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Évidemment, pour coller au thème, on aurait pu choisir une sélection de livres pour enfants en noir et blanc, mais il nous a semblé plus intéressant de bousculer un peu la donne, en filant la métaphore. Si le livre éclaire l’esprit, n’est-il donc pas celui qui fait passer de l’obscurité (de l’ignorance) à la lumière (de la connaissance) ?

 

Pour les bébés (0-3 ans) :

Lorsque l’enfant paraît, il n’y voit goutte, mais il aime déjà lire… avec sa bouche ! Après des générations de livres mâchouillés, les éditeurs ont breveté le livre en tissu lavable. « Poko l’ourson » (Seuil Jeunesse) du graphiste Yves Got est de ceux-là, avec un truc en plus : des « papattes ». Oui, vous avez bien lu, de vraies pattes violettes en peluche qui dépassent pour jouer avec, et qui feront merveille en cas de rage de dents ou de doudou perdu.
A partir de 1 an, « Mon premier livre sonore » dans la collection Petit Nathan développée par la pédopsychiatre Catherine Jousselme, est un cartonné grand format interactif, qui aide le tout-petit à « établir des liens entre les différents sens et ainsi à se sentir plus fort face au monde qui l’entoure ». Bébé est incité à toucher des matières (pelage des lapins), des reliefs, à reconnaître les animaux et à imiter leurs bruits. Le + : un bouton rouge « pouet ! pouet ! » au milieu du livre, qui s’adapte à chaque page, grâce à une découpe circulaire et devient, tour à tour, nez de souris, ventre de coccinelle etc.
Avec « Aquarium » (L’Atelier du poisson soluble) de Yann Fastier, fini de bêtifier avec bébé. En six double pages qui racontent l’histoire de Pipo le joli petit poisson vantard, on le briffe sur les formes et les couleurs, la notion de grandeur et l’on en profite pour donner une réflexion sur le Beau et la différence, histoire de faire reculer le délit de faciès entre enfant dès la crèche !

Pour les petits (3-6 ans) :

En maternelle, on a droit à un bestiaire pas bête, « Animalamour » (Thierry Magnier) de Corinne Lovera Vitali, illustré par Mathis, pour apprendre le « vivre ensemble ». Dans ce petit livre carré au graphisme BD, on joue sur les mots-valises pour former d’improbables couples. Du genre : « Gazélégante et Tigredoutable » ou « Chauvesourigolepas et Perroqueskiparle toute la journée ». Tandis que les petits se poileront des inventions langagières et des situations absurdes, les grands, eux, iront de leurs comparaisons — « Kangourouspéter presque toujours se Koalamenter presque jamais… Regarde chéri, on dirait tes parents ! »
Il ne veut pas aller en classe ? Apprendre à lire et à écrire ne l’intéresse pas ? Remplacez l’histoire du soir par « Pourquoi je vais à l’école ? » (Nathan) du philosophe et formateur Oscar Brénifier. Façon maïeutique, on suit les questionnements d’un petit garçon pas convaincu, lors de son premier jour au CP. Un ouvrage salvateur pour grandir et dépasser la peur de l’inconnu.
Dans le même esprit, vous pouvez essayer « La petite taupe qui n’osait pas sortir » (Nathan) de Nadine Brun-Cosme, illustré par Fabrice Turrier. Cette petite taupe-là irait bien se dorer au soleil et respirer l’herbe fraîche, mais comment affronter l’extérieur ? Il faudra qu’elle prenne le risque d’une rencontre.
Parce qu’il vous bombarde de questions dont vous n’avez jamais la réponse, procurez-vous « Les p’tits philosophes » (Bayard Jeunesse), un beau recueil illustré qui regroupe les vingt-quatre notions traitées par Sophie Furlaud dans Pomme d’Api depuis que sa rubrique existe — Où j’étais avant de naître ? C’est quoi êtres mort ? Ça veut dire quoi être heureux ?…
Autre option plus poétique : « Rouge Gorge ou comment le feu est venu au monde » (Didier Jeunesse), un conte cosmogonique de Pierre Delye. On y parle d’animaux « moches et mal fichus » (nous autres !), qui doivent tout à la nature. A l’illustration, Martine Bourre, la reine du « collage-couture » (points de croix, bouts de laine tricotée …).


Pour les grands (6 et +) :
Pour développer observation et imagination, voici Petits Matins (Flammarion), une nouvelle collection d’albums venus de Corée, sous-titrée « expression, exploration, intuition, émotion ». L’auteur illustrateur Han Tae-hee invite le lecteur à suivre un garçon en quête de la carte du sourire. Pour la retrouver, il doit se rendre dans « Le monde à l’envers » en retournant le livre. Et là, abracadabra ! l’éléphant se transforme en théière, les arbres en musiciens, un magasin en bateau… Un album énigmatique et précieux.
Dans l’imagier « C’est quoi c’truc ? » (La Balle au bond) illustré par Roland Garrigue, le monde est carrément tombé sur la tête ! Sylvain Dayras s’amuse à détourner les objets du quotidien et leur invente une vie secrète. Sûr que vous ne regarderez plus jamais votre brosse à dents de la même manière !
Quant au narrateur de l’album « L’ébouriffée » (Rouergue) d’Hélène Vignal, il veut aussi aller au-delà des apparences, et percer à jour la personnalité de celle qu’il aime. Mais ce qu’il découvre dans la jungle de ses cheveux ne fait qu’alimenter la fascination et le mystère. Mention spéciale à Clémence Pollet pour ses illustrations au charme désuet.
Enfin, terminons avec « Lâche pas la patate ! » (Sorbier), un lexique hilarant de mots et expressions francophones, recueillies par la linguiste Marie Treps. Vous pensiez parler Français ? On ne saurait trop vous conseiller d’éplucher ce manuel de « Français langue étrangère » afin d’éviter de « lancer un chameau »* lors de vos prochaines vacances en Afrique !

* Au Congo-Kinshasa : faire une faute de langage.

Maïa Brami

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