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Par Julie Cadilhac- Bscnews.fr / Voilà un spectacle dontLa coupe et les lèvres on ressort l'esprit troublé par une constatation étonnante : " Ahhhh! c'était beau mais ....je n'ai pas tout compris...."
Décortiquons donc un peu cette impression. Oui! évidemment que l'on entend bien que c'est l'histoire d'un jeune homme nommé Frank, désenchanté, orgueilleux, aux prises avec l'amour et ses revers... mais si l'on est un peu pinailleur, on répliquera que c'est tout de même le flou qui demeure à la fin de la pièce quant à l'intrigue et ses protagonistes!
Accusons d'abord la langue de Musset qui demande à être apprivoisée, une langue dont les flots romantiques et la fougue nous sont moins habituelles, au théâtre, que celle d'un Molière par exemple. Les épanchements poétiques de ce dramaturge obligent à ressentir davantage peut-être qu'à tout comprendre. Chargeons -pourquoi pas ? -ensuite la mise en scène extrêmement moderne qui privilégie le groupe à l'individu, étourdit le spectateur d'images éparpillées sur le plateau, met en exergue un choeur qui prend une place démesurée dans l'intrigue , ce qui a tendance à noyer le sens plutôt qu'à le faire venir. L'omniprésence de bruits intempestifs, également, n'aide point à la concentration: les chaises qui roulent et font un "boucan" de tous les diables, le principe itératif des phrases scandées à plusieurs voix ( effet charmant qui finit par devenir monotone et agaçant en fin de représentation, on l'avoue..), les déplacements en pieds d'éléphant de certaines comédiennes sont tout simplement insupportables la première demi-heure....
Et après, demandez-vous? Après....eh bien, on s'habitue, on s'accommode, on se dit que le bruit fait partie de la vie qui bouillonne dans les veines de cet enfant du siècle que Musset nous dépeint! Et l'on sort plutôt charmé de ce spectacle ! Alors l'on aurait envie de fredonner un "qu'importe le flacon, pourvu qu'on ait l'ivresse" pour conclure.... même si , si la magie est là, on ne conseillera quand même cette pièce qu'à un public averti qui connaît le théâtre et ses évolutions et sait bien apprécier toutes les fantaisies que se permettent les mises en scène modernes.
La coupe et les lèvres est servie par de jeunes comédiens talentueux et pleins de fougue qui donnent à voir des "tableaux" superbes sur le plateau. La scénographie soutenue par un décor mouvant ( système de placards amovibles qui offrent une multitude de possibilités de décors esthétiques), la présence d'instruments ( violon, guitare, piano...), d'une voix de ténor, d'une prise de parole chorale, d'une polyphonie de voix livrent une émotion étonnante qui étreint le spectateur. De l'innocente vierge entourée de nymphettes à robes en fleurs, du Günther ténor aux prises avec la folie de Frank délirant avec ses baisers à la jeune fermière, de la prostituée à trois têtes tendant ses six mains vers la Fortune....aux ombres chinoises d'enfants du siècle qui laissent courir sur le drap tendu leurs rires et leurs peurs, on assiste éberlué à la peinture théâtrale d'un poème au grand souffle....et c'est pour cela ,sans doute, que le décousu semble régenter la pièce et que l'anecdote se fait reine, négligeant la narration.
Alors oui, c'est un pièce qui ne manque pas d'intérêt et on confirme les propos de Jean-Pierre Garnier au sortir de la représentation: "l'acteur[....] n'est pas seul et c'est l'action conjointe de l'artiste et du spectateur qui transforme notre perception du monde et lui donne sens". Lorsque le rideau se baisse, le sens ne fait que continuer sur les lèvres fébriles de ceux qui se sont tus deux heures dans leur fauteuil...

Titre: La coupe et les Lèvres
Auteur: Alfred de Musset
Mise en scène et adaptation: Jean-Pierre Garnier


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