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Par Nicolas Vidal - BSCNEWS.FR / Aurélie Boullet alias Zoé Shepard agite le monde de la fonction publique en publiant « Absolument débordée» aux Editions Albin Michel. Le bandeau rouge sang donne le ton alors que vous n’avez pas encore ouvert le livre «Comment faire 35 heures en un mois» ? Pas de doute, vous êtes tombé sur un livre «choc» !
Nous avons voulu en savoir plus sur cette cadre sup de l’administration territoriale qui dresse un portrait à la fois hilarant et stupéfiant mais surtout terrifiant du rythme de travail effréné d’une partie de la fonction publique territoriale.

Aurélie, qu'est ce qui vous a poussé à écrire ce livre ?

Essayer de trouver le ressort comique des situations de merde est un exercice auquel je me suis toujours prêtée. En l'espèce, et dans ce cas, ma situation professionnelle ne me convenait pas, mes demandes de détachement prenaient du temps, les notes que j'adressais à ma hiérarchie pour que ma situation évolue n'aboutissaient pas, j'étais évincée des réunions et toutes ses humiliations m'étaient très pénibles.
J'ai donc décidé de passer d'un blog sur lequel je racontais mes agacements ponctuels à un livre construit. Il faut dire que j'ai été poussée dans cette démarche par une personne que j'estime beaucoup et à qui j'ai voulu démontrer que je ne pouvais pas écrire un manuscrit entier.
Raté!

Vous utilisez un ton décalé, cinglant et savoureux. Etait-il, lors de la rédaction, un antidote à l'absurdité de votre situation ?
Une catharsis à tous les petits riens agaçants qui font un tout difficilement supportable en fin de journée. Une manière de me dire "ce n'est rien, c'est pas grave, regarde tu peux en tirer une histoire qui fait rire des gens". J'ajouterai que parfois, je raconte une anecdote que je ne trouve absolument pas drôle, j'ai envie qu'on compatisse et je ne sais pas comment je me débrouille, mais mes amis finissent par en rire. L'humour, comme politesse du désespoir, sans doute. Il faut dire que le matériel de base des anecdotes est gratiné...

Vous avez déclaré récemment " Cette situation est plus drôle à lire qu'à vivre". Y-a t-il, à votre avis, un nombre non négligeable ou, au contraire, infime de Zoé Shepard dans votre situation au sein du service que vous dépeignez ?
Je pense que nous sommes très nombreux à réaliser l'absurdité d'un système devenu fou, à en pointer les incohérences et les illégalités et à être placardisé et mis à l'index pour ça.
Beaucoup de fonctionnaires ont envie de bosser et on les en empêche car ils dérangeraient un système ronronnant qui convient à certains Puissants.
Il ne faut pas se cacher derrière son petit doigt : ces fonctionnaires placardisés qui aimeraient travailler sont en souffrance et partir n'est pas forcément une décision facile lorsqu'on a sa famille, ses amis et sa vie dans un endroit donné.
Alors oui, on peut souffrir d'avoir trop de travail, trop de pression, mais on peut également bien dérouiller lorsqu'on n'a rien à faire de ses journées sauf réactualiser ses connaissances seul devant un ordinateur et qu'on est humilié en permanence.

On lit avec délectation les portraits de certains supérieurs hiérarchiques qui sont, pour le moins, terrifiants ( " S'il est des lieux où souffle l'esprit, je pense pouvoir affirmer que Grand Chef Sioux les évite comme la peste...") La compétence est très souvent remise en cause dans votre ouvrage. On pense à Coconne qui ne brille pas par sa vivacité intellectuelle. Coconne existe t-elle vraiment ou le trait est-il appuyé ?
Les personnages sont bâtis à partir de plusieurs personnes réelles dont au moins une est extérieure à mon lieu de travail. Coconne en vrai n'existe pas, mais il y a plusieurs Coconne qui évoluent un peu partout, pas nécessairement dans mon service, mais qui multiplient les âneries ou les questions jubilatoires. J'ai beaucoup de "tendresse professionnelle" pour les Coconne car souvent, elles sont gentilles, pas hypocrites pour deux sous et en aucun cas manipulatrices. Ce sont des bols d'air dans un système où l'avancement est la seule chose qui compte.
Evidemment, professionnellement, avoir une Coconne dans son service pose quelques soucis lorsqu'on a une tâche urgente à lui faire faire.
Quant aux encadrants pas à la hauteur, c'est la conséquence de recrutements népotistes qui font que de parfaits crétins qui n'ont pas plus de compétences que d'envie de servir le public (et d'acquérir les compétences qui leur permettraient de devenir de vrais chefs de service, car le diplôme initial n'a finalement pas tant d'importance si l'on se forme ensuite) se retrouvent à la tête de services entiers qu'ils vont finir par ficher en l'air.

Vous mettez également en exergue les largesses de certains agents qui utilisent les deniers publics à des fins personnelles. On pense au location de voiture de luxe, ou l'embauche de Call Girls et d'autres petits plaisirs. Avez-vous été témoin de ce genre de pratiques ?
Je pense que la majorité des personnes en poste en collectivité (ou en grandes structures privées) ont, à un moment ou à un autre, haussé un sourcil circonspect devant certaines attitudes qui ne sont pas dignes de la fonction publique. Je fais effectivement partie de ces personnes.

Vous évoquez également la tyrannie du "Ne Rien Faire" qui incite ce service à suivre cette ligne au risque d'être écarté et mis à l'écart. On se demande alors comment une structure telle que celle que vous décrivez est en mesure d'avancer, de traiter les dossiers, et d'organiser la vie publique ?
Que ce soit clair, ce livre n'est pas un pamphlet stigmatisant toute la fonction publique territoriale (et a fortiori toute la fonction publique). Elle comporte tellement de métiers différents qu'on peut difficilement la considérer comme un ensemble homogène.
De même, ce n'est pas une critique de toutes les collectivités territoriales. Pour en arriver à ce stade, il faut avoir un budget conséquent et atteindre une masse critique d'employés, situation que l'on peut retrouver dans le privé où la glandouille existe aussi.
Maintenant, une structure comme celle que je décris fonctionne parce qu'il y a toujours des petites mains qui bossent dans l'ombre et font avancer les choses ou du moins les maintiennent à un certain rythme. Ces petites mains sont pas très bien payées, ont peu de reconnaissance (Quand il y a un problème, c'est elles qui se font engueuler, par contre, en cas de succès, c'est leur encadrant qui récolte les lauriers.) et ont tout mon respect et mon admiration.
Ce rythme pourrait être éminemment plus rapide si toutes les personnes avaient l'envie de faire avancer leur dossier. Ce type de structures avance, certes, mais les coûts sont tellement énormes, rapportés à l'efficacité finale de leurs actions, que c'en est révoltant.

Vous avez écopé d'une suspension de dix mois dont 6 avec sursis. Que vous inspire cette décision ?
Le regret qu'une solide formation en droit public ne soit pas obligatoire pour les dirigeants car cela leur éviterait de piétiner des libertés aussi fondamentales que la liberté d'expression. Un sentiment que l'absurdité a été poussée à son comble : je rappelle que j'ai écrit un livre, sous pseudonyme, où aucun nom ne figurait. Lorsque j'ai appris que j'allais être sanctionnée, j'ai prévenu que j'avais pris mes dispositions pour partir, que je ne comptais pas dévoiler mon identité littéraire et que tout pouvait s'arrêter là.
Le DGS m'a annoncé "Vous ne me faîtes pas peur".
Je n'ai pas la prétention de faire peur à qui que ce soit, mais je pense vraiment que les choses auraient pu se passer autrement s'il m'avait écouté et s'il avait prêté attention aux mises en garde de certains agents qui avaient compris que mon éviction ne se passerait pas comme sur des roulettes.

D'après vous, comment a été reçu votre livre par vos anciens collègues ?

Très mal par ceux qui ont voulu voir les points de ressemblance entre les personnages et eux. Je n'avais de toute façon aucun atome crochu avec les quelques personnes qui se sont déchaînées contre moi, de préférence sur des forums internet, avec des pseudos mal dissimulés et annoncé à la presse que "les 35 heures, on les fait parfois en 5 jours".
Très bien par ceux qui ont un sens de l'humour affûté et ont suffisamment les pieds sur terre pour admettre que tout n'est pas parfait autour d'eux. Sans compter "l'autour du livre", la réaction de la Région, le Conseil de discipline, le tourbillon médiatique qui ont fait énormément parler d'eux, bien au-delà du livre.

Les portraits du Don et du Boss sont hilarants ("L'égo du Don était inversement proportionnel à son QI. Il est une méthode infaillible...") N'y-a-t-il pas pour ces deux personnages une volonté de caricaturer à l'extrême ?
Les personnages sont des archétypes, pas nécessairement des caricatures. Bizarrement, les deux personnages que vous citez ne sont pas ceux qui me semblent les plus "atteints"... Comme élu, Fred est bien plus gratiné que le Don et comme directeur, Simplet est nettement plus catastrophique que The Boss !
Le personnage de l'Intrigante "résolument de gauche" est parfaitement acide et semble incarner à lui seul les nombreux travers que vous soulignez dans le livre. L'Intrigante, au fond, n'est-elle pas finalement la synthèse d'une partie de la fonction publique territoriale?
Chaque personnage est une facette de la FPT. L'intrigante est l'arriviste, prête à marcher sur toutes les têtes pour grimper les échelons. Des Intrigantes, il y en a partout, bien au-delà de la FPT!

Comment voyez-vous votre avenir, Aurélie ? Près de la machine à café ?
J'en doute, je vais être surveillée et au moindre faux pas, le sursis sera révoqué. De toute façon, je préfère discuter assise sur une chaise de bureau que plantée devant la machine à café.
Mais c'est via La Gazette des Communes que j'ai appris que je ne retournerai pas dans mon service. Donc, je pense aller régulièrement sur le site de ce journal afin de glaner des informations sur ce qu'il va m'arriver en janvier...

Photos J.P Balte

Zoé Shepard
Absolument débordée
Editions Albin Michel

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