comment ils sont, comment ils parlent. On cherche à éviter les clans avec trop de joueurs identiques. On fait des quotas sans le dire. On fait des choix. Il n’y aucun jugement moral à porter la dessus. Les clubs ont une entreprise à faire tourner. Mais comme ils sont en difficultés économique, qu’ils gèrent mal leur finance, on s’améliore peu ? On fait signer des contrats professionnel trop tôt aux joueurs, on les vend… C’est du business. La France est une fabrique à footeux. C’est même le 2e pays exportateur après le Brésil. On forme, on vend. On se demande parfois si la performance est encore importante. Regardez le PSG et Monaco, deux clubs avec beaucoup d’argent. Ils ne prennent pas de joueurs français, ou très peu. Soit ils n’ont pas le niveau, soit ils ont une mentalité qui laisse à désirer….

► RACAILLE FOOTBALL CLUB de Daniel Riolo
Editions Hugo & Cie
19,90 €

 

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