« Je vous parle d’un Temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaitre… » chantait Charles Aznavour. Cela semble s’appliquer au nombre vertigineux de publications de livres par des auteurs qui n’en sont pas les écrivains. Certains ne lisent même pas leurs propres livres mais sont satisfaits de leurs publications. Il est loin, ce Temps, où écrire un livre se faisait seul.

Du moins officiellement… Il est vrai que les controverses ne manquent avec Molière et Corneille, Shakespeare, Dumas ou encore Alphonse Daudet et Paul Arène.

Publier un livre est toujours une démarche personnelle. Pourtant, il arrive qu’un écrivain ou un journaliste écrive à la place de l’auteur, tout en restant dans l’ombre, dans l'anonymat. Cela s’explique par le manque de temps, le manque de talent d’écriture ou encore pour une raison pratique.

Cet « écrivain fantôme » a pour nom « nègre », « plume » ou encore « ghost-writer » chez les anglais.

Le mot « nègre » est traditionnellement utilisé en France mais il est aujourd'hui chargé de connotations négatives évidentes.

C’est en 1845 qu’Eugène de Mirecourt s’exprime, pour la première fois, à propos d’Alexandre Dumas père : « Dumas ? Un mulâtre qui a des nègres ». D’ailleurs, ce terme est utilisé dans son pamphlet « Fabrique de Romans : Maison Alexandre Dumas & Cie, fabrique de romans ». Il est vrai que le père d’Alexandre Dumas n’était autre que le général Thomas Alexandre Davy de la Pailleterie. Le général Dumas, surnommé également « le Diable noir ». Je rappelle que Bonaparte le met à la retraite et lui refuse toute pension, de même qu'à sa veuve après son décès, malgré sa loyauté et sa bravoure.

Alors que les anglo-saxons définissent cette profession d’écrivain fantôme par « ghost-writer », nous continuons en France à utiliser un terme raciste, stigmatisant et en total décalage avec sa véritable définition. Cette défintion française est d'ordre historique et non étymologique, contrairement au terme anglo-saxon qui donne une parfaite définition du mot et du sens.

Je m’étonne, depuis mes débuts dans l’édition en 1999, que tous les éditeurs reprennent ce terme avec parfois de l’humour, parfois de l’ironie. Cette banalisation des mots fait sens et fait écho. Ce mot blesse car il pointe du doigt le travail ingrat de celui qui restera toujours dans l’ombre alors même qu’il a contribué à la totalité du travail. Ceci est injuste, pas valorisant et plus grave, cela porte atteinte à notre Pacte Républicain, à savoir la Liberté, l’Egalité et la Fraternité.

Cet héritage historique ne mérite pas de rester dans le patrimoine culturel. Le français est une langue vivante. Elle a donc vocation à évoluer. Je préconise donc le mot « plume » qui semble plus convenable et plus respectable à l’égard de tous.
Arash Derambarsh

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