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Par Stéphanie Hochet - BSCNEWS.FR / Les éditions Stock viennent de publier les lettres que les deux romancières s’échangèrent entre 1923 et 1941. Une relation épistolaire qui devint vite amoureuse, commença quelques mois après leur rencontre et prit fin avec le suicide de Virginia Woolf dans les eaux de l’Ouse le 28 mars 1941.

Toutes les deux étaient des femmes hors du commun. Au moment où elles se rencontrent, l’aristocrate Vita Sackville-West a trente ans, poétesse, écrivain à succès, séductrice réputée - bien que mariée à Harold Nicolson, elle a eu une liaison avec la poétesse Violet Trefusis -, elle possède un certain charme viril que les colliers de perles n’altèrent pas. Virginia Woolf est son aînée de dix ans. A l’époque, elle a survécu à plusieurs crises d’aliénation mentale et a publié trois romans, elle vient de créer avec son mari Leonard Woolf la Hogarth Press, une maison d’édition qui publie entre autres textes La Terre vaine de T.S. Eliot. Sa réputation d’écrivain est prestigieuse, élitiste : elle est avec Leonard un membre important du groupe de Bloomsbury qui réunit l’élite intellectuelle du pays. Il était dans le caractère de Vita de faire le premier pas. Le prétexte pour écrire à Virginia Woolf en ce mois de mars 1923 est une demande d’adhésion à son club de lecture. Hésitation de Virginia qui finalement refuse. Mais la correspondance est amorcée. Virginia a été impressionnée par Vita en qui elle voit une femme supérieure. Une parfaite grande dame, avec toute la fougue et le courage de l’aristocratie, et moins de puérilité de classe que je m’y attendais, écrira-t-elle dans son journal. Virginia propose à Vita de publier son prochain roman à la Hogarth Press. Vita s’acquitte avec zèle et un brin de provocation à écrire son Séducteurs en Équateur qu’elle rédige lors d’un voyage dans les Dolomites. Virginia estime cette œuvre beaucoup plus captivante […] que les précédentes. D’emblée, l’une (Vita) cherche l’autre. L’entreprenante Vita éveille dans les premiers temps chez Virginia un trouble retenu et des remarques moqueuses, même si la confidence n’est pas loin : J’ai beaucoup aimé votre lettre des Dolomites, si intime. Elle m’a causé une grande peine – ce qui est, je n’en doute point, le premier stade de l’intimité. De l’intimité, il en sera question dans cette correspondance, et d’abord par le biais de la littérature. C’est elle qui réunit les deux femmes, Virginia exerçant sur Vita une influence qu’elle ne dissimule pas : Je m’exprime, semble-t-il, un peu comme les jeunes filles de Haye’s Common qui voulaient modeler leur style sur le tien. Même si la littérature est davantage l’obsession de Virginia Woolf dont le travail sur les perceptions va bouleverser son époque, alors que Vita semble aimer à égalité l’amour, la poésie et le défi (comme le souligne le titre d’un de ses romans : Challenge). De Tendre-Sur-Estime, elles passent à Tendre-Sur-Acte. A-t-on prétendu que Virginia Woolf était frigide ? Les lettres de Vita suggèrent le contraire et nous apprennent que c’est Virginia qui a fait basculer la relation dans le charnel : le fameux soir où tu t’es comportée de manière si scandaleuse et parvins à tout jamais à m’acquérir.
Vita idolâtre Virginia pour son génie, Virginia a besoin de l’amour de Vita. Cette constance dans la passion ne faiblira pas, elle s’exprimera avec bonheur et inquiétude, lyrisme et humour, selon les heures et les années. Et nul besoin de remettre en question le mariage de chacune, il en va de l’amour comme du respect pour les hommes qui partagent leur vie et qui acceptent leur amitié particulière. Pourtant la jalousie tourmente Virginia quand elle suppose des liaisons féminines à Vita – suppositions parfois avérées. Virginia connait les affres de la maladie. Elle est sujette aux migraines mais sa force créatrice bouillonne, ses réflexions plongent à des mètres de profondeurs ahurissantes, artiste magnifique, elle doute parfois d’être un bon écrivain. Vita l’inspire, son androgynie, son air à la fois gauche et classe. Elle veut écrire son histoire par delà les époques, les conventions sexuelles, ce sera une biographie romanesque : Orlando, livre qui donnera à Vita ce qu’elle a toujours souhaité : la gloire et un succès populaire pour Virginia Woolf qui n’en avait jamais connu auparavant. Émouvante réflexion sur le personnage de roman, devenu vivant et fictif, qui incite Vita, bouleversée par ce chef-d’œuvre, à signer ses lettres du nom d’Orlando… Au-delà de l’espièglerie, des piques d’humour, la douleur affleure des lettres de Virginia. Douleur d’une femme qui lutte contre la folie mais n’en parle pas, douleur physique (migraines, tremblements, fièvres) qui la cloue sur le lit des jours et qu’elle confie à sa Très chère Créature – un substantif au double sens délicieux depuis Orlando. Comme l’indiquent certaines métaphores aquatiques, et bien avant l’écriture des Vagues et son suicide, la dépression est une noyade progressive à laquelle Virginia Woolf aurait cédé plus tôt si Vita n’avait pas été dans sa vie. Tu m’as donné un tel bonheur lui écrira-t-elle quelques mois avant d’entrer dans les eaux de l’Ouse le 28 mars 1941. Un bonheur qu’on découvre dans ces centaines de lettres poignantes.

Correspondance 1923-1941
Traduction Las Vergnas.
Stock. La Cosmopolite
564 pages.
Novembre 2010

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