La place des livres dans la vie d’une romancière chroniqueusePar Emmanuelle de Boysson - BSCNEWS.FR / Qu’ils soient numériques, sur Ipod, portable ou clef USB, rien ne vaut la sensualité du papier d’un livre choisi que l’on ouvre sur un banc, que l’on annote au crayon. Je ne suis pas assez calée pour me lancer dans une analyse sur la place des livres dans la culture, en revanche je sais que celle de la littérature se réduit comme peau de chagrin dans la presse. Tous les matins, je découvre une pile de livres en tous genres devant ma porte. Ils sont comme des amis que je recevrai dans mon salon et à qui je n’aurai pas le moindre verre à offrir. Et pourtant, j’en lis le plus possible, toujours avec le même appétit. Aussi, ai-je préféré vous faire partager mes coups de cœur du printemps puisque j’ai la chance d’avoir de la place dans le BSC News magazine.
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Dans Tu m’envoies un mail, paru chez privé, Emmanuelle Friedman, nous livre son expérience : édifiant, bourré d’humour. Catherine Briat, directrice de la communication de Radio France, a osé aborder un sujet délicat et actuel. A la fin de sa vie, Pierre vit un dernier amour avec Marie et retrouve le goût de vivre. Bouleversant (Le dernier rendez-vous, Plon). Pour son second roman, Catherine Fug raconte les tribulations d’une mère juive : Ah si j’étais goy (Plon). Des scènes truculentes où une mère juive est confrontée à ses enfants qui exigent un retour aux traditions. Catherine Salez, qui vit à l’île de Ré, s’est lancée dans un monologue en en vers : Pitié pour Anna Lö, (Alphée). Une tragédie moderne où une femme crie sa colère et son désespoir avec des accents poignants. Un texte original et beau qui prend aux tripes. La poétesse et romancière Vénus Khoury-Gatta nous plonge dans l’univers de deux femmes venues assister à la conférence de l’écrivain, Saint-Gilles. Mathilde est sa veuve. Soumise, Anne reste auprès d’elle, dans son gîte rural et découvre Zohra, clouée dans un fauteuil roulant. Elle apprend qu’elle est sa demi sœur et l’ancienne maîtresse de Saint-Gilles. Poétique et cru (La fille qui marchait dans le désert. Mercure de France). La mort et le désir vont souvent de pair. Brigitte Kernel évoque avec pudeur comment, après la mort de l’amante de Léa, la narratrice est peu à peu troublée et attirée par cette femme en deuil ( Fais-moi oublier, J’ai lu). Stéphanie des Horts raconte avec brio le fabuleux destin d’une petite Flamande devenue l’impératrice des bijoux Cartier. Passionnant. (La panthère, Lattès). Les années soixante soixante-dix, la route : Mary Maison relate la Génération Peace and Love (Séguier) et ses expériences extrêmes dans un voyage initiatique vécu avec passion.
Saluons la collection de romans historiques dirigée par l’éditeur, Guillaume Robert, chez Flammarion. Les lecteurs en sont fous ! Le dernier ouvrage est celui de Michel Riou, 1658, L’éclipse du roi soleil. Il nous entraîne dans l’Affaire des poisons où se débat Nicolas de la Reynie, le premier lieutenant de police du royaume. Haletant.
A l’occasion du 11e anniversaire des bombardements de Belgrade par l’OTAN, du 30e anniversaire de la mort de Tito, Jean-Christophe Buisson rédacteur en chef des pages Culture du Figaro magazine et grand spécialiste des Balkans, réussit une chronique de l’amitié franco-serbe à travers ce Roman de Belgrade, à la fois pèlerinage dans l’histoire et invitation au voyage (Editions du Rocher). On retrouvera avec bonheur le style élégant comme un galop léger de Jérôme Garcin, dans L’Ecuyer mirobolant (Gallimard) : «Monter n’était plus alors une activité physique, c’était une pensée pure, un acte de soi », écrit-il dans cette réflexion magnifique d’un écuyer. Après son Dictionnaire de Littérature à l’usage des snobs, Fabrice Gaignault, journaliste à Marie Claire, poursuit sa galerie des stars hollywoodiennes dont il a la nostalgie. Dans la peau d’un profiler, il a enquêté pendant deux ans pour retrouver les protagonistes d’une affaire criminelle en plein cœur d’Hollywood. Claudine Longet, une danseuse française devenue une chanteuse américaine, entretient une liaison avec Spider, un champion de ski. La passion s’achève dans les neiges d’Aspen (Colorado) quand le 21 mars 1976, Claudine tue son amant. Accident ou meurtre prémédité ? L’Amérique se passionne pour ce crime au dénouement inattendu. Fou du rock, Fabrice Gaignault, attentif aux échos d’une époque, réussit une quête de vérité saisissante. (Aspen Terminus, Grasset). Le célèbre dramaturge français, Antoine Rault, raconte l’histoire d’un adolescent intelligent qui fait tout pour attirer l’attention de sa mère mal aimante. Un superbe roman d’apprentissage, un portrait inoubliable d’un garçon solitaire, en quête d’amour ( Je veux que tu m’aimes, Albin Michel). L’académicien, Frédéric Vitoux remonte au plus loin de sa mémoire familiale à travers une longue conversation, enquête presque policière sur la « Belle époque ». Touchant et très intéressant (Grand hôtel Nelson, Fayard). Directeur et fondateur de Service littéraire, un journal sans langue de bois fait par des écrivains auquel collabore Frédéric Vitoux, François Cérésa s’est amusé à écrire un polar : Petit papa Noël ( Pascal Galodé) où des copropriétaires se révèlent affreux, sales et méchants ! Le style inimitable de ce fan des Hussards. Autre hussard, Yann Moix. L’écrivain et cinéaste défend Polanski, accusé, trente-deux ans après, de pédophilie par un justice américaine intraitable. « Polanski n’est pas seulement coupable d’être coupable, mais accusé d’être accusé », écrit Moix indigné dans La meute, (Grasset) Un coup de gueule salutaire ! Un petit bijou que ce coiffeur de Chateaubriand, d’Adrien Goetz (Grasset). Histoire d’amour, de jalousie, de mimétisme, évocation d’un grand écrivain et tout le talent d’un auteur, grand spécialiste de l’art.
Morgan Sportès est un écrivain à part. Proche de Guy Debord, la langue de bois n’est pas sa tasse de thé. Après L’appât, (Seuil) et Ils ont tué Pierre Overney (Grasset), il a publié en janvier, Un aveu de toi à moi, (Fayard). Son roman est la rencontre entre un jeune journaliste à Police magazine, étudiant à Paris VII et Rubi, le père de sa petite amie, qui lui raconte son parcours atypique. En 1936, Rubi est partisan des républicains espagnols, avant de s’enrôler dans la résistance, puis au STO, avant la SS. Il déserte ; rattrapé, il subit une parodie d’exécution. Incarcéré à Dachau-Allach, il renfile l’uniforme SS… A travers ce destin d’un paumé, Sportès nous offre une réflexion brillante sur la complexité de l’histoire et la puissance des idéologies sur les faibles. Dans Maos (Grasset), déjà, il stigmatisait nos intellectuels soixante-huitards stipendiés par la CIA.
Au moment où Solde est réédité chez Flammarion, lisez Une saison avec Bernard Frank, de Martine de Rabaudy (Flammarion), on y découvre cet homme délicieux, raffiné, bon vivant, amical, loin des coteries, dernier rescapé d’une génération d’écrivains disparus.

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