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Le 1er décembre est sorti le nouveau film de Karim Dridi, « Le dernier vol », on le voit derrière. C’est un drame romantique dont vous partagez la vedette avec Guillaume Canet. Je crois que c’est tiré d’une histoire vraie et donc je voudrais savoir de quelle histoire ça s’inspire et de qui ?
Alors pour rectifier un peu les choses, je ne vois pas ça comme un film romantique — en tous cas ce n’est pas le premier mot qui me viendrait à l’esprit pour décrire le film — parce que c’est l’histoire de deux personnes qui sont poussées à être en quête de quelque chose.
Il y a beaucoup d’amour dans ces deux personnes. Ce n’est pas un film romantique. C’est un film basé sur un livre de Sylvain Estibal qui est basé lui-même sur une histoire vraie. C’est l’histoire de Chubbie Miller et de Bill Lancaster qui étaient des aviateurs dans les années 30 et qui ont battu des records ensemble. Ils ont une histoire très passionnée, ils se sont séparés, retrouvés et re-séparés, ils ont une histoire, qui n’est pas abordée dans le film, d’une grande richesse. Ils s’étaient fait la promesse que si l’un d’eux s’écrasait, l’autre viendrait le chercher. Elle, s’est écrasée une fois près de Bornéo et il est venu la secourir.
Et donc là c’est lui qui s’écrase dans le désert Saharien et donc le film met en scène toute la recherche de cette femme pour secourir cet homme, son arrivée dans le désert, les gens qu’elle va rencontrer là-bas et notamment ce lieutenant français. Il a beaucoup en commun avec elle parce qu’ils sont tous les deux dans une quête d’idéal et ils sont perdus dans l’illusion de leur idéal.

Comment vous êtes-vous préparé pour ce rôle? Vous disiez que c’est un rôle d’aventurière, elle est très avant-gardiste finalement cette femme. Comment on se prépare pour un rôle comme ça ?
J’avais très peu de temps de préparation, ce que je regrette toujours car j’aime bien avoir quelques mois pour préparer un film. J’aurais voulu passer mon brevet de pilote mais le temps était beaucoup trop court pour le faire donc j’ai volé dans l’avion qui a servi pour le film, dans un avion des années 30. Et je me suis aussi plongé dans l’histoire de Chubbie Miller et Bill Lancaster - Chubbie Miller qui est devenue Marie Vallières de Beaumont dans le film - pour nourrir tout ce qu’on ne voit pas dans le film, pour nourrir cette passion pour cet homme, pour nourrir la relation qu’elle avait à lui et qui explique sa détermination à le sauver. Je n’ai rien lu sur le désert, je n’ai pas eu envie car comme elle arrive là-bas dans un monde qu’elle ne connaît absolument pas, j’ai pas du tout fait de recherches par rapport au désert. Les années 30, je les avais déjà abordées dans « La Môme », c’était tout un travail de recherche et j’avais abordé ce thème là aussi pour le film de Michael Mann, « Public Enemy ». Donc j’ai une connaissance des années 30. Mais je me suis surtout inspirée de l’histoire de Chubbie Miller.

Qu’est ce que vous avez découvert de la présence militaire française en Algérie, vu que le film parle aussi de ça ? Il y avait des choses que vous ne soupçonniez pas, que vous avez découvertes grâce au film ?
Alors effectivement je ne me suis pas plongée dans une étude du désert mais là-bas on eu beaucoup de discussions par rapport à la colonisation. J’avais une certaine connaissance de la colonisation par rapport à des films ou des choses que j’avais lus. Je ne sais pas si j’ai appris plus que ce que je savais déjà, c'est-à-dire de cette illusion occidentale à vouloir éduquer des peuples considérés arriérés, qui est quelque chose pour moi qui n’est pas une réalité, qui n’est pas juste. Je me souviens de discussions très enflammées avec des gens, avec des Français qui vivent au Maroc par exemple et ce qui reste de cette histoire de colonisation est encore très présent. Je pense qu’il y a vraiment des gens qui sont allés là- bas à cette époque et qui n’avaient aucune conscience d’apporter quelque chose qui allait à l’encontre des pays qu’ils colonisaient. Le jugement qu’on peut avoir là-dessus doit être mesuré dans le sens où c’était une grande partie d’inconscience de la part de l’Occident de se dire qu’ils allaient leur amener le progrès et que le progrès était quelque chose d’utile et qui allait les aider à vivre mieux. On voit maintenant que ça n’a pas toujours été juste.

Vous tournez dans le désert donc j’imagine qu’il doit y avoir une préparation pour tourner dans le désert car ce n’est pas la même chose que de tourner à Paris ?
Au début on voulait partir dans le désert du Niger et puis on a pas pu y aller car c’était trop dangereux. C’est un des pays les plus pauvres du monde. Pour des raisons de sécurité on a tourné au Maroc donc on était pas du tout dans des conditions extrêmes. On était dans des conditions parfois difficiles, parfois rudes, parce qu’on était quand même dans le désert et que c’est un environnement très très particulier mais on rentrait le soir dans des chambres d’hôtel. C’était totalement différent de la manière dont on avait rêvé le tournage avec Karim ; on voulait vraiment partir dans le désert, dormir dans des tentes. On a regretté longtemps que ça n’ait pas été possible mais en même temps au bout de quelques semaines on s’est dit que c’était quand même important d’avoir des repères parce qu’on était là pour travailler. C’est un environnement extrêmement riche.


Votre vision du désert a changé aujourd’hui depuis le tournage ?

Je ne connaissais pas le désert. Je le « connaissais » à travers les livres de Théodore Monot que j’avais lu il y a quelques années et que j’ai relu pour le film. Non, pas pour le film d’ailleurs mais c’est juste que quand je travaille j’ai du mal à lire et comme j’aime lire il faut que ce soit connecté à ce qu’on est en train de raconter. Et lui en parle tellement bien, il a passé plus de la moitié de sa vie dans le désert. C’est vrai que j’ai pu ressentir des choses qu’il avait écrites, cette vulnérabilité dans un environnement qui est un mélange de plein de choses, un mélange de calme, de silence, qui peut faire peur et qui en même temps quand on dépasse cette peur, peut apporter le vrai calme, le vrai silence.

 

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