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Pascal Fioretto, un écrivain sans complexe ( Stéphane Agado /photo)Ingénieur puis « branleur », Pascal Fioretto est « le » spécialiste du pastiche. On lui doit deux recueils à ce jour : « Et si c’était niais » et « L’élégance du maigrichon ». Extraits d’une conversation dans un bar, rue de Châteaudun.

Ingénieur, puis branleur.- Je suis un littéraire contrarié qui a passé son Bac C. J’ai vendu mon âme au diable en faisant Maths Sup, Maths Spé, puis en devenant ingénieur. Je suis sorti de cette voie à 40 ans. J’ai toujours écrit en parallèle, notamment à « Jalons », un collectif qui sortait des pastiches de journaux comme « Le Monstre », « L’aberration » ou « France démente ».

J’ai envoyé ce que je faisais à Fluide Glacial. Léandri m’a embauché sur le champ. Et pendant dix ans j’ai été à la fois cadre supérieur et auteur de pignolades dans Fluide. Quand est survenue la crise de la quarantaine, j’ai décidé de faire le grand saut et de vivre de mes conneries : je suis devenu branleur. Ensuite j’ai présenté le « Gay Vinci Code » à Chiflet [NDLR : Jean-Loup Chiflet, éditeur ]. Le livre est paru, a connu un bon succès.

Ingurgiter, régurgiter.- Le choix des livres que je pastiche relève avant tout de leur visibilité. Je regarde les auteurs du moment. Les incontournables se retrouvent forcément dans le casting. On trouve donc les vedettes, et bien sûr quelques autres.

Ensuite, je lis vraiment tout… enfin disons 80% de la production de chacun. Je lis les bouquins en une ou deux semaines. Je les ingurgite, puis les régurgite. C’est un peu injuste pour le pastiché quel qu’il soit, parce que même au bout de dix Thomas Mann (un de mes auteurs favoris) sincèrement tu n’en peux plus. Idem pour Modiano. Le but, c’est par exemple de voir le monde comme Muriel Barbery, d’assimiler son écriture, de repérer ses tics, ses ficelles. Ses tocs [Troubles obsessionnels compulsifs, NDLR] aussi, car souvent les auteurs que je choisis ont des tocs. Par exemple, Modiano fait une fixation sur les chaussures et les listes de noms.

Critique et humoriste

Etrange familiarité.- Mon travail de pasticheur, au début, consiste avant tout à décrire les ficelles des auteurs. Le comique est un produit secondaire : l’effet déformant arrive ensuite.

Proust explique que le pastiche est d’abord une critique de l’œuvre faite de l’intérieur. Et je pense que je fais d’abord un boulot de critique. Je dis au lecteur : « voilà comment écrit Muriel Barbery ». Cela me permet aussi de décrypter un genre, comme la littérature régionaliste dans « L’Elégance du maigrichon », avec Christian Signol..

Il s’agit avant tout de restituer ce sentiment d’« étrange familiarité ». Cela pourrait devenir un exercice scolaire très chiant… ce que j’essaie de ne pas faire. C’est là qu’intervient mon travail d’humoriste.

Ratage.- Le degré de difficulté n’est pas le même pour tous les auteurs, bien sûr. Plus il y a de trucs d’écriture et moins il y a de style. Donc, c’est plus facile à pasticher. En revanche, dès qu’il s’agit d’aborder le style, la tâche devient moins évidente. Je pense que tous les écrivains sont pastichables. Pour « L’Elégance du maigrichon », j’avais des doutes pour Modiano, mais ça va ; je pense avoir raté un peu Barbery, dont j’ai transposé le style mais que je n’ai pas assez allégé.

« Je n’ai pas le complexe de l’écrivain »


Rire sinistre.- J’ai très envie de m’attaquer à Pascal Quignard, ou aux « rebelles urbains » comme Samuel Benchetrit. Je songe aussi à Le Clézio ou Kundera. J’ai envie de faire un pastiche générique, sur « le livre de mon père » ou le polar américain. J’aimerais également écrire un bouquin « sinistre », pasticher des titres comme « Les Déferlantes » ou « Une autre vie que la mienne ». Si je parvenais à faire rire avec des sujets sinistres, ce serait formidable.

Le « Pendule » étalon.- Les auteurs qui me font rire ? Desproges. Vincent Haudiquet. Et Umberto Eco, mon idole. Son livre « Le Pendule de Foucault » est pour moi le maître étalon du pastiche. C’est brillantissime et hyper drôle.

Thomas Mann, ou rien.- Lire normalement ? Cela m’est très difficile. J’ai toujours le stylo qui me démange. Du coup je lis des ouvrages très éloignés de ceux que je traite d’habitude : la littérature russe, allemande, Klaus Mann, Fitzgerald…

Quant à écrire, je n’ai pas vraiment le complexe de l’écrivain. Enfin, je me dis : soit je fais du Thomas Mann, soit je ne fais rien. Je pense qu’au premier degré, il ne faut pas se louper. Du coup, je m’interroge beaucoup : qu’est-ce que j’apporterais en écrivant ? Qu’est-ce que j’ai de plus que les autres ? Pourquoi moi ?


« L’élégance du maigrichon », Chiflet et Cie. 14, 25€

« Et si c’était niais », Chiflet et Cie et Pocket

« Et si c’était niais » existe également en version pédagogique (Magnard, coll. Classiques et Contemporains. 4, 75€)
Olivier Quelier

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