Polar jeunesse.- « Le Point de rupture » de Philippe Carrèse
Philippe Carrèse écrit (notamment) des romans policiers pour ados. C’est inscrit au dos de la couverture : « 12 ans et + ». Philippe Carrèse écrit donc pour les ados. Mais il leur parle comme à des adultes. C’est ce qui rend ce livre, « Le Point de rupture », si fort, si attachant. Loin des préventions et des convenances, loin de la bienséance et des précautions.
Rien n’est blanc ou noir, chez Carrèse. Le manichéisme, c’est pas son truc. Les leçons de morale non plus. Si leçon il y a, dans cet ouvrage qui n’oublie pas d’être léger et drôle, c’est une leçon de vie. Donnée par des mafieux, des malfrats, des flics ripoux ou des prostituées. Par les copains de Kabyl, aussi, sa bande de potes des quartiers sud de Marseille.
Tout commence à l’enterrement d’un caïd corse, Miraculatu. Le jeune Kevin, que le truand avait pris sous son aile, filme la cérémonie. Mais peu de temps après, deux flics véreux « d’une médiocrité superbe », veulent récupérer l’enregistrement. Tous les moyens leur seront bons, menaces et violences.
Chantages, courses-poursuites, pièges et règlements de comptes : « Le Point de rupture » est riche en action et en rebondissements. Carrèse n’est pas un débutant. Il a déjà signé de nombreux polars (« Le Bal des cagoles », « Conduite accompagnée ») qui reposent sur une mécanique imparable et un humour irrésistible.

Passage à l’âge adulte

« Le Point de rupture » n’échappe pas à la règle. Quelques scènes sont hilarantes, comme cette démonstration du matériel des sapeurs-pompiers qui tourne au grand guignol. Quant à la journée des métiers organisée dans le collège, elle tourne au capharnaüm, à la foire d’empoigne… « Les notaires pérorent, les avocats paradent, les huissiers plastronnent », le chocolatier est dévalisé, les commerciaux courent à quatre pattes après leurs prospectus. Profitant du bourbier, Resquille essaie de monter un stand de bonneteau histoire de se faire un peu d’argent… Et au milieu de ce cirque, il y a Zoé, la jolie Zoé qui ne laisse pas les garçons indifférents.
Pendant ce temps, les flics ripoux et Kevin, aidé de ses copains et des parrains locaux, se livrent une vraie guerre. Tout se terminera dans un cul-de-sac de Callelongue. Pas une simple fin d’histoire. Un vrai cérémonial se déroulera dans cette impasse, l’adoubement d’un nouveau parrain de la mafia. Certains ados assisteront à la scène, d’autres y participeront. Aucun ne repartira comme il était arrivé.
Ce passage de témoins est aussi, symboliquement, un point de rupture avec l’innocence, un passage à l’âge adulte. Sans grands mots ni tralala. Philippe Carrèse écrit juste, sur le fil des mots, des émotions.

« Le Point de rupture » est le sixième volume de la série « Marseille, quartiers sud » écrite par Philippe Carrèse (illustrations de couverture Jacques Ferrandez).

« Le Point de rupture » de Philippe Carrèse, Syros (collection Souris Noire) 187 p., 5,90€.

www.syros.fr

www.philippecarrese.com

 

Olivier Quelier

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