Les BonnesPar Julie Cadilhac - Bscnews.fr/ Pluie de paillettes argentées, pluie d'injures et de caresses dans un monde ennuyeux comme la pluie pour celles qui rêvent de la corde, pluie de mots, pluie d'applaudissements enfin ...

Jacques Vincey offre une version des Bonnes de Genet qui répond avec une perfection diluvienne à la note d'intention du dramaturge. Présente dans son plus simple appareil en prologue à la pièce, cette note, portée par une voix badine, nous définit un théâtre où la catharsis doit être sur le devant de la scène et énonce les clés qui éclairent ce spectacle aussi sombre que lumineux. Ces dames déconnent et leur étouffement est  tel- dans le rôle que leur impose la vie- qu'elles rient de tout et mettent en scène le quotidien pour réussir à le digérer. Elles fantasment sur ce bagne inaccessible où Monsieur purge sa peine, elles extirpent toutes leurs pulsions monstrueuses de leurs poitrines lasses et les jouent sur leur terrain de jeu de prédilection - les appartements de Madame. On ne peut reprocher à Jacques Vincey aucune fausse note: les costumes, la scénographie, la distribution, les lumières, tout est d'une esthétique merveilleuse. Les comédiennes ( Hélène Alexandridis et Myrto Procopiu) donnent à ces deux soeurs fratricides une folie inquiétante. Dans les dérives permanentes où les entraîne leur imagination fantasque, elles sont aussi monstrueuses que touchantes dans cette gémellité qu'elles embrassent autant qu'elles repoussent. Leur ennemi ( Marilu Marini), cette Madame un peu cocotte dont elles envient les tenues et les bijoux, fascine dès son entrée tant elle exprime le visage ambivalent de l'arrogance des maîtres et de la fragilité des femmes. Sorte de marionnette ,au départ, que Solange manipule, elle se réincarne peu à peu en être autonome pour mieux échapper au sort fomenté par les deux soeurs. On est happé par le récit de cette histoire bien étrange :un conte "qu'il faut à la fois croire et refuser de croire" tant il choisit avec délectation la morsure enivrante de l'imagination et se complaît à diriger en un jeu "furtif" trois personnages féminins improbables. Tantôt au rez de chaussée en cuisine, tantôt à l'étage de la maîtresse, on pourrait nommer ce récit allégorique "le rêve de l'escalier " tant l'escalier est le complice délicieux du travestissement schizophrène. Qui sont ces Bonnes? Sont-elles sérieuses? A-t-on le droit de rire? Parfois, lorsque les miroirs s'emmêlent, lorsque les veines du cou de Claire palpitent avec autant de charme que ceux de Madame,  le tragique éclabousse  les fenêtres et se dissout dans le tilleul. Pour ajouter au sentiment d'irréel, la lente progression du dessein de Solange et de Claire est imprimée par des sonneries stridentes, des effets d'éclairage au stroboscope, des fumigènes et halos de fumée. A la fin? Dans la course étourdissante d'un manège lancé à pleine vitesse, le rire de Madame explose, les illusions fondent tandis que le destin se noue et peut-être croira-t-on apercevoir, avant que le noir ne s'impose, une ogresse, des enfants perdues...à moins que ce ne soit le contraire?

 

Titre: Les Bonnes

Auteur: Jean Genet

Mise en scène: Jacques Vincey

 

LES BONNES Tournée 2011-­‐2012

Montpellier, Théâtre des Treize Vents, CDN du 22 au 26 novembre
TNP-­‐Villeurbanne du 29 novembre au 10 décembre
Angers, Grand Théâtre 13, 14 et 15 décembre 2011
Théâtre de l’Athénée-­‐Louis Jouvet, Paris du 13 janvier au 3 février 2012
Toulouse, Théâtre National de Toulouse du 7 au 10 février
Périgueux, L’Odyssée 14 et 15 février
Saintes, Gallia Théâtre 20 février
La Rochelle, La Coursive Scène nationale -­ du 22 au 25 février
Grenoble, MC2  Scène nationale du 28 février au 10 mars 13 et 14 mars
Grasse, le Théâtre 13 et 14 mars
Saint-­‐Raphaël, le Théâtre 16 mars
Draguignan, Théâtres en Dracénie 20 mars
Saint-­‐Valéry-­‐en-­‐Caux , Le Rayon vert  23 mars
Genève, Forum Meyrin 27 et 28 mars
Foix, L’Estive – Scène nationale 31 mars
Bourg-­‐en-­‐Bresse 3,4 et 5 avril
Aulnay-­‐sous-­‐Bois, Espace Jacques Prévert 12 avril
Brest, Le Quartz – Scène nationale 26, 27 et 28 avril 2012

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