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Pour cette « petite » rentrée littéraire – 491 romans en janvier 2010 contre 659 en septembre 2009 –, deux gros coups de cœur : «Bien le silence partout» de Diastème et «Le Chambrioleur» de Damien Luce. Deux romans réunis en tête de gondole par les hasards du calendrier, mais qu’il n’est pas hasardeux de lire en miroir l’un de l’autre.

Après sept ans d’absence en librairie, Diastème revient au roman. On se souvient de lui journaliste (7 à Paris, L’Autre journal, 20 ans, Première), on le connaît auteur de recueils de chroniques (Chienne de vie !, Un peu d’amour), romancier (Les Papas et les mamans, In paradisum, 107 Ans), dramaturge et metteur en scène (La Nuit du thermomètre, 107 Ans, La Tour de Pise, L’amour de l’art, Les Justes), scénariste (Tout contre Léo, Coluche), réalisateur (Même pas mal, Le bruit des gens autour), et enfin parolier (Un jour et Novembre). Le genre de mec qui vous fout des complexes tant il est un touche-à-tout talentueux.
Disons-le tout de suite : Bien le silence partout mérite de faire un bruit fou, un tintamarre de tous les diables, bref, un boucan d’enfer.
Mais tout d’abord, le « pitch », comme on dit en bon Français audiovisuel, et tel qu’il apparaît en 4e de couverture : « C’est l’histoire d’un scénariste qui a le plus grand mal à écrire une nouvelle version d’Angélique, marquise des Anges parce que sa femme l’a quitté, son frère a fait une tentative de suicide, et qu’il n’arrive pas à se débarrasser d’un rhume. »
L’ironie du ton mis à part, on pourrait craindre une énième auto-fiction à la française ayant pour décorum le milieu glamour du cinéma et du show-biz germanopratin. Il n’en est rien. Ce serait en effet compter sans Diastème, son amour des personnes et de ses personnages, son don particulier pour vous embraquer dans des histoires où le quotidien le plus banal révèle toute sa charge
tragique et poétique, où l’univers de la fiction – en l’occurrence un remake d’Angélique, marquise des Anges – vient corriger les scories d’une réalité trop brutale. Car ce qui ressort de ce roman, c’est une tendresse infinie dans un monde où la brutalité est reine, un regard bienveillant dans une époque où le cynisme et la moquerie gratuite sont érigés vertus cardinales du bel esprit.
Diastème romancier s’est fait rare ces dernières années, mais c’est surtout un romancier rare. L’un des seuls écrivains français qui a vraiment digéré les auteurs américains, et qui s’inscrit dans leur lignée sans les imiter. Son écriture est en la preuve. Des anglo-saxons, elle en a l’efficacité et le côté direct, rectiligne. De l’esprit français, elle en a la sinuosité et la circularité. Une écriture en spirale qui vous embobine, vous ficelle et vous entraîne sans vous forcer ni vous contraindre.
Diastème, on s’en doute, est un pseudonyme. Dans le langage courant, le mot désigne un écartement entre les deux incisives supérieures, plus communément appelées «les dents du bonheur». Rarement un pseudonyme aura aussi bien retranscrit le sentiment que laisse la lecture de ce livre.

Pianiste et compositeur formé au Conservatoire supérieur de Paris et à la Juilliard School de New York, Damien Luce signe avec Le Chambrioleur un bijou de premier roman. Jeanne est une petite fille comme les autres. Ou presque. Légèrement différente, raillée par ses camarades de classes et élevée par des parents oublieux, elle s’invente un monde à sa (dé)mesure. Avec elle, les murs de la maison deviennent des écrans de cinéma où elle projette son imaginaire, n’importe quel meuble ou élément de son quotidien est une porte ouverte sur
l’imagination et l’évasion.
Une nuit, un cambrioleur étrange, aux allures de jeune SDF, maladroit, voire absolument nul pour ce type d’activité nocturne et clandestine, fait irruption dans sa chambre – d’où le titre du roman, néologisme entre « chambre » et « cambrioleur », deux mots qui ont d’ailleurs la même racine étymologique. De là, se déploient une aventure et une intrigue où le mystère et la poésie le disputent à l’âpre réalité et la cruauté du monde.
Ce qui frappe dans ce roman, outre l’inventivité et l’originalité de son auteur, sa plume grinçante, alerte et espiègle, c’est la férocité de l’univers des adultes, la violence de leurs négligences et de leur égoïsme. À cela, Damien Luce oppose l’imaginaire et l’insouciance de l’enfance qui, s’ils protègent par une certaine douceur et une certaine fantaisie rafraîchissante, peuvent conduire jusqu’aux limites de la folie, voire jusqu’au crime.
Une réussite qui sonne comme une promesse.

Deux auteurs et deux romans, donc, deux histoires qui font la part belle à la fiction comme remède et rempart à la médiocrité du monde. Il serait dommage, et même dommageable, de passer à côté.

Par HAROLD COBERT / BSC NEWS MAGAZINE

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