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Par Marc Emile Baronheid - BSCNEWS.FR / Tout garnement qui conduit sa première caisse à savon se voit déjà au volant d’une Ferrari. Tout ado qui commet son premier poème se rêve adoubé par Gallimard. C’est ainsi.

Faute de grives on mange des merles, tel le héros de Bruno Migdal. Il parvient à se faire engager comme stagiaire dans une célèbre maison d’édition, proche de l’hôtel particulier de Bernard Tapie et des vitrines de Sonia Rykiel. Certes, il gagnera des cacahouètes et donc pas question d’avoir son rond de serviette chez Lipp ou aux Deux Magots. Mais le privilège de voir passer le très médiatique Docteur K. ou de croiser Y.S., auteur-compositeur-interprète en mal de guitare mais en veine de conquêtes féminines vaut bien une cure d’ascétisme. Il est chargé de lire des manuscrits et d’en rendre compte succinctement. L’avantage des fonctions subalternes : vous prenez certes la couleur des murs, mais vous occupez un poste avec vue imprenable sur les mœurs étranges d’un monde aux codes mystérieux, aux relations de pouvoir affûtées et, jusque dans ses satellites les plus éloignés, proche de la lévitation par le sentiment d’appartenir à une aristocratie de l’esprit.
Première leçon pratique, combien édifiante : l’art de rédiger une lettre de refus. La suivante consiste à donner du grain à moudre à l’éditeur qui devra refroidir avec diplomatie l’enthousiasme d’un prétendant  recommandé par une personnalité bien en cour.
Amoureux de la littérature, Migdal a patienté quarante-deux ans avant de jeter sa gourme. Son manuscrit a franchi le cap d’un comité de lecture certes moins auguste que celui qu’il brocarde gentiment, mais auquel le regretté Joaquim Vital a su donner de respectables et durables lettres de noblesse.
C’est cette même officine de la rue des Saints-Pères qui cautionne le dernier opus de Claire Castillon. On lui impose d’emblée une jaquette qui masque la très appréciée couverture jaune, un peu à la manière de ces pochettes de disques compacts qui allèchent les amateurs de variétés et leur évitent de se fourvoyer chez Nougaro, Bashung ou Arthur H. Mais puisque David Lodge a dit Il faut s'ouvrir aux littératures qui ne vous ressemblent pas, rien ne s’oppose à ce que vous ignoriez l’existence d’Evelyne et compagnie.
Elle a treize ans le jour où un copain de son père lui dit « viens t’es trop bonne » et la déflore piteusement. Mais la gamine avait déjà donné. Un père mutilateur de chien, une mère qui reçoit sans broncher les coups de marteau de sa fille. On ne sera pas surpris qu’Evelyne, guettée par le syndrome de la bourse-à-pasteur, se dirige vers un avatar de l’assistanat social. Les personnages à venir renforceront la conviction de  baigner dans la féérie continue avec cette illustration de la beauf attitude, à l’écriture faussement novlangue, sur le berceau de laquelle se sont penchés Christine Angot, Jean-Marie Bigard et Dodo la Saumure. Malgré des qualités évidentes - phrases courtes, désossées, déhoussables ; dialogues lubrifiés - ceci est au roman contemporain ce que le sanglier façon Obélix est à la cuisine moléculaire.
Tout compte fait, la Comtesse de Ségur, ce n’était pas si mal.

« Petits bonheurs de l’édition », Bruno Migdal, La Différence, 10,15 euros
« Les Merveilles », Claire Castillon, Grasset, 18 euros

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