L'aversePar Marc-Emile Baronheid- Bscnews.fr/ Fabienne Jacob n’est pas lestée de l’appareil barnumesque mis au service des gros vendeurs de la rentrée littéraire. C’est tant mieux pour les lecteurs insensibles aux injonctions des mercanti. Ils ressentiront l’authentique plaisir de la découverte. C’est confortable pour elle, qui ne devra pas justifier d’à-valoir démesuré.
Onze portraits d’auteurs agrémentent la couverture du bulletin Gallimard de septembre-octobre 2012. Ce n’est pas un hasard si le nombre correspond à celui d’une équipe de football. Les moeurs des deux mondes sont comparables. On débute dans une petite formation, le temps de se faire remarquer et d’obtenir un transfert vers une pelouse à l’herbe plus verte. Une structure de division inférieure a permis à Fabienne Jacob de faire ses gammes, d’affûter sa technique, le temps d’un recueil de nouvelles et surtout de deux romans, les plus périlleux : le premier, manière de bouteille à la mer ; le second, surnommé « ça passe ou ça casse ». C’est au troisième coup que l’on voit la maîtrise ou du moins ce qui y mène, comme ici. La vie de Tahar se déploie sur fond de guerre d’Algérie, avec deux communautés dont l’équilibre repose
sur la domination de l’une par l’autre.
« Chez les Arabes il
n’y avait pas autant de
verrous mais il y avait
autant de défiance ».
Tahar a choisi le
mirage métropolitain.
Le voici aujourd’hui
dans une chambre d’hôpital ; le
personnel soignant
vient de débrancher la
machine infernale
censée prolonger la
débâcle. « Je n’y ai pas
cru, moi, je n’ai pas cru à une patrie en puissance, j’ai cru en l’occupant, j’ai suivi le plus fort. Les traîtres aussi ont le droit de mourir. J’ai vécu toute ma vie d’homme loin de l’Algérie, aujourd’hui mon pays creuse un point au fond de ma poitrine, un creux de rien du tout, juste assez grand pour y loger l’immensité du manque ». Un roman juste assez bref pour tout dire sans détendre l’atmosphère. Au chevet de Tahar, quatre personnes dont les sentiments c o n t r a s t é s l e transpercent, le transformant en une manière de saint Sébastien de la décolonisation. Un ancien frère d’armes, un beau-père toujours décontenancé malgré les années, une épouse aimante et ce fils mutique dont le physique incarne quantité de choses « Les cheveux bouclés du pays de son père, la peau blanche du pays de sa mère ». Un récit polyphonique, mesuré, sobre, précis et touchant d’autant plus juste. La chronique d’une époque où le temps commençait à manquer mais où de battre le cœur ne s’était pas encore arrêté. Puis ce dernier aveu de l’auteure : Et enfin je remercie celui qui n’a pas été en mesure de me dire un mot, un seul, sur sa guerre d’Algérie. Fabienne Jacob vous attend au tournant. Ne la décevez pas ...


Titre: « L’averse »

Auteur: Fabienne Jacob

Editions: Gallimard

Prix: 12,50 euros

Acheter ce livre chez notre partenaire FNAC.COM

A découvrir aussi:

"Je le ferai pour toi" de Thierry Cohen . Editions Flammarion

Bernhard Schlink : un romancier qui séduit et émeut

Delphine De Vigan nous enchante avec un roman contemporain et haletant

Jérôme Garcin : ce que le destin a rompu

La revanche de Blanche : un roman sensuel

Dernière minute

Abonnez-vous à la newsletter

Abonnez-vous à la newsletter d'actualités culturelles du BSCNEWS.FR

Des places à gagner

robinmckelle

Abonnez-vous au BSC NEWS

Abonnement BSC NEWS

Le BSC NEWS dans la poche !

BANNER APPLIS

 

 

A LA UNE

Saint-Maur en Poche : une 8e édition so british !
Saint-Maur en Poche : une 8e édition so british !
Publication : mardi 31 mai 2016 14:52

Par Jonathan Rodriguez - God save the Queen ! Pour sa huitième édition, Saint Maur en Poche propose de partir à la découverte des auteurs de la langue anglaise. Une belle occasion d’écumer les genres les plus prolifiques de la littérature british.

Festival du Livre de Nice : l’Histoire à l’honneur de cette 21e édition
Festival du Livre de Nice : l’Histoire à l’honneur de cette 21e édition
Publication : mardi 31 mai 2016 10:46

Par Jonathan Rodriguez - «L’histoire ne nous permet guère de prévoir, mais associée à l’indépendance d’esprit, elle peut nous aider à mieux voir ». C’est ainsi que cette phrase de Paul Valéry introduit la 21e édition du Festival du Livre de Nice toujours dirigé par Franz-Olivier Giesbert, journaliste et éditorialiste.

Lou Tavano : la révélation française du jazz vocal
Lou Tavano : la révélation française du jazz vocal
Publication : mardi 31 mai 2016 09:41

Par Nicolas Vidal - Lou Tavano n’arrête plus d’occuper la nouvelle scène jazz avec une candeur certaine et une grâce vocale à part. Elle vient de sortir son premier album For you chez le prestigieux label Act Music. Rencontre avec la révélation française du jazz vocal.

Festival Molière - La ville de Pézénas dans tous ses états
Festival Molière - La ville de Pézénas dans tous ses états
Publication : mardi 31 mai 2016 09:26

Par Jonathan Rodriguez - La ville de Pézénas organise pour la huitième fois le Festival Molière du 8 au 12 juin 2016, avec une programmation haute en couleurs. Comme chaque année, les pièces de théâtre d’auteurs classiques et contemporains, des concerts ainsi que des lectures et autres conférences viendront agrémenter ces quatre jours de festivités dans la ville de Molière. Des succès nationaux comme « J’irai twitter sur vos tombes » à « Sur les pas de Molière », hommage aux comédiens de la ville, feront l’évènement au théâtre de Pézénas.

fatsO : la mixture musicale blues, jazz et folk de On Tape
fatsO : la mixture musicale blues, jazz et folk de On Tape
Publication : lundi 30 mai 2016 11:02

Par Nicolas Vidal - Emmenés par Daniel Restrepo, auteur, compositeur et contrebassiste du groupe originaire de Bogota, les fatsO proposent une mixture musicale entre blues, jazz et folk avec une pointe de folie dans le rythme. On Tape pétarade au son de la voix de Daniel Restrepo qui confère à cette formation sud américaine quelque chose de fondamentalement enthousiasmant. À découvrir !