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Par Mélina Hoffman - BSCNEWS.FR / « […] Quelques mois plus tôt, je n’avais encore jamais entendu parler de ce Sultanat sud-est asiatique. La description de mon poste était plutôt vague mais je m’imaginais, dès mon arrivée, vivre une grande aventure, trouver une montagne d’argent puis le prince charmant à la place de mon employeur. Le moment était venu de troquer mon manteau de bohémienne contre celui de l’énigme exportée, de la maîtresse royale peut-être ou de l’héroïne de roman policier. Pour formuler les choses de façon prosaïque, j’avais dans l’idée que je m’étais contractuellement engagée à devenir une sorte de prostituée internationale. »

Derrière ce titre un peu racoleur se cache une histoire vraie. Celle de Jilian, jeune femme issue d’une famille juive, et de ses 18 mois passés dans le harem du prince Jefri de Bruneï, aux côtés d’autres jeunes filles venues des quatre coins du monde, toutes pleines de rêves de gloire et de richesse.
Après avoir abandonné ses études d’art, Jillian travaille comme stripteaseuse et tente d’embrasser une carrière d’actrice. Le jour où l’une des meilleures agences new-yorkaises lui propose de devenir escort-girl, elle hésite d’abord puis finit par se lancer. Elle est alors sélectionnée pour être au service de la famille royale de Bruneï, et plus précisément du Prince Jefri, frère de l’homme le plus riche du monde. Grâce à ce nouveau job, Jillian, des paillettes plein les yeux, espère pouvoir financer son rêve de se rendre à Paris.
Elle a 18 ans lorsqu’elle quitte New York pour s’envoler vers Bruneï, laissant derrière elle ses parents adoptifs - avec lesquels elle entretient des rapports difficiles - et qui la croient partie à Singapour pour le tournage d’un film.
« […] Quelques mois plus tôt, je n’avais encore jamais entendu parler de ce Sultanat sud-est asiatique. La description de mon poste était plutôt vague mais j m’imaginais, dès mon arrivée, vivre une grande aventure, trouver une montagne d’argent puis le prince charmant à la place de mon employeur. Le moment était venu de troquer mon manteau de bohémienne contre celui de l’énigme exportée, de la maîtresse royale peut-être ou de l’héroïne de roman policier. Pour formuler les choses de façon prosaïque, j’avais dans l’idée que je m’étais contractuellement engagée à devenir une sorte de prostituée internationale. »
A son arrivée, elle découvre un palais luxueux dans lequel résident déjà 40 autres filles. Jillian comprend alors qu’elle fait partie d’un harem et n’a plus qu’un objectif en tête : devenir la favorite de ce prince au charme énigmatique.
Ainsi, lorsque ce dernier commence à s’intéresser à elle au point de ne pas vouloir qu’elle embarque dans l’avion qui doit la ramener à sa vie new-yorkaise quelques semaines plus tard, Jillian pense avoir conquis le cœur du prince et accepte de rester. Pour combien de temps ? Elle n’en a pas la moindre idée. Tout au long de son séjour, tandis que de nouvelles filles succèdent aux précédentes dans une valse interminable, elle goûte à une vie d’excès et de démesure où tout est accessible, sans restriction.
« Chanel, Hermès, Versace, Dior, Armani, Gucci. Après avoir dévalisé ce centre commercial, nous allâmes dans un autre, puis encore un autre, jusqu’à ce que les articles les plus chers - surtout ceux-là en fait - me paraissent bon marché et écœurants. Nous n’emportions même plus nos paquets : ils étaient directement chargés dans la voiture. Affolant. »
Mais le rêve se ternit peu à peu lorsque Jillian se rend compte qu’elle vit dans un monde d’illusions où chaque fille est remplaçable… Piégée dans sa forteresse en or, dans sa prison de luxe où chacun de ses mouvements est épié, la dépression s’empare peu à peu de la jeune femme. L’argent, quand bien même il coule à flots, ne remplace ni l’amour, ni la liberté.
« La dépression revenait toujours s’infuser dans mes veines comme du monoxyde de carbone s’insinuant sous la porte : inodore, incolore, capable de pomper votre oxygène et de vous tuer en silence si vous n’y preniez pas garde. Je ne sortais quasiment plus de mon lit avant le début de soirée. Je passais des heures d’affilée dans la baignoire. Mon dégoût de moi-même atteignait des paroxysmes. Les caméras planquées partout et la surveillance permanente m’obsédaient. […] montagnes de fric ou pas, je sentais que ma santé mentale dépendait de mon retour à la maison. »
Elle décide alors de partir, promettant de revenir bientôt sans l’envisager réellement. Elle veut retrouver sa vie d’avant, ses projets, ses plaisirs simples, ses amis. De retour à New-York, elle a pourtant du mal à se retrouver, à goûter sereinement au bonheur qui s’offre à elle. Sans doute lui manque-t-il quelque chose d’essentiel, quelque chose que l’argent n’achète pas et qui fait simplement partie d’elle-même. Une quête qu’elle se décide à entreprendre, l’âme couverte de bleus que seul le temps pourra effacer.

Mes nuits au harem
Jillian Lauren
Editions First
17,9 €

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