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Par Harold Cobert - BSCNEWS.FR / Un premier roman est toujours émouvant. C’est l’occasion de découvrir une nouvelle voix, un nouvel univers. On tourne les pages avec délicatesse et fébrilité, presque en retenant son souffle, de peur que, lorsque le charme opère, celui-ci se brise au détour d’une phrase ou d’un paragraphe.
Souvent, les premiers romans enchantent autant par leur fraîcheur que par leur maladresse de vouloir parfois tout dire avec urgence, comme si ce premier ouvrage était peut-être le dernier.
Rien de tel ici, avec le premier roman d’Hélène Grémillon, Le Confident. Une voix, un univers feutré et cruel, du souffle, oui. De la maladresse, non. De la fraîcheur, mais pas de verdeur, tant la construction et le récit sont maîtrisés.
Le résumé – même s’il ne faut jamais réduire un livre à son histoire – tel que le présente l’éditeur :
« Paris, 1975. Au milieu des mots de condoléances qu’elle reçoit après le décès de sa mère, Camille découvre une curieuse lettre envoyée par un expéditeur inconnu. Elle croit à une erreur, mais… Tous les mardis, une nouvelle lettre arrive, tissant le roman de deux amours impossibles, de quatre destins brisés, jusqu’au dénouement final qui va tout emporter sur son passage. Peu à peu, Camille agence les pièces d’un puzzle et comprend que cette histoire la concerne. Faisant alterner le récit de Camille et les lettres du mystérieux inconnu, qui nous transportent dans les 1939-1943, ce premier roman très original mêle avec brio roman historique et suspense psychologique, sous une plume littéraire et virtuose. »
Pour une fois, ces lignes de ce qu’on appelle dans le jargon de l’édition « l’argumentaire presse », dit « argu », et dont le but et de faire mousser le livre et son auteur, sont tout à fait vraies. La construction des différents récits enchâssés et l’alternance des points de vue sont d’un classicisme inattaquable, à l’instar de l’écriture, au cordeau, sans effets inutiles. Et c’est justement là que se niche l’originalité du roman. Car les drames intimes vécus par les protagonistes sont à bien des égards tellement terribles, tellement violents, que cette facture classique de l’écriture et de l’armature servent l’intrigue, mettent en relief et transmettent ainsi toute la force de sa charge affective.
La variation des points de vue permet d’éclairer avec nuances une même histoire vécue par des personnages différents et de creuser, sur fond de Deuxième Guerre Mondiale, les thèmes de l’amour manqué, de la filiation, de la culpabilité. A la fin du roman, rien n’est blanc et rien n’est noir, tout se fond dans un gris semblable au contexte historique troublé qui gronde à l’arrière plan, et où les salauds ne sont pas nécessairement ceux que l’on aurait pu croire.
Enfin, il y a cette collusion entre la petite histoire et la grande histoire, entre les histoires personnelles des protagonistes et l’histoire collective. Rien n’est plus émouvant, comme dans Le Liseur de Bernard Schlink ou La Perrita d’Isabelle Condou, publié l’année dernière chez le même éditeur, que d’assister aux naufrages de destins qui se fracassent malgré eux contre l’inexorable digue de l’Histoire.
Confidence pour ce Confident, Hélène Grémillon est d’ores et déjà une romancière à suivre.

Le Confident, Plon, 19€.

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