C’est plus qu’un roman. C’est un mythe, un livre rare que les amateurs rangent sur l’étagère peu chargée des polars exceptionnels, qui ignorent les limites du genre, de la mode et, surtout, du temps. Pour preuve : plus de trente ans après sa parution en 1978 chez Jean-Claude Lattès, les éditions Rivages rééditent le plus grand et le plus ambitieux roman de Claude Klotz, Darakan.
Malraux évoquait naguère l’alliance du roman policier et de la tragédie grecque. Klotz célèbre dans ce pavé l’alliance du polar et de l’opéra. Un opéra sanglant et brutal, riche en horreurs, riche en splendeurs. Une tragédie superbe et désespérée, infernale et inoubliable.
Wilfrid Schnabel peut faire brûler au lance-flammes un camp de prisonniers politiques dans le désert africain sans une once de remords. Il sait que le crime paie toujours. Et le crime, c'est son métier. C'est également le métier de Cab Rodef, tueur d'élite de cent vingt kilos. Et puis il y a Darakan. Lui aussi est tueur à gages. Il vit reclus dans les îles grecques, en compagnie d'un enfant mutilé. Ces trois-là se retrouvent pour une mission minutieusement préparée. La cible est repérée. Mais voici qu'un grain de sable se présente sous la forme d'une jeune femme disgraciée...
Dans sa préface à cette réédition, le romancier Jean-Hugues Oppel écrit : « Manchette traçait sa route littéraire avec un scalpel, sans concessions. Klotz marchait sur la même voie royale, ajoutant quelque chose d'indéfinissable… » Comme le disait Lattès, Darakan c’est, « rythmé par les grandes orgues de la violence, la plus belle histoire d’amour qui fut jamais chantée entre un tueur glacé de solitude, une jeune femme disgraciée et un enfant mutilé ».

Darakan, de Claude Klotz. Collection Rivages/Noir (n° 730) 496 pages, 9.50 €.

Par Olivier Quelier

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