Par le Blog de la Presse Gratuite / Propos recueillis par Quentin Clairembourg - Interview de Nicolas Vidal, Rédacteur en chef et fondateur du BSC NEWS MAGAZINE en novembre 2009 / « Vous avez un nouveau message ». Plus qu’un message, c’est le nouveau BSC News Magazine qui arrive dans la boîte mail. Le vingt et unième numéro du «magazine littéraire culturel gratuit depuis 2007 » consacre le mois de novembre comme celui du désir. De plus en plus en vu dans le milieu de la culture depuis sa création, le BSC News Magazine fait son trou sur la toile en prenant à contrepied les tendances bling-bling et people de la presse en ligne en parlant d’artistes méconnus. Retour sur cette aventure avec son fondateur, Nicolas Vidal, écrivain, éditeur, agent littéraire. Un « rédac’ chef » aux multiples casquettes qui ne se découvre pas pour faire des politesses à la presse actuelle.

Comment le BSC News Magazine s’est-il construit ?

Au départ, c’était une simple newsletter pour les auteurs et le monde de l’édition, pour les informer de l’actualité littéraire et des tendances du moment. Puis un jour, une chargée de relations presse me propose une interview avec Bernard Werber. Cela a été le déclencheur. Nous avons bénéficié d’un grand bouche à oreille et en six mois, nous étions six dans la rédaction. Depuis Werber, personne ne nous à refusé une interview en disant ne pas être intéressé par notre projet. En deux ans, nous avons reçus plus de deux cents invités, pour un mensuel, ce n’est pas rien. Nous avons eu des personnalités comme Charlélie Couture, Eugène Green, Emmanuelle De Boysson, Christine Deviers Joncour, Alexandre Jardin, ….

Quelle est l’audience du magazine aujourd’hui ?

Nous avons 23 000 lecteurs dans une douzaine de pays, dont 2500 abonnés. Nous sommes présents sur tous les continents, avec des lecteurs aux États-Unis, au Mexique, au Japon, et dans toute l’Europe. A 60% ce sont des femmes, et sur la tranche d’âge, cela va en moyenne de 25 à 55 ans.

Quelle est la ligne éditoriale du magazine ?

Nous mettons en avant des « petits » auteurs, des auto-édités ou qui ne sont pas encore publiés. Les personnalités que nous accueillons les font profiter de leur notoriété. Nous ne sommes pas dans la promotion de succès commerciaux mais à l’initiative de la reconnaissance de ceux qui, selon nous, le méritent. C’est le moteur du succès du BSC.

Nicolas Vidal - BSC NEWS MAGAZINE ( Crédit G.Bonnefond)À ce propos pour avoir choisi le web plutôt que la presse papier ?

Au niveau économique, je ne vois pas actuellement où la presse papier peut aller. Pour la publicité, il y en a de plus en en plus au niveau de la presse gratuite, contrairement à la presse payante. Mais même au niveau des gratuits papier, je pense que seuls les gratuits locaux subsisteront, grâce aux annonceurs régionaux et au besoin de lecture pratique des habitants. Pour la lecture de fond, la presse papier voit souvent la presse en ligne d’un mauvais œil mais ils vont aussi sur Internet car ils sentent la nécessité d’occuper l’espace.

Quels sont les avantages et les inconvénients de la presse en ligne ?

L’avantage évident est la souplesse au niveau de l’élaboration. Par exemple, du côté visuel, nous publions un certain nombre de reportages photo. Au niveau de la presse papier, cela reviendrait beaucoup plus cher en raison des coûts d’impression. Après, concernant les inconvénients, je pense que le plus problème est que l’on parle en terme d’audience pour juger la qualité d’un titre en ligne. C’est le même problème qu’avec les salons littéraires qui se vantent d’avoir tant de visiteurs. Cela devient facile si l’entrée est gratuite, qu’il est situé en plein centre ville, un jour de printemps, etc. La fréquentation n’est pas une preuve de qualité, c’est un des critères. Sur internet, on me parle de visiteurs uniques. Mais c’est quoi un visiteur unique ? C’est quelqu’un qui vient une seule fois sur ton site ? Volontairement ? Par hasard ? Par erreur ? C’est la qualité qui amène le lectorat, un visiteur qui passe du temps sur le site, qui visite plusieurs pages.

D’ici quelque mois, je pense qu’il va falloir revenir à la question du lectorat et de la qualité du contenu. Les versions papier vont devenir la minorité, il ne restera que les titres historiques.

Le prix paraît souvent comme un argument de qualité. Selon vous, quel est le meilleur modèle économique pour la presse en ligne ?

Je n’ai pas la réponse mais à mon avis, nous nous trouvons à un tournant, un virage pour la presse en ligne, et la presse en général. C’est à celui qui trouvera le premier le modèle rentable. Pour l’instant, comme je le disais, nous en sommes encore à raisonner en termes d’audience. Premièrement, il ne faut pas parler de visiteurs mais de lecteurs. Si je rentre dans chez un libraire ou un buraliste et que je regarde les couvertures sans rien acheter, je suis aussi un visiteur unique mais je ne suis pas un lecteur. Ensuite, au niveau économique, je pense que la presse se dirige vers le gratuit, financée par la publicité. Les annonceurs ont encore du mal à venir en raison du manque de visibilité et de l’impact de la publicité en ligne. Quand ils auront compris que les lecteurs cliquent sur les publicités, ils viendront.

La publicité reste cependant mal perçue et méconnue sur Internet…

Je ne pense pas que le modèle payant soit une garantie pour la ligne éditoriale comme peut l’avancer un site comme Médiapart. Si un titre internet devient crédible au niveau de la qualité, il créera du lectorat et les annonceurs arriveront d’eux-mêmes. La publicité se désintéresse de plus en plus du papier pour aller sur le web. Les arguments sont qu’il y a moins de retours sur investissement en mettant sa publicité sur internet que sur le papier. Mais combien de lecteurs papier vont directement acheter un produit vu dans son journal ? Sur le net, pour prendre l’exemple du BSC, si un lecteur est intéressé par la chronique d’un livre, il a la possibilité de l’acheter directement en un clic. Nous fonctionnons au one-shot, qui pour moi, est plus efficace qu’une campagne traditionnelle en terme de retour sur investissement.

Que pensez-vous de la diversification des titres qui sont à la fois sur le net sur le papier ?

Selon moi, ce n’est pas rentable. Mais attention, je parle pour mon secteur, la presse culturelle. D’ici dix ans, les versions papier vont devenir la minorité, il ne restera que les titres historiques comme les Cahiers du Cinéma. Je ne vois pas par exemple le magazine BSC en version papier. Nous proposons une exportation en version PDF mais nous n’avons pas, pour l’instant, un outil qui nous permette de connaître la proportion de nos lecteurs qui imprime le magazine. Dans l’avenir, pourquoi ne pas proposer seulement des impressions à la demande ? Il faut alors que les gens soient prêts à payer une quinzaine d’euros pour leur magazine.

La presse gratuite en ligne vient de créer son propre syndicat, le Syndicat de la Presse d’Information Indépendante en Ligne (SPIIL), qu’est-ce que cela vous inspire ?

Je n’ai pas trop suivi cette actualité donc je ne m’avancerais pas. Cependant, je crois au groupement. Un syndicat, pourquoi pas, il en faut toujours un mais cela pose plusieurs questions : quelles sont ses missions et ses valeurs ? Que signifie indépendant ? Il faut voir dans la durée ce qui se passera. Les loups chassent en meute après tout…

Vous-même êtes en train de structurer votre réseau…

Nous n’avons pas été contactés par le SPIIL en tout cas ! Il est vrai que nous sommes en train de réfléchir à un groupement avec d’autres sites d’informations, des « pure players » comme par exemple Obiwi. Nous sommes cinq-six pour le moment et nous voulons démarrer vers la fin de cette année. Il s’agit de constituer un groupement d’ordre économique mais surtout un flux d’informations entre les sites. Nous nous renverrons mutuellement les informations qui nous intéressent. La condition est d’avoir une ligne éditoriale fiable. J’entends par là sincère dans le sens où nous donnons la parole aux gens, nous valorisons les inconnus, en indépendance de pression économique des grandes entreprises. Comme je le disais, je pense que la plupart des titres culturels seront en ligne, ne resteront que quelques titres « mythiques ». Ce qui est sûr, c’est qu’il ne sera plus possible de gagner sa vie avec le print. Sur internet, ce sera le lectorat qui comptera les points. Après le BSC, j’espère qu’on deviendra une référence en conservant notre volonté d’être à l’initiative de la reconnaissance des gens. Pour moi, le plus inquiétant, c’est que les gens lisent de moins en moins la presse, c’est un problème de société car ils ont autre chose à faire que lire la presse. L’intérêt des gens pour la culture baisse. De plus en plus se contente de ce que la télévision donne à voir. Il ne faut pas oublier que se cultiver demande un effort, c’est sur cela qu’il faut travailler.

Propos recueillis par Quentin Clairembourg

Le blog de la presse gratuite

Abonnez-vous au Tabloïd !