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Par Lauren Malka - BSCNEWS.FR / Récompensé par le prix Renaudot pour son enquête sur l'Affaire de l'esclave Furcy, le plus long procès intenté par un esclave à son maître, Mohammed Aïssaoui nous a expliqué la persévérance dont il a dû faire preuve pour retrouver la trace d'un homme sans identité.

En 2005, à l'hôtel Drouot, les archives concernant "L’affaire de l’esclave Furcy" ont été mises aux enchères. Vous y avez tout de suite vu l'occasion d'enquêter sur cet homme qui n'avait presque laissé aucune trace.
J’ai décidé de me pencher sur l’affaire de l’esclave Furcy parce qu’elle m’a tout de suite fasciné. Imaginez : un esclave qui assigne son maître en justice et dont le procès dure près de vingt-sept ans. Tout cela, dans une île française, trente ans avant l’abolition de l’esclavage – l’esclave était considéré comme un meuble et n’avait pas le droit d’aller au tribunal.
Et mieux, si je puis dire, plus je fouillais, plus je découvrais une histoire fascinante, extraordinaire, complexe, qu’on ne pouvait pas même l’imaginer dans un roman. L’idée m’est venue de « m’attaquer » au sujet après une colère « rentrée » : personne ne s’est vraiment intéressé à ce destin hors du commun alors que l’histoire est exemplaire et qu’elle devrait être connue de tous.
Moi qui suis plutôt rationnel, j’ai éprouvé un sentiment irrationnel : j’ai eu le sentiment que l’esclave Furcy m’appelait au secours pour le tirer du silence. Cet appel et sa détermination tranquille mais obstinée m’a touché.


Dans votre livre, vous laissez apparaître les fils de vos recherches et montrez les difficultés de mener une telle enquête. Comment avez-vous procédé, quels ont été les plus grands obstacles de vos recherches et les satisfactions ?
Au bout de deux années de recherche, je ne savais toujours pas si j’allais atteindre mon but. J’ai failli abandonner. Le déclic s’est produit après deux ans et demi, sur les quatre années et demi d’enquête et de travail. A un moment donné, je me suis simplement dit que je ne pouvais pas « lâcher » l’affaire alors qu’un esclave sans moyens a passer des décennies de sa vie à se battre et que d’autres, comme le procureur général du roi, sa sœur, sa mère, l’ont aidé en ruinant leur carrière et leur existence.
Il y eut beaucoup de moments de satisfaction personnelle – notamment celle d’aller au bout d’un projet-, j’ai éprouvé beaucoup d’émotion à chaque fois que j’ai trouvé une « trace » de Furcy, un document se référant à lui, quand j’ai eu le sentiment d’avoir marché sur ses pas, d’avoir vu ce qu’il a vu : c’était très troublant, je ressentais à la fois de la peine et de la joie. J’ai éprouvé un véritable choc quand j’ai lu les lettres signées Furcy lorsque je les ai retrouvées.
Dans le récit, j’ai ajouté cette double narration où j’écris ce que je ressens au fur et à mesure de ma quête parce que j’ai pensé que cela avait un sens de dire aux lecteurs les difficultés extraordinaires à retrouver des archives sur l’esclavage : l’esclave n’avait pas d’identité, donc pas d’existence propre ! Oui, j’ai vraiment eu l’impression de fouiller dans les profondeurs de l’Histoire.

Au cours de ces recherches dans les sous-sols les moins archivés de notre histoire, vous est-il arrivé de voir des analogies avec le présent ? Si oui, lesquelles ?
C’est un peu difficile à dire. En tous cas, cette affaire de l’esclave Furcy m’a fait comprendre que si l’on n’a pas d’identité, on ne peut pas accéder à la liberté. J’ai vu à l’île de la Réunion, et je sais que cela existe ailleurs aussi, beaucoup de personnes en quête de leurs ascendants, avec ce désir intense de connaître leur histoire, de comprendre d’où elles viennent. C’est une quête universelle.

Mohamme Aïssaoui
L'affaire de l'esclave Furcy
Editions Gallimard

(Illustration Alice Bunel / Photo:D.R)

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