Jimmy Gallier : rendre le lecteur plus heureux, plus curieux, plus riche

Cap plein Sud en cette rentrée pour les éditions Jigal. Elles publient quatre titres comme autant d’invitations à découvrir des auteurs particuliers et des horizons pluriels. De Marseille au Gabon, de Perpignan à Tanger, voyage en compagnie de Jimmy Gallier, responsable de Jigal.

Pourquoi placer cette rentrée sous le signe des suds pluriels?


C'est en quelque sorte la continuité logique de notre démarche d'éditeur depuis plus de 10 ans. Nous avons édité et nous continuons à la faire d'ailleurs, bon nombre d’auteurs, et non des moindres, du sud français, de Marseille et des environs. Nous y avons trouvé, aimé et popularisé, des mots, un style, une chaleur, une lumière, une couleur, une véracité, une envie de dire et de partager… Et ces sensations, d'autres auteurs le ressentent également et les font eux aussi partager dans leurs romans, d'où qu'ils viennent.

Ensuite les hasards de la vie et des rencontres jouent un rôle primordial. Et quand Janis Otsiemi nous contacte et nous fait parvenir "La vie est un sale boulot"… Forcément je craque! D'abord ce titre… "La vie est un sale boulot"… C'est quand même un titre incroyable… punchy, accrocheur, bourré de second degré, presque un véritable programme ! Et puis le style de ce roman, dur, brutal, direct, et à la fois plein de poésie et de musicalité, qui finalement, par sa force et sa justesse, est proche de ce que nous publions.

Dans un tout autre genre, Pierre Boussel et son "Royaume des sables", un autre monde, une autre histoire bien sûr, mais là encore, un autre sud. Avec notre regard, nos incompréhensions, nos préjugés, avec d'autres vies, d'autres luttes, d'autres visions du Monde… C’est aussi une découverte humaine d’un pays imaginaire, d’un monde et d’une histoire très proche de nous.

Et puis dans nos nouveautés, il y a Maurice Gouiran et son « Qui a peur de baby love ? ». Maurice Gouiran, qui impose des romans riches de sens. Chacun de ses bouquins pose plus ou moins insidieusement, des questions. Il éclaire l’Histoire sous un autre angle. Il pose des questions auxquelles il ne répond pas forcément d'ailleurs, il les lance en l'air, à chacun d'entre nous d'aller plus loin si on le souhaite. Mais les questions sont posées, les interrogations sont bel et bien là, c'est la force de ses romans!

Quant à Philippe Georget, avec "l'été tous les chats s'ennuient" il nous a semblé que dans ce premier roman, et sous une forme assez classique, avec des flics, un serial killer, une enquête… se cachait un style puissant. Philippe Georget impressionne par sa capacité à brosser subtilement « hommes, décors et situations », il a le don de nous faire sentir avec délectation l’atmosphère qui transpire par tous les pores de son roman !

Alors, Libreville au Gabon, Tanger et le désert, Perpignan, Marseille, tous les suds mènent à Jigal ! Finalement, on s'aperçoit que quel que soit le sud, ce qui nous intéresse, ce qui est important c'est de dénicher des talents, des auteurs, des styles et de publier des histoires. Des histoires d'hommes, des textes puissants, des témoignages, d'autres regards! Qui souhaitons-le, rendront le lecteur plus heureux, plus curieux, plus riche, l’espace d’un moment au moins. C'est ça, l'envie des suds pluriels, donner la parole à ceux qui ont des choses à dire et qui le disent bien ! Et faire partager ces émotions, ces coups de gueules, ces histoires qui sont à chaque fois un « autre » éclairage sur le monde qui nous entoure.


Le polar nordique n'a-t-il pas pris une sérieuse longueur d'avance ces dernières années?

Je ne crois pas que cela soit une compétition… En tout cas, pas dans ce sens-là! Vous savez le Portugal dominait le monde il y a quelques centaines d'années… Il y a quelques années d'ailleurs, on ne parlait pas de polar du nord, ça n'existait pas ou si peu. Et les choses bougent, le monde change, les habitudes également… sans oublier les modes.

Et puis la lecture, ça ne se passe pas comme ça… Pas en opposition frontale et perpétuelle… Plutôt en apport complémentaire et permanent de richesse. Vous pouvez lire Stieg Larson et El Aswany ou Yasmina Khadra dans la même semaine sans attraper la grippe A, bien au contraire ! Vous aurez eu des visions différentes du monde et des hommes, vous aurez été embarqué dans des histoires, et vous aurez, je l'espère, appris et rêvé un instant !


Pensez-vous qu'il y a encore de réelles découvertes à faire en matière de "polars du sud" en France mais aussi bien sûr à l'étranger, en Afrique notamment?


Alors ça, sans conteste, oui bien sûr ! Et heureusement. Quelle tristesse si tout avait déjà été dit ! Un nouvel auteur, c'est une nouvelle différence, une nouvelle vision, un nouveau style, d'autres mots, d'autres apports et heureusement depuis Lascaux ça ne s'est jamais arrêté ! L’Histoire des pays de la Méditerranée, l’Histoire des pays d’Afrique sont en pleine mutation. Les auteurs et leurs romans en sont souvent les caisses de résonance !

Alors, en France, au Maghreb ou en Afrique, oui bien sûr il y a des plumes qui s'affûtent et qu'il nous faut découvrir. C'est aussi ça le boulot et le plaisir de l'éditeur… Partir à la découverte, chercher et parfois trouver !


Publier quatre livres à la rentrée, est-ce pour vous un pari risqué?


C’est quelque chose que nous faisons régulièrement. Et vous savez, les éditeurs indépendants font un drôle de boulot! Ce sont souvent des passionnés, des découvreurs de talents… Ils prennent beaucoup de risques, dans leurs choix littéraires et financiers également bien sûr !

Pour l'éditeur indépendant, chaque nouveauté, chaque nouvelle parution, chaque roman, chaque auteur est un nouveau challenge ! Qu'il nous faut partager, pour lequel il faut convaincre et convaincre encore ! La presse d'abord, la critique mais aussi les libraires, les lecteurs, etc.

Alors non ce n'est pas un pari, puisque l'on y croit, puisque l'on fait des choses que l’on suppose et espère « intéressantes » et que l'on se défonce pour les faire partager !


Qu'est-ce qui fait, selon vous, l'essence même et l'identité des polars du sud?


Je crois qu'il n'y a pas "une" essence, mais "plein" d'essence(s), suivant les provenances, suivant les auteurs aussi ! Bret Easton Ellis ou Colum Mac Cann bien que new yorkais tous les deux n'ont finalement pas grand-chose en commun, sinon cette ville et sa démesure !

Chez Jigal, nous avons publié pas mal d'auteurs marseillais, de Provence ou de la région, comme Del Pappas et Maurice Gouiran bien sûr, mais aussi, André Fortin, Alain Pucciarelli, Zolma, Serge Yves Ruquet, etc.

Et chacun de ses auteurs, et heureusement, a son style, sa tchatche, ses envies, ses obsessions, propres et identifiables ! Mais tous différents. Évidemment il y a des conjonctions de lieux, de vies, de mots… Bien sûr ils ont vécu pour certains, dans la même ville, ont fréquenté les mêmes bars, ont brûlé sous le même soleil, ont été abreuvés des mêmes légendes…

Mais ce qui est intéressant c'est de voir que leurs romans les rapprochent également d'autres auteurs du bassin méditerranéen, comme Camilleri, Markaris, Khadra, Sciascia, Montalban et bien d'autres encore! Avec une même approche « critique » et « sociale », mais également une même approche de la vie…

Avec l'Afrique, le bassin méditerranéen ou le Maghreb, c'est une autre histoire, mais chaque auteur, d'où qu'il vienne, amène dans ses bagages et dans ses romans toute sa culture et sa civilisation et c'est là, l'essence. Certains critiques littéraires ont parlé à propos de nos auteurs, de ces auteurs qui inventent une littérature sensuelle, où l'on mange, où l'on transpire dans la moiteur et les parfums lourds des villes écrasées de soleil…

Alors de Marseille, à Libreville en passant par Tanger et Perpignan, c'est peut-être ça finalement l'identité !

 

Propos recueillis par Olivier Quelier

Retrouvez les Editions Jigal sur http://polar.jigal.com/

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