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Depuis plus d’un quart de siècle, la bande de Wayne Coyne s’est construite une réputation de défricheur rock, de doux dingues expérimentaux aux concerts légendaires. En ce qui me concerne, je trouve que la discographie du groupe est en dents de scie. Leur avant-dernier disque m’avait particulièrement déplu…
Cette fois, Embryonic constitue un pic. Mais tous les morceaux ne me plaisent pas non plus. C’est toujours pareil avec les groupes expérimentaux, a fortiori avec les groupes qui vous pondent un double-album de 18 titres au moment où certains déclarent que ça ne sert plus à rien de faire des albums. Sortir un tel objet relève tout autant d’une ambition démesurée qui caractérise les Lips depuis quelques albums, mais aussi de l’audace artistique qui les caractérise depuis toujours. Plus dingue encore, le coffret deluxe tout en fourrure, politiquement incorrect, et qui me donne beaucoup envie.
Embryonic est un plat de choix pour la musicophage exigeante que je suis. Il n’y a pas de morceaux “tubesques”, rien de “radio-friendly”. Autant vous le dire tout de suite, c’est bizarre. Ce n’est pas avant-gardiste dans le pur sens du terme, sans doute un peu conceptuel (il y a quand même une citation d’un mathématicien allemand à un moment), certes, mais ça reste surtout une musique assez délirante. Pink Floyd est le nom qui m’est venu le plus souvent à l’esprit (en particulier sur « Gemini Syringes » et « Evil »). C’est l’influence la plus évidente. Spatial, psychédélique, toute en sublimité et grandiosité.

Même quand certains morceaux semblent avoir été enregistrés dans un garage, notamment « Worm Mountains », avec un featuring de MGMT (il faut le savoir pour l’entendre, pareil pour les participations de Karen O sur « I Can Be a Frog », un morceau très drôle qui n’a quasiment rien à voir avec le reste), ils conservent ce côté grandiose et démesuré. Enregistré dans un garage, peut-être, mais alors un garage en gravitation dans l’espace autour de Pluton (cette image devrait d’ailleurs plaire à Wayne Coyne, fan de science-fiction un peu cheap). Épique.

L’architecture complexe, subtile, des morceaux me fascine, mais les Flaming Lips oublient parfois de contenter l’auditrice en lui fournissant ce que les anglo-saxons appellent un “climax”, un point culminant, un sommet émotionnel, un moment exceptionnel qui vient parachever le morceau, ‘voyez. La recette fonctionne très bien dans le premier disque. Mais dans le second, certains morceaux sont vraiment anecdotiques par rapport au reste. Anecdotiques car ils n’ont simplement pas réussi à m’accrocher. Ça ne tient pas à grand-chose, surtout quand j’ai affaire à une musique aussi complexe. Je trouve « Scorpio Sword » trop courte, « The Impulse » m’endort, « Sagittarius Silver Announcement » est inintéressante, « If » m’endort aussi…

Mais ce n’est pas une raison pour passer à côté des morceaux exceptionnels : « Sea the Leaves » et son revirement incroyable, « Powerless » le point culminant de tout l’album, le rageur « The Ego’s Last Stand »… Et puis « Virgo Self-Esteem Broadcast » dans lequel on peut entendre bruits de singes ou d’oiseaux, j’sais pas trop, et Wayne Coyne chanter “this is the beginning”, comment ne pas penser alors à L’Odyssée de l’Espace de Kubrick…

Les Flaming Lips sont encore et toujours l’un des groupes les plus créatifs du monde, ils le prouvent de manière majestueuse avec Embryonic.

http://www.myspace.com/flaminglips
Eddie Williamson

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