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Intendances - Rémi de VosPar Julie Cadilhac- Bscnews.fr/ Gilbert Rouvière est metteur en scène et directeur de la compagnie Zinc Théâtre. Il nous présente, Intendances - Saison I , texte inédit de Rémi de Vos, une comédie méchante et drôle qui évoque les limites de notre monde américanisé. Gilbert Rouvière nous y rappelle très justement qu'" une société qui ne reconnaît à l’art qu’une valeur marchande, est une société qui n’a pas de culture." Intendances sera jouée au Théâtre Jean Vilar ( Montpellier) les 15/16/17 et 18 mars. L'occasion de prolonger ,avec le plaisir du plateau ,cette réflexion sur les névroses de notre monde contemporain.

- Qu'est-ce qui vous a séduit dans Intendance, saison I? Est-ce surtout l'idée de montrer des êtres aux prises avec leur vide existentiel ou l'écriture de Rémi de Vos vous a -t-elle séduit particulièrement?
La question en fait porte la réponse, l’écriture de Remi De Vos m’a séduit non seulement parce qu’elle montre des êtres aux prises avec un monde qu’ils ne comprennent pas, mais aussi parce que l’écriture de Rémi De Vos est une écriture théâtrale, intelligente, populaire. Le regard de Rémi et surtout sa manière de faire et de dire sont d’une grande causticité.

- Trois lieux à faire vivre sur scène: Badgad, Hollywood et Springfield. Il n'y a donc pas de respect de l'unité de lieu classique. Quelles astuces scéniques avez-vous mises en place pour représenter sur scène ces trois univers?
La question de l’espace théâtral se pose pour moi différemment. C’est un espace de fiction (qui doit raconter les trois espaces) mais aussi un espace mental, qui doit provoquer l’imaginaire. J’ai conçu un espace tout blanc (comme une feuille blanche ?) sur lequel nous écrivons les histoires qui se déroulent. L’espace est ludique, au sens où il offre d’infinies combinaisons architecturales. Passer par une représentation réaliste aurait ,de mon point de vue, réduit ce texte à trois « telenovelas » se côtoyant. Alors que la juxtaposition de ces trois univers donne une impression d’unité.

- Intendance est une critique du modèle américain? Vous parlez de modèle extra-large "made in U.S.A"...pouvez-vous nous préciser de quels maux souffrent vos protagonistes?
Remi De Vos écrit une charge contre le monde yankee impérialiste. Les personnages sont confrontés à la vacuité de leur existence. Ils ne savent rien, ne comprennent rien et sont condamnés à une perpétuelle fuite en avant. Il n’ont pas de culture, et n’ont donc pas les outils pour comprendre ce monde si complexe.

- Vous avez choisi de montrer des "mondes au bord de la crise de nerf"? C'est une pièce drôle quand même?

Labiche disait que nous rions facilement des maux de notre voisin; Keaton et Chaplin portaient des personnages profondément tragiques et ils font rire la terre entière! Aussi oui, ce texte est drôle. Ces mondes « au bord de la crise de nerfs » provoquent des fonctionnements tragiques, extrêmes, dont les personnages n’ont ,bien sûr, pas conscience. Ils en sont ridicules, donc très humains. Et c’est pour cela qu’ils nous font rire.

Dans un contexte de guerre en Irak, cette pièce aborde-t-elle la notion de héros? L'héroïsme est-il , selon vous, une valeur factice aujourd'hui? S'est-il vidé de son sens et pourquoi?

Le héros (en grec "Hèrôs": demi-dieu) est celui qui semble avoir dépassé les limites de la condition humaine par son courage et ses actions. C'est la conception antique de l'héroïsme qui, néanmoins, se retrouve dans l'imagerie populaire du cinéma et des super héros: une bravoure exceptionnelle qui s'affirme par des coups d'éclat. Et c’est cette conception qui est incarnée par l’acteur de la série qui se tourne à Hollywood (Steeve). Cette conception est aujourd’hui désuète. Le Héros est narcissique, orgueilleux et vaniteux. Autant de notions qui nous aveuglent dans notre rapport au monde.

- Pensez-vous que ce qui tue l'homme à petit feu, c'est son conformisme, son attachement à des codes, des idoles, des mythologies collectives qui l'enferrent dans un mode de pensée universel limité?

Je pense que les mythologies, les croyances, les utopies sont une part importante du sentiment humain. De tous temps, et de toutes parts, les mythologies ont créé chez les peuples le sentiment d’appartenance à une groupe constitué. Donc l’attachement à des codes, des mythologies sont nécessaires. Par contre, le conformisme et l’adoration sont les signes de l’aliénation. Et le mode de pensée universelle est impensable (pardon pour le mauvais jeu de mots), cela aboutit au monde que nous prédisait Orwell. Un univers sans sens habité par des êtres formatés. L’homme a un tel instinct de survie qu’il y échappera toujours d’une manière ou d’une autre.

- Votre pièce cherche-t-elle à montrer les dangers d'un monde américanisé? L'homme contemporain s'abêtit-il de jour en jour en imitant le modèle américain?
Il est toujours compliqué de réduire le texte d’un auteur à une seule direction. Le fait est que le « modèle américain » dans lequel le monde s’est engouffré, montre aujourd’hui toutes ses limites.C’est plus une question à poser à Rémi De Vos, qui voit et décrit des dangers dans cette société américaine. Vision que je peux partager. En même temps, gardons-nous de tout manichéisme. Quant à savoir si l’homme s’abétit de jour en jour en imitant le modèle américain, je peux répondre que moins on a de culture, plus on tend vers la bétise. Et qu’une société qui ne reconnaît à l’art qu’une valeur marchande, est une société qui n’a pas de culture.

- Le monde télévisuel est-il le principal responsable des maux de notre monde actuel? Ecrans, caméras, projections
Intendancessont-ils présents pour représenter ironiquement notre société inondée par l'image?
Le seul responsable de tous ces maux est l’homme. Le monde télévisuel n’est qu’un outil, qui est déjà dépassé d’ailleurs par Internet. Et il semblerait que ce dernier permette aux hommes de communiquer au point de déclencher des révoltes….
Oui il y a sur le plateau des images projetées, un écran : car c’est un des sujets de ce texte. L’image est partout. Nous sommes dans une société de l’image (et du spectacle). Cependant comme je le dis plus haut, tout dépend de la manière dont nous employons ces outils. Ce qui est remarquable c’est que plus on livre des images, plus les spectateurs apprennent à les lire (les décrypter), donc de plus en plus les images doivent être sophistiquées (on ne faisait pas de la pub il y a trente ans, vingt ans, comme on la fait aujourd’hui). En face , il y a les mots (un des fondements du théâtre). Et les images passent et les mots restent (comme le chien et la caravane)….

- Vous parlez de "comédie méchante et drôle" mais....ne jouez-vous pas davantage une tragédie? Y-a-t-il un espoir de sursaut, de changement positif?
Comme je le disais plus haut, il y a un sens tragique dans ce texte. Les personnages sont pris dans leur tragédies respectives, et il n’y a pas d’espoir de sursaut, de changement positif, il n’y a qu’une échappatoire à ce monde là, c’est l’humour et la légèreté.

"Peur de l'étranger, culte de l'image, dogmatisme bien-pensant, incurable infantilisme": Comment avez-vous choisi de montrer ces tendances comportementales? Sur le plateau, l'individuel est-t-il subordonné au groupe par exemple? le texte subordonné au sens né des mouvements du plateau?
C’est une question difficile. Et complexe. Je parlerai là de la part (petite ) que je maitrise. Il n’y a pas de subordination du texte au sens né des mouvements du plateau. Mon premier souhait ,dans mon travail de mise en scène, est de faire entendre le texte. Mon travail est de faire résonner un texte, de le faire entendre, de l’éclairer, de le faire aimer, mais pas de le faire comprendre. En toute humilité les acteurs (et donc encore plus le travail de mise en scène) est de porter une œuvre, de se mettre au service de celle-çi. Il y a là aucune subordination, je dirais plutôt une dynamisation, une mise en vie de la parole de l’auteur.

- Il y a donc une saison II comme le titre le laisse présager?
Non, il n’y aura pas de saison2, faute de combattants…. Quand Rémi a choisi ce titre c’était justement un clin d’œil aux series et leur énième saison.

-Enfin,afin que nos lecteurs vous connaissent davantage, parlez-nous de votre compagnie Zinc Théâtre: sa fondation, ses objectifs esthétiques etc...

Le Zinc Théâtre est une compagnie professionnelle créée en 1986, elle est conventionnée avec la DRAC depuis 1991. Elle s’est créée à partir d’un collectif d’acteurs, et avec la volonté de faire un théâtre populaire contemporain. C’est une des compagnies les plus importantes en Languedoc-Roussillon. Compagnie nationale, elle compte à son actif plus de quarante créations. Le répertoire oscille entre textes classiques et contemporains pour un grand théâtre populaire.

DES TEXTES ET DES AUTEURS :
La nuit des camisards de Lionnel Astier, La noche justo antes de los bosques d’après Bernard-Marie Koltès, Un chapeau de paille d’Italie de Eugène Labiche, La folle journée ou le mariage de Figaro de Beaumarchais, Vestido de Luces de Lionnel Astier, La belle éveillée de Jean-Louis Bauer, La fabrica de sueños de Gilbert Rouvière, Dom Juan de Molière, Pourquoi j’ai jeté ma grand-mère dans le Vieux-Port de Serge Valletti, Le conte de moi-même d’Alina Reyes, Mon royaume pour un canal de Guy Vassal, Les veaux de ville de Daniel Lemahieu, 2000 actions courtes en noir et blanc de Daniel Lemahieu, Cyrano de Bergerac d’Edmond Rostang, Les sept petits chats de Nelson Rodrigues, Dormir d’après Copi / Mourir d’après Hamlet /Rêver peut-être… de Christine Angot, S.A.D.S d’après DAF de Sade, L’Argent de Serge Valletti, Conseil Municipal de Serge Valletti, Antigone de Sophocle, Les dessous du paradis d’Yves Rouquette, Les acteurs de bonne foi de Marivaux, La dispute de Marivaux, L'impromptu de Molière, Les précieuses ridicules de Molière, Coup de sang de Gilbert Rouvière, Eric Didry et Sophie Merien, Africa / Pôle / Express d'Hervé Royer, Orphée / Destival / 87 de Gilbert Rouvière, Cymbeline de Shakespeare - Gervais Robin, Le Concile d'amour d'Oscar Panizza.

DES LIEUX QUI ONT SOUTENU NOTRE TRAVAIL :
Le Cratère - Scène Nationale d'Alès, Théâtre Molière - Scène Nationale de Sète, Le Théâtre - Scène Nationale de Narbonne, à Béziers au Théâtre des Franciscains, à la Crypte des Franciscains et au Théâtre Municipal, La Criée - Théâtre National de Marseille, à Montpellier au Théâtre des Treize Vents - Centre Dramatique National et Théâtre Jean Vilar, Le Phénix - Scène Nationale de Valenciennes, Scène Nationale d’Angoulême, Le Parvis - Scène Nationale de Tarbes, Centre Dramatique de Colmar, Théâtre Gérard Philipe de Saint-Denis, à Paris au Théâtre de la Bastille, Théâtre de Gennevilliers, Théâtre de Rungis, L'Arc - Scène Nationale du Creusot, La Coupole - Scène Nationale de Sénart, Scène Nationale de Niort, Le Gallia Théâtre de Saintes, Théâtre de Nîmes, Théâtre de Perpignan, Théâtre de Mende, Théâtre du Grau du Roi, Théâtre de Millau, Teatro Segura de Lima - Pérou, Théâtre National du Cambodge, Royal Nepal Academy - Népal, Madagascar, Ile Maurice, Au Maroc : Fez, Mekhnès, Oujda, Marrakech, Casablanca, Tanger, El Jadida, Tétouan, Essaouira, Agadir, Bologne – Italie, Kenya, Burundi, Rwanda.

Pour assister à une représentation d'Intendances au Théâtre Jean Vilar: réservations téléphoniques du lundi au vendredi de 13h à 18h – 04 67 40 41 39.

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