“Kids wanna fuck, out in the street / Fun all summer long” (« Bang! »), les fidèles des Raveonettes seront peut-être un peu surpris d’entendre un truc aussi joyeux sortir de la bouche de Sune, la moitié masculine du toujours excellent duo danois. Toutefois, pas d’immenses surprises à attendre de ce disque, le son du groupe est toujours là, quasiment inchangé. 4 ans après l’excellent Lust, Lust, Lust, In and Out of Control confirme, s’il le fallait, les Raveonettes comme l’un des meilleurs groupes pop-rock actuel.

Les influences du duo sont claires. Elles sont dans le nom du groupe, qui est en fait un mot porte-manteau composé de The Ronettes, le groupe de filles patronné par le légendaire Phil Spektor, inventeur du “Wall of Sound” (un effet de réverb’ donnant au son une grande profondeur, ce qui permet à l’auditrice de s’y immerger sans efforts) et de la chanson “Rave On!” de Buddy Holly, l’un des pionniers du rock’n'roll. Le groupe revendique également sa filiation avec le groupe-phare de la noise pop, Jesus and Mary Chain, ou encore Blondie.

Concrètement, ce mélange donne une pop immergée dans un brouillard fuzzy - moins omniprésent dans In and Out of Control, j’y reviendrai - qui crée une atmosphère très sombre, dramatique, comme avant un orage, lorsque les nuages deviennent de plus en plus noirs et qu’une sorte de tension homérique se crée. Là-dessus, Sune et Sharin collent leurs harmonies vocales et leurs mélodies pop ultra-accrocheuses, parfois carrément bubble-gum, d’où un décalage lorsque vous vous intéressez d’un peu plus près à leurs textes, qui n’ont jamais été aussi sombres que dans cet album. Viol, suicide, ruptures amoureuses, morts en tous genres… D’ailleurs les titres des chansons sont assez clairs. Heureusement, c’est rarement aussi niais que, au pif, Indochine.

Mais parfois, c’est un peu trop… Euh… Bon disons que « Bang! », par exemple, c’est une chanson que je n’aime vraiment pas du tout. Peut-être qu’avec un peu d’alcool dans le sang, ça pourrait s’arranger, mais sinon, pas possible. Heureusement, la seconde chanson rattrape, et même plus que ça, ce début raté. « Gone Forever » est tout simplement l’une des meilleures chansons de l’année, l’une des meilleures illustrations de ce son dont je vous parle depuis tout à l’heure. Tout y est. 3 minutes 36 secondes que je pourrais écouter pendant des heures et des heures. La mélancolique « Last Dance » ne m’avait pas particulièrement accrochée lors des premières écoutes, mais quelques jours plus tard je me suis surprise à la fredonner dans la rue. Que dire de plus à part “mission accomplie” ?

« D.R.U.G.S. » est le morceau le plus dansant de l’album. La mélodie est certes un peu banale, mais absolument irrésistible et réminiscente de Blondie, ce qui est un moindre mal. L’influence des Smiths est palpable sur « Breaking Into Colors » tandis que « Break Up Girls! » rappelle avec fracas que les Raveonettes se trimballent bien un statut de groupe de noise.

Car ce sont bel et bien les mélodies poppy à souhait qui ont le beau rôle dans ce disque. J’ai donc un avis en demi-teinte : d’un côté j’adore les morceaux dans lesquels le duo fait ce qu’il sait faire de mieux, ce décalage entre la violence noisy des guitares et les mélodies pop parfaites, et d’un autre côté, quand ils font des trucs beaucoup plus dansants, je trouve ça cliché et moins plaisant.

Je ne vais pas non plus chipoter, les Raveonettes livrent encore une fois un album solide, au moins 4 morceaux sont plus qu’excellents et seront en rotation continue dans mes oreilles pendant un bon bout de temps.
The Raveonettes – In and Out of Control (Vice Records, sortie le 6 octobre 2009)
http://www.myspace.com/theraveonettes
Eddie Williamson

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