Arash Derambarsh, le point de vue, BSCNEWS.FRpar Arash Derambarsh - BSCNEWS.FR / La richesse de notre pays doit nous amener à réfléchir en profondeur sur la crise actuelle. Elle n’est pas bénigne mais pas non plus irréversible. La France mérite mieux que cette situation. De quoi s’agit-il en réalité ? Nous travaillons trop souvent dans l’urgence. Il n’y a pas de sérénité, de calme et de la réflexion. Tout se réalise sans vision du long terme et le « buzz », la forme et la communication l’emportent sur le fond, les idées et le sérieux.

L’actualité a été malheureusement l’illustration de ce dysfonctionnement.

La peur tout d’abord. En effet, nous avions un débat sur l’identité nationale afin de savoir ce que c’est qu’être français. Cette question est importante. Essentielle même. Qu’avons-nous appris à la fin ? Que la Burqa n’avait pas sa place dans la République. La belle affaire. Mais la France, les Français ? Un ministre a proposé de supprimer l’histoire en 1ère et a réussit l’exploit de justifier cela. Dormez bien les petits et laissez-nous gérer la France. En revanche, pour lire un texte de Guy Moquet, l’Elysée s’en est mêlé personnellement.
Erreur sur toute la ligne. La France, c’est d’abord des valeurs, c’est aussi une Histoire, une voix, un repère pour des milliards de personnes dans le monde. C’est une référence. La France est un petit pays mais sa voix porte bien au-delà. C’est la magie de notre pays. Faire peur et diviser ne permet pas d’avancer tous ensemble. Car c’est le vivre ensemble qui est aujourd’hui menacé et il faut trouver nos dénominateurs communs.

Le beur ensuite. J’ai été au concert de Maghreb United samedi dernier. Maghreb United est un collectif réunissant de nombreux artistes dont le groupe de RAP 113, Sefyu (victoire de la musique 2009 dans la catégorie meilleur Artiste révélation du public), Diam’s ou Kenza Farah. Ils ont enregistré un album, sorti en juin 2009, et entamé une tournée en France, qui n'a pas été sans heurts. Ils ont été interdits de se produire à Lyon, Seyssins (Isère) et Marseille, cette dernière annulation ayant été décidée à la suite d'une protestation du maire d'Orange et président de la Ligue du Sud, un mouvement politique dont le slogan est "Identité, efficacité, sécurité".

Le rappeur Rim’K est devenu la tête de Turc de deux députés UMP du Val-d'Oise, qui se sont émus de l'autorisation par la Mairie de Paris d'un spectacle, qui, selon eux, met "à l'honneur les appels à la haine et à la violence de pseudo-chanteurs n'ayant cessé de bafouer et d'insulter nos valeurs nationales". En fait, le concert se tenait à La Villette, donc sous l'égide non de la municipalité, mais d'un établissement public dépendant de l'Etat. Ne pas reconnaître le RAP, c’est ne pas reconnaître une expression culturelle et artistique. Et aussi dérangeante soit-elle, il faut lui faire une place.

Cependant, je dois dire que le fait de ne voir que des drapeaux algériens, marocains et tunisiens m’a interpellé. La très grande majorité de la salle du Zénith était composée de français. Mais pas un drapeau, pas une fierté nationale, pas un symbole tricolore. Certes, si les gens sont heureux et n’ennuient personne, il n’y a pas de mal. Mais je ne parle pas ici d’ordre public mais de notre nation dans toute sa composante. Imaginez toute cette énergie, tous ces jeunes français. Quelle chance cela pourrait être pour la France.

Un concert de Rap aux Etats-Unis, avec Jay Z, P.Diddy ou encore Dr Dre, c’est une Amérique que parle, qui s’exprime et qui est fier de l’être. Le titre « American Boy » de la chanteuse Estelle et du rappeur Kanye West, ou encore « Empire State of my mind » de Jay Z et Alicia Keys (éloge de New York) ont prouvé que cette culture est reconnue entièrement.
Contrairement aux Etats-Unis, nous n’avons pas fait notre révolution culturelle. En réalité, personne ne se connaît. Dès lors, la méconnaissance amène à l’incompréhension qui débouche au rejet. Cette connaissance, elle s’acquiert d’abord à l’école et tout jeune.
Ainsi, interdire un concert, comme censurer un livre, c’est contraire à la République et à nos valeurs du 18e siècle. Notre patrie n’est pas en danger et les élus de la République doivent rencontrer les artistes afin de comprendre leurs démarches, leurs revendications et valoriser cette culture magnifique du RAP et du Hip Hop qui a toujours valorisé le texte.

Enfin, la rumeur. Je ne souhaite pas revenir sur les faits qui ne m’intéressent pas. Ce qui m’importe, c’est l’écho que l’on donne à toutes ces « petites choses ». Que le Président de la République, Nicolas Sarkozy, fasse son travail et que ses conseillers cessent de parasiter l’intérêt général avec de la communication tout azimut.
La crise est durablement présente, palpable et le pays se démembre. Mais la France en a vu d’autres et en verra encore. Ce pays a des ressources et notre génération est exceptionnelle. Ce pays a tous les atouts, toutes les qualités et toutes les ressources pour rebondir. Mais il faut du calme.

Durant la guerre, Winston Churchill disait : « Ce n’est que quand il fait nuit que les étoiles brillent ». C’est pourquoi, la peur doit devenir l’enthousiasme, le beur doit devenir le français et la rumeur doit devenir l’ignorance.
Finalement, à chaque problème se trouve une solution.

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