Antoine IsambertPar Elodie Trouvé - BSCNEWS.FR /Interview d'Antoine Isambert

Vous êtes le responsable des Editions Ulmer, dans quel secteur de l’édition vous positionnez vous exactement ?

Nous sommes la branche française d’une maison d’édition allemande de livres pratiques et de beaux livres sur le jardin, les plantes, la nature au sens large, les animaux familiers, et depuis quelques années les habitats écologiques. Nous venons de créer une collection qui s’appelle « Les nouvelles utopies » qui représente la société qui bouge. Nous nous sommes intéressés aux nouvelles tendances positives dans la société avec des exemples concrets dans différents domaines : « Vivre plus lentement », « Voyages aux sources de la mode éthique », « Vivre ensemble autrement ; écovillages, écoquartiers, habitat groupé ».

Nous nous rencontrons dans le cadre du salon du livre, le dernier jour. Cette édition a été un peu décriée, on parle de crise du livre. En tant qu’éditeur, quel bilan en tirez-vous ?

On a ressenti effectivement une certaine désaffection des journalistes et d’une partie du public. En tant qu’éditeur de taille moyenne, nous ne sommes présents qu’une année sur deux. Notre but n’est pas de vendre des livres, mais d’être vus, d’acquérir de la notoriété auprès des libraires et d’établir des contactsavec des journalistes. Quantifier les apports du salon du livre est difficile, en ce qui nous concerne, ce salon-ci ne nous a pas semblé différent des autres en terme d’impact auprès des professionnels.

Que pensez-vous de l’avenir du livre ? Qu’est-ce que le livre apporte encore à l’individu ?
Je m’intéresse au livre numérique que je trouve très intéressant pour bon nombre d’application, de même que les applications pour i-phone. Le passage sur support informatique est incontournable pour tout ce qui est guide, guide de terrain. Mais je crois aussi en l’avenir du beau livre, du support papier, de l’objet livre. Nous sommes quatorze salariés et sortons environ quarante livres par an. Nous sommes dans les cent premiers éditeurs français, et malgré tout ce que l’on entend partout, je n’ai pas senti de fléchissement au niveau des ventes de nos livres ces dernières années. Au contraire.

Et pourtant c’est la crise générale, et tout le monde sert ses budgets !

Oui, mais le livre a été le cadeau préféré des français à Noël par exemple. Et puis le livre, cela reste le petit plaisir que l’on peut s’offrir, même si l’on doit par ailleurs renoncer à un voyage, des vacances, s’acheter une voiture. De plus, nous sommes dans un secteur porteur, car justement en temps de crise, les gens ont besoin de livres pratiques et beaux pour faire des choses soi même, faire des économies, refaire son jardin, prendre soin de soi. Les gens en ont besoin, donc, pour nous, il n’y a pas de crise.

Cela va aussi avec l’évolution de la société, le jardin étant une extension de la maison, et en ce sens une valeur refuge.

Absolument. Quand il y a une période de crise, les gens réinvestissent leur maison, leur jardin et se consacre au bricolage. En ce qui concerne notre secteur, ces paramètres se conjuguent également avec l’envie de manger sain, et de faire des choses soi-même. Comment fait on son potager, comment cultive-t-on des légumes bios, comment récupérer l’eau de pluie, se chauffer au bois, produire son électricité, sont les questions que tout le monde se pose aujourd’hui. Nous sortons justement au printemps : « Le potager anti-crise ; manger sain en dépensant peu » avec lequel nous sommes absolument en phase avec ce qui se passe dans la société.

Cela se manifeste également par la volonté de végétaliser n’importe quel petit coin en ville. Avec des paysagistes spécialisés dans ce créneau, Camille Muller, Olivier Rissol, Pierre-Alexandre Risser. Vous venez de faire un livre avec ce dernier : « Avant-après : transformer son balcon, sa terrasse ».
Oui. Mais malheureusement Paris est très limitée par son architecture. Le désir de vert s’accroît énormément, on le voit notamment dans les jardins partagés parisiens. Mais l’augmentation du vert en ville ne croit pas à la mesure de la demande. Tout le monde n’a pas un toit terrasse au cœur de Paris !

Mais beaucoup de gens ont un balcon ! Il n’y a pas moyen de faire quelque chose avec son balcon ? Vous n’avez pas un livre là-dessus ?

Si ! «Ca pousse vite, ça résiste, ça fleurit longtemps en pot », tout ce qu’il faut savoir pour son balcon et ses plantes d’intérieur. Nous nous sommes aperçus par ailleurs qu’il y a un abîme entre les générations. Les anciennes qui savaient naturellement faire pousser les plantes et avaient gardé un lien fort avec la nature. Et puis la nouvelle génération qui si elle n’a pas un grand-père ou un ami avec qui apprendre les bases, se sent complètement perdue, et se tourne vers des livres pratiques et faciles d’accès. C’est pour cela que nous avons notamment imaginé le livre « Les bases pour jardiner quand on y connaît vraiment rien », facile, pratique et plein d’humour.

Vous avez également dépoussiéré l’Almanach annuel avec votre guide «Jardiland», très grand public qui a rencontré beaucoup de succès.

Oui. Il s’est très bien vendu. Car nous avons voulu proposé aux gens des solutions pour l’aménagement de leur coin de verdure, avec beaucoup de conseils pratiques, et plein de photos. Des avant/après, afin de donner des envies, des idées d’aménagement créatives, des solutions d’association de plantes, assez simples mais qui changent un espace, une terrasse, une allée, un jardin.

Vous êtes également auteur vous-même. Pourquoi cette nécessité d’écrire en marge de votre activité d’éditeur ?

Par pur plaisir. Je sors régulièrement un livre sur des sujets qui me touchent. Le dernier : « La cuisine du divorcé, également recommandé aux hommes mariés qui veulent le rester » ! Un livre de recettes pour surmonter avec brio les différentes étapes du jeune divorcé en terme de prouesse culinaire : se nourrir, nourrir ses enfants, nourrir ses amis, concocter soi-même un dîner en amoureux. C’est à la base une passion d’écriture. Je l’édite quand elle a à voir avec la ligne éditoriale de ma maison d’édition. Par exemple : « 60 plantes amusantes à offrir à sa belle-mère », ou « Le nouveau langage amoureux des fleurs », toujours avec de l’humour, pour dédramatiser certains événements de la vie. La nécessité d’écrire était mon préalable à ma vocation d’éditeur.

Quelle est votre formation initiale ?
Ingénieur en agriculture, j’ai longtemps travaillé dans l’agro-chimie. Et puis un jour, j’en ai eu ras-le bol et je suis devenu éditeur ! J’écrivais depuis toujours, de la poésie, de la prose, et, parallèlement, j’ai toujours était fasciné par la nature, depuis mon enfance, ce qui m’avait amené à faire un DEA de biologie végétale par ailleurs. Et puis j’ai eu la chance énorme de rencontrer Mathias Ulmer, l’héritier d’une lignée d’éditeurs allemands, qui voulait monter une filiale en France centrée sur mes passions : la nature, l’environnement. Je parlais couramment allemand. Cela s’est fait comme ça. Au départ, nous étions deux, et nous faisions essentiellement de la traduction en français des livres qu’il publiait en Allemagne. Il est retourné en Allemagne en me laissant les rênes de la filiale française. Aujourd’hui nous sommes quatorze et nous faisons 10% de traduction ou d’adaptation pour 90% de création.

Quel lecteur êtes-vous ?

Essentiellement masculin ! Je lis des essais et de la science-fiction. L’écriture romanesque française actuelle m’ennuie, à quelques exceptions près. Par contre la bonne science-fiction me ravit ! Il y a une logique qui me passionne lorsque c’est de la bonne science-fiction. Mais, c’est assez masculin, je ne partage pas cette passion avec beaucoup de mes amies femmes !

Quel est votre plus grande joie dans votre métier d’éditeur ?

La relation avec mes auteurs. Rencontrer des gens qui ont des choses à dire, avec qui on ne partage pas forcément les mêmes opinions du reste, mais qui sont talentueux dans leur manière de l’exprimer.
En tant qu’éditeur, j’ai le choix de faire des livres avec des auteurs que je choisi, avec qui j’ai des relations amicales allant pour la plupart au-delà de la relation professionnelle. Parfois, éditer un livre, travailler ensemble, ça se complique, l’auteur, aussi talentueux qu’il soit, ne comprenant pas les contraintes de l’éditeur. Mais il me revient de crever immédiatement l’abcès et c’est toujours un bonheur partagé par l’auteur et l’éditeur de sortir un beau livre qui trouve son public.
Les éditions Ulmer, 8 rue Blanche, 75009, Paris. www.editions-ulmer.fr

Abonnez-vous au Tabloïd !