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« La vérité était un poison. Une fois que le virus de la lucidité était inoculé il était trop tard : adieu la triste et rassurante mollesse du train-train quotidien ».

Le coffret. A l’aube de la dictature universelle de Stéphane Beau. ( Editions du Petit Pavé)

« Les hommes se contentent très bien du prêt à penser qu’on leur distribue au quotidien ».

Voilà un roman que j’avoue avoir ouvert( après lecture de la quatrième de couverture) pour les accointances de thèmes qu’il semblait entretenir avec Fahrenheit 451 de Ray Bradbury. Récit de science-fiction fascinant qui dépeint une contre-utopie avec un pinceau fort poétique .
Le roman de Stéphane Beau n’a pas démenti mes hypothèses : il les a juste réorientées vers une dimension plus philosophique et a poussé plus loin ma réflexion sur les dangers d’une société sans livre. J’ai revécu cette sensation effrayante d’entendre crépiter les livres sous la langue du feu mais avec des frissons plus contemporains.
Un premier roman pour Stéphane Beau ( qui anime une revue littéraire intitulée Le Grognard) qui ne manque pas d’assurance dans le propos. On y apprécie un style sobre et efficace et une pensée claire et abordable. Qualités énormes puisque l’ouvrage a des ambitions philosophiques. On y reprend des extraits de Freud, de Nietzsche, de Montaigne, de Palante entre autres….et l’esprit novice se voit infuser une pluie de citations commentées qui ne manquent pas d’intérêt.

L’intrigue est la suivante :
Dans les année 2100, Nathanaël, jeune homme sans existence palpitante, découvre un matin, un coffret renfermant des livres dont une « autobiographie » écourtée de son grand-père Jean-Crill, renégat de la famille et dont la fin était toujours restée mystérieuse.
Cette découverte, apparemment anodine et qui aurait pu rester un vieux souvenir poussiéreux, va bouleverser le héros. En effet, poussé par la curiosité , il va apprendre que la plupart des auteurs des siècles précédents ont été interdits par le gouvernement et que toute tentative de possession illicite de ce type d'ouvrages est sévèrement punie. Or, la question du novice Nathanaël est : qu’y avait-il de si terrible dans ces œuvres ?

Voilà un roman récréatif également par son cynisme ( pessimisme ?) sous-jacent. Et assez souvent, on se demande si la réalité de Nathanaël, à quelques rames de papier près, ne ressemble pas beaucoup à la nôtre.

Dans Le Coffret, on découvre un futur angoissant ( ça ,forcément...) , où l'exode rurale est définitive provoquée par des épidémies terribles de grippe aviaire, où le travail omnubile les esprits, où les pensées sont anesthésiées et dans lequel le gouvernement devient un dictateur subversif parce qu’il ment sur la nature véritable de la liberté des citoyens.
Les libraires sont devenus de potentiels hérétiques à supprimer, on vend des kits de procréation pour que les femmes n’aient plus besoin des hommes pour avoir des gosses, on traite chimiquement les mâles pour conserver leur libido à un stade inoffensif, la valeur travail est la seule qui fait marcher les aiguilles des pendules biologiques, tout le monde est au régime bio et l’on vit centenaire.
Pourtant, ce luxe d’une existence prolongée et ( en apparence) confortable n’attire point le lecteur qui voit défiler l’existence grise et morose de Nathanaël .
La découverte du coffret est une libération à payer au prix fort: Nathanaël soudain, cesse d'être, à l'image de ses concitoyens, un légume automatique et son esprit se met en ébullition. Ce réveil ne sera pas sans conséquence néfaste pour son existence mais la vérité douloureuse a plus de saveur que l'aveuglement.

Le parcours d’apprentissage du héros force au questionnement :
Est-ce que , ne pas être libre, c’est seulement avoir des chaînes à ses pieds et à ses poignets ? Est-ce que la répression physique est la plus dangereuse ? Sommes -nous libres dans une société où le système nous paramètre? Et ne perdons- nous pas, chaque jour, un peu de notre liberté par notre laxisme, notre laissez-faire, notre égoïsme patent ? Ne faudrait-il pas réagir....AVANT?

« Les générations humaines se renouvellent, les illusions évoluent, les mensonges se transforment et s’adaptent selon l’air du temps. Mais l’incapacité des hommes à garder les yeux ouverts restent intacte.
Notez bien que je ne tire aucune vanité à faire partie de cette minorité d’élus qui a pu mesurer toute l’immensité de la bêtise humaine. Je n’en tire d’ailleurs pas plus de vanité que de plaisir. Je suis même sans doute nettement moins heureux que la grande majorité de toutes ces braves bonnes bêtes d’humains disciplinés qui se contentent gentiment de gober les croyances qu’une poignée de puissants s’amuse à leur distribuer généreusement. »

En effet, il est plus compliqué de réfléchir et d’être responsable que de becqueter dans la main d’un maître quelconque qui choisit pour vous et vous chouchoute dans une prison dorée. Certes, la lucidité et le libre-arbitre pousse certains à des crises d’angoisse, à la dépression, à des erreurs ou des fausse- route. Mais doit-on vivre une vie aseptisée sous prétexte que la vie libre présente des risques ? Existe-t-il de bonheur sans revers ?

« Le problème, c’est qu’il n’y a pas d’issue. Quoi qu’il fasse, l’homme est condamné à n’être qu’un prisonnier. C’est bien pour ça que les ironistes auront toujours le dernier mot sur les philosophes : parce qu’il est plus facile de rire de l’absurde que de le réduire à l’état d’inoffensif concept. Que tu sois prisonnier de tes illusions ou prisonnier de ta lucidité, peu importe : ça ne change rien au diamètre des barreaux. Certes, tu peux te consoler en te disant qu’il te reste au moins le choix de sa geôle – et c’est à ce titre seulement qu’on peut parler, à la rigueur, de liberté ou de libre-arbitre. »

Julie Cadilhac

Pour commander l’ouvrage de Stéphane Beau , envoyez un courriel à l’adresse suivante :

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