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Anne GoscinnyInterview d'Anne Goscinny - Propos recueillis par Emmanuelle De Boysson- Bscnews.fr/ Photos A.Meyer/
Anne Goscinny est la fille et l’unique ayant droit de l’écrivain, humoriste, scénariste de bande dessinée, René Goscinny. Le créateur d’Astérix, du Petit Nicolas et le principal scénariste de Lucky Luke. Parolière, elle est l’auteur de chansons interprétées par Serge Reggiani. Critique littéraire, romancière, elle a publié trois romans chez Grasset « Le banc des soupirs » a la forme d’un polar : une femme a été tuée, la police enquête et interroge les témoins qui ont croisé le principal suspect, mari de la victime et psychanalyste. Il est d’abord une plongée dans le mystère de personnages perdus, des naufragés, comme elle les qualifie. Terriblement attachants. Anne Goscinny a l’art de sonder les âmes. De nous entraîner dans une ronde envoûtante et palpitante, jusqu’au coup de théâtre final.

Etre la fille de René Goscinny n’est-ce pas un héritage lourd à porter ? Comment vous en êtes-vous émancipée ?

Non ! Au contraire c’est extrêmement doux et léger d’être la fille d’un homme qui a fait rire la planète ! Ce qui est lourd, ce qui est triste, c’est d’avoir perdu mon père si tôt. J’avais neuf ans…Mais mon père, je m’en rends compte tous les jours, fait partie de la vie des gens. D’abord parce qu’il est lié à leurs premiers souvenirs de lecture, ensuite parce que mon père est l’inventeur d’expressions utilisées par tous. Par exemple, « tomber dedans quand on est petit » (Obélix). « Vouloir être calife à la place du calife » (Iznogoud), « tirer plus vite que son ombre » (Lucky Luke). Et puis, les adaptations cinématographiques de son œuvre, (récemment le Petit Nicolas a été un énorme succès) l’empêchent d’être oublié ou même confondu. Son œuvre est très particulière : elle a déculpabilisé les adultes de lire de la bande dessinée ! Genre qui était avant mon père réservé aux enfants.
Je n’ai pas à m’émanciper de l’œuvre de mon père. Je ne peux pas imaginer un jour lui arriver à la cheville ! Je lis Astérix ou Lucky Luke et je ris aux larmes… Je ne sais d’ailleurs jamais ce qui vient d’abord, du rire ou des larmes. Le rire appelle les larmes de devoir tourner les pages d’un livre pour entendre sa voix, et les larmes appellent le (sou)rire d’avoir la chance de rire des calembours de cet homme qui m’a donné la vie.

Quel est le fil conducteur qui unit vos romans ? Dans « Le bureau des solitudes », vous plantiez déjà un avocat psychanalyste qui recevait ses clients, pourquoi êtes-vous attirée par les confidences, la psychanalyse ?

Je ne cherche pas la cohérence d’un roman à l’autre. Je ne m’interdis rien. J’essaye juste de progresser. D’être plus juste. Je suis très critique et très exigeante. Je lis beaucoup et tout le temps. J’aime l’idée de dépendre d’un livre et de personnages de papier pour être comblée… Je suis attirée par les autres, par leur vie, leurs blessures, leurs fêlures. Mes personnages sont des naufragés. J’aime écouter. Mais je suis un peu voyeur aussi ! J’aime surprendre les conversations de gens que je ne connais pas. Il m’arrive de prendre un café et d’écouter les gens de la table d’à côté.... J’observe aussi beaucoup. Sans répit. Les gestes, les tics de langage, le mimétisme… Je guette les lapsus, les miens et ceux des autres, et je les savoure comme on ouvre un cadeau !

Croyez-vous à l’analyse ?
Ce serait péremptoire et prétentieux de répondre à cette question. Je ne me sens pas de légitimité sur ce sujet. En revanche, j’ai eu la chance de croiser des psychanalystes exceptionnels. Je peux parler des personnalités en face desquelles j’ai eu la chance de m’asseoir. Trois me viennent à l’esprit (dont un qui est toujours d’actualité !). A chaque fois, j’ai eu conscience de vivre une expérience extraordinaire, de progresser, de me débarrasser de ce qui pouvait entraver ma liberté. Si j’osais, je dirais que la psychanalyse est un chemin vers la liberté. Celle qu’on s’accorde à soi-même, celle aussi qu’on offre aux autres. Ce chemin-là a des issues mais pas de fin.

Comment créez-vous vos personnages : Jeanne, la dernière patiente, le mari, la femme de ménage, l’ami, la mère. Vous inspirez-vous de votre entourage ? Quels sont ceux que vous préférez ?
Je m’inspire de mon entourage. J’observe, je brode. J’aime l’idée du point de croix… Croix après croix, le motif apparaît. On est fascinés que ces petits points dessinent un soleil, un prénom ou des cerises. Mes personnages, comme je vous le disais, sont des naufragés ! Je suis chacun d’eux. Ils sont les différentes petites croix qui me dessinent. Dans le banc des soupirs, Jeanne me ressemble. Je voulais l’appeler Claire, et puis j’ai voulu l’appeler Blanche. Et tout d’un coup, elle est devenue Jeanne. J’ai laissé venir à moi ce prénom. Sans me poser de questions. Ce n’est qu’en relisant les épreuves que j’ai réalisé que Jeanne, c’était Anne et Je. Ce personnage ne se contente pas de me ressembler, il est doublement moi !
J’ai la même tendresse pour tous mes personnages. Les créer, les animer, les regarder rire, jouir ou pleurer me transporte. Je me sens toute-puissante le temps d’un chapitre ! Très vite, je redescends sur terre quand mes enfants me font remarquer que j’ai encore oublié la barre de chocolat dans le pain au lait du goûter !

« Le banc des soupirs » est construit comme une enquête policière avec des dépositions successives, pourquoi ce
le banc des soupirschoix ?
Ce n’est pas un choix, c’est un prétexte ! Je voulais écrire sur l’intimité du cabinet du psychanalyste. Il fallait que je trouve un angle. Je ne pouvais pas me contenter de décrire des séances ! Il fallait que le lecteur ait envie de continuer le livre ! Et puis je voulais absolument faire du personnage du psychanalyste un personnage sombre et désagréable. Je ne règle aucun compte mais je me demande souvent ce que les psys font de la tristesse et des angoisses dont ils sont toutes les quarante-cinq minutes (ou trente, ou dix, ça dépend des écoles !) les dépositaires. Alors j’ai imaginé !

Pourquoi un rat, comme témoin ?

Le rat est par essence dans notre société l’emblème de l’animal dont il faut se débarrasser. Le rat est laid, sale, mal-aimé. J’ai aimé en faire l’animal de compagnie de cet adolescent. J’ai tenté de parler du décalage perçu souvent par les adolescents entre ce qu’ils sont et ce que l’on voudrait qu’ils soient ou qu’ils deviennent. Adolescent, on ne comble que rarement les adultes qui nous entourent ! Trop maigre, trop gros, trop bruyant ou mutique, passionné par l’incompréhensible, révolté ou admiratif… Anne Sylvestre dans une chanson a écrit ce qu’avec mon adolescent entiché de son animal nuisible aux yeux de tous, j’ai tenté de dire :

« C’est vers douze ans que ça débarque
Elle accepte plus les remarques
Elle désespère l’entourage
En tenue de ski sur la plage
On ne peut plus et c’est un comble
La plaisanter du bout de l’ongle
C’est l’éternelle féminine
Qui fleurit en cette gamine

Elle était pourtant bien mignonne

Ça y est elle nous empoisonne ! » (Anne Sylvestre – Les hormones de Simone)

Vous décrivez des couples en crise ou brisés : pensez-vous que la vie à deux est vouée à l’échec ?

C’est vrai ce roman-là est truffé de couples qui échouent, se méprisent, ne se désirent plus… Je pense sincèrement que la vie conjugale est une expérience à la fois dangereuse et passionnante. C’est une gageure de tous les jours qui n’admet pas la médiocrité ! C’est l’apprentissage aussi de l’injustice… Guetter, anxieuse, les premières rides, ou se rêver dans le corps d’une autre, ou encore jalouser cette mère à l’école qui attend ses gamins dans son jean taille 36 (et encore un 34 suffirait !), admirer cette autre dont le visage est si joli, si régulier qu’elle peut se permettre une coupe à la Jean Seberg ! Bref ! La vie à deux sans être vouée à l’échec bien sûr, est fragile. La vigilance qu’elle demande, qu’elle implique est sans relâche. Et puis, vous savez le désir né d’une alchimie qu’on ne maîtrise pas et s’éteint un jour, comme meurt une orchidée dont pourtant on avait pris le plus grand soin…


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