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Haïti : plus de huit millions d’habitants sur un petit territoire de 28 000 kilomètres/carré ; une situation économique désastreuse, des crises politiques chroniques…Et pourtant, depuis des générations, ce pays posé sur une moitié d’île donne à la littérature francophone certains de ses plus beaux fleurons.

Pour ceux d’entre vous qui n’ont pas encore eu la chance de les lire, cette chronique se donne pour but de vous les faire découvrir. Pour les autres, elle aura le goût d’un plaisir partagé.

Ne cherchez pas dans les livres de Lyonel Trouillot de l’exotisme. Il n’y en a tout simplement pas. Le but de ce professeur de littérature de 53 ans n’est pas de nous faire rêver de son île qui, dans certains recoins de plus en plus difficile à dénicher, sait être paradisiaque…Son but n’est pas non plus de nous pousser à nous apitoyer sur le sort de ces pauvres Haïtiens qu’une fatalité condamnerait à la misère éternelle… Lyonel Trouillot est un romancier, pas un auteur du tiers-monde, et ses personnages ont l’universalité des plus grands caractères de la littérature. Ils sont d’ici, de ce coin déshérité des Caraïbes, mais ce n’est pas ce qui les définit avant tout. Ils auraient pu naître en Sibérie, en Australie ou au Vietnam, leur histoire nous aurait autant instruit sur les tréfonds de l’âme humaine et Trouillot serait toujours Trouillot.

Dans Les Enfants des Héros, un frère et une sœur quittent leur bidonville pour errer dans les autres quartiers de la capitale…ils fuient…ils viennent de tuer un père bourreau, un père violent qui torturait leur mère et cette marche sans issue dans les rues de Port-au-Prince leur permet de se découvrir l’un l’autre et de se découvrir eux-mêmes…

Dans Bicentenaire, deux provinciaux montés à la ville, deux frères, suivent des parcours totalement opposés : l’aîné est étudiant, croit au savoir et à la vérité, à la démocratie et à la morale. Le cadet ne veut rien apprendre, croit au pouvoir que lui donne l’arme qu’il possède, n’a aucune autre ligne de conduite que son intérêt et pense que la violence est un moyen comme un autre de parvenir à ses fins…

Le dernier roman de Lyonel Trouillot qui vient de sortir chez Actes Sud, parle de trahison. Mathurin D Saint-Fort est un jeune, brillant et ambitieux avocat d’affaires. Il est aussi une exception : dans ce pays où seuls les riches peuvent étudier, ou la majorité des enfants peuvent à peine espérer être alphabétisés, il est parvenu à sortir de sa condition, à quitter sa province et à entrer dans une couche de la société à laquelle les gens de sa sorte n’ont habituellement pas accès. Cela suffit à sa satisfaction : il ne veut ni souvenir, ni amour, ni passion…L’argent, la réussite, la reconnaissance de son talent suffisent à son ego et il sait se protéger de tout ce qui pourrait interférer dans ce plan de vie et de carrière… Jusqu’à ce que Charlie débarque : Charlie est un jeune garçon, chassé d’un orphelinat et qui, au nom d’une connaissance commune, au nom d’une vieille recommandation, vient lui réclamer de l’aide. Mais Charlie est surtout un messager, la réincarnation de son passé, l’élément perturbateur qui viendra lui rappeler qu’il ne pourra jamais se construire en se niant lui-même, en oubliant ce qu’il a été, en refusant d’assumer ce lieu perdu dont il est issu, en refusant d’accepter de faire cohabiter le Mathurin qu’il croyait être devenu et le Dieutor (le deuxième prénom caché derrière l’initiale « D » de sa signature) qu’il croyait être parvenu à faire disparaître dans l’oubli.

Mathurin s’est trahi, a trahi les siens, ceux qui l’ont aimé, les lieux qui l’ont vu naître, mais il lui est donné une chance d’en prendre conscience et de racheter cette trahison.

Haïti aura-t-elle la même chance ? Ce pays constitué en strates ne parvient pas à conjurer la division : la province et ses habitants que l’on qualifie avec dédain de morniers (le morne en créole, signifie montagne) sont l’objet du mépris de ceux qui l’ont quitté pour aboutir dans les bidonvilles de la capitale ; ces émigrants de l’intérieur sont à leur tour méprisés par ceux qui pensent être des port-au-princiens de souche ; et ces habitants du centre ville sont considérés comme moins que rien par ceux qui trouvent refuge dans les banlieues huppées, ceux qui ont leur villa perchée sur les collines, là où l’air est un peu plus frais, là où la pollution est supportable…

Lyonel Trouillot n’est pas un écrivain de l’exil : quelques soient les soubresauts qui ont secoué son pays ces dernières années, il y est resté, y a vécu, travaillé, observé ses contemporains. Mais Lyonel Trouillot n’est pas enfermé dans son haïtianitude : il nous parle de notre monde, de ses divisions, de ses affres, de son économie qui creuse les fossés entre les êtres, de sa mondialisation qui aboutit parfois à l’oubli de ce qui nous constitue vraiment : le titre de son dernier roman est Yanvalou pour Charlie. Le Yanvalou est une danse traditionnelle qui célèbre une divinité du vaudou, Legba.

Combien d’Haïtiens le savent-ils encore ?

Jean-Marc Pitte
copyright Photo : M.MELKI

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