Le premier roman de Jean-Marc Pitte correspond en tout point à la définition de ce qu’on peut appeler un bon livre. Audacieux au vu du sujet traité, le fait divers qui, par bien des aspects, propulse souvent les auteurs parmi les plus talentueux droits dans le mur du cliché et des conclusions bâclées tant l’exercice est périlleux. Intrigant par sa forme car Jean-Marc Pitte manie à merveille les retours en arrière, qui plonge le lecteur au plus près de la psychologie de l’adolescent meurtrier.
Gueule d’Ange, c’est également un style épuré et brillant qui élargit et surpasse le cloître odieux qu’évoque le massacre sous toutes ses formes. « Ce roman à la première personne tente de décrire l’irruption d’un crime hors norme dans le quotidien de gens ordinaires». Cette phrase tirée de la quatrième de couverture traduit précisément l’ambition noble de ce livre.
Rien n’est usurpé dans la descente aux enfers de Paul, provoquée par le déni et le désamour de sa famille à son encontre.
Jean-Marc Pitte prend le lecteur par la main et l’invité à suivre, sans prosélytisme, l’évolution psychologique du jeune Paul. C’est à la fois troublant, et triste alors que l’on se surprend à se révolter contre cette froideur familiale.
Gueule d’Ange flotte avec talent à la frontière ténue du fait divers et de la fiction. Et là se trouve la force de l’auteur dans la narration d’un sujet aussi difficile et si sensible. Cet ouvrage audacieux fera date dans la bibliothèque de ce genre qu’est le fait divers.
A lire sans plus attendre !
Nicolas Vidal
«Gueule d’ange »
Jean-Marc Pitte
La Tengo Editions
Prix: 14 €

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