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« Joséphine releva les yeux vers Shirley et, serrant ses poings entre ses cuisses, elle se mit à parler, parler à toute vitesse, en bafouillant, en se reprenant, en répétant toujours la même chose. […]
- J’ai peur de ne pas y arriver, j’ai peur de finir sous les ponts, j’ai peur d’être expulsée, j’ai peur de ne plus jamais aimer, j’ai peur de perdre mon boulot, j’ai peur de ne plus avoir la moindre idée, j’ai peur de vieillir, j’ai peur de grossir, j’ai peur de mourir toute seule, j’ai peur de ne plus jamais rire, j’ai peur du cancer du sein, j’ai peur du lendemain… »

« Ce livre est super ! Je te le conseille ! » me disait-on sans cesse. «Du Anna Gavalda légèrement édulcoré », ajoutait-on en espérant me convaincre.
J’ai d’abord fait la sourde oreille… jusqu’à ce que la frustration me gagne ! J’ai alors cédé ! Intriguée par sa couverture multicolore, pas très emballée par le titre, mais curieuse de découvrir ces 660 pages si convoitées, je me suis donc lancée ! « Nous verrons bien après tout ! »

Et là, c’est un peu comme lorsqu’on trouve enfin la motivation de se mettre au sport, lassée d’entendre les médecins et l’entourage nous rabattre les oreilles avec « les bienfaits d’une activité sportive régulière », et que l’on se rend alors compte du bien-être immédiat que cela procure. « C’était donc vrai ? », et on marmonne un peu honteux : « Si j’avais su, je m’y serais mise avant ! », avant de se mettre à notre tour à vanter auprès des quelques « non-sportifs » de notre entourage « les bienfaits d’une activité sportive régulière » !
Vous l’aurez donc compris : ce roman, je vous le conseille vivement !

Dès les premières pages, l’auteur nous plonge au cœur du quotidien d’une famille aux âmes tourmentées. Joséphine, le personnage central de l’histoire, jouissait d’une vie paisible aux côtés de son mari et de ses deux filles, Hortense et Zoé, en banlieue parisienne. Jusqu’au jour où la séparation devint inévitable. Joséphine, qui doit désormais s’occuper seule de ses deux filles, lutte de toutes ses forces pour parvenir à joindre les deux bouts. Mais cela ne lui fait pas peur. Vilain petit canard de sa famille, Joséphine est habituée à ce que la vie ne lui fasse pas de cadeau. « Comment ai-je pu mettre au monde une fille pareille ? » s’interrogeait depuis toujours sa mère, n’ayant jamais cherché à dissimuler son aversion pour Joséphine, et sa très nette préférence pour sa sœur aînée. Cette-dernière, Iris, est une femme superficielle, prétentieuse, et incapable de la moindre empathie. Calculatrice et intéressée, ses rares accès de gentillesse n’ont assurément rien à voir avec de la générosité, Joséphine le sait.
La gentillesse, ce n’est d’ailleurs pas non plus la spécialité d’Hortense qui méprise sa mère. Voilà une gamine insolente et irrespectueuse qui joue avec nos nerfs, tandis que sa mère encaisse sans riposter les coups verbaux qu’elle lui assène impitoyablement.

Joséphine est historienne, spécialisée dans le Moyen-âge. A 40 ans, c’est une femme timide qui se considère comme « moche et grosse ». Tout le contraire de sa sœur, belle et riche, dont la vie est néanmoins un échec, monotone et sans piment. Mais un soir, Iris fait la rencontre d’un éditeur, et là tout bascule. Afin de se rendre intéressante, elle prétend s’être lancée dans l’écriture d’un roman historique sur le Moyen-âge. L’éditeur se montre très intéressé et souhaite voir son travail. Le hic, c’est qu’Iris est bien moins douée pour l’écriture que pour les mensonges. Elle fait alors appel à Joséphine. Son plan est simple et machiavélique : Joséphine écrira le livre et en tirera tous les bénéfices financiers, tandis qu’Iris y apposera sa signature et jouira de la célébrité et de la reconnaissance qu’elle convoite tant. Joséphine se laisse convaincre, et les deux sœurs s’engagent dans une aventure qui leur réserve bien des surprises…

Mensonges, trahisons, déceptions, espoirs, amour, passion, drames, rêves… Ce roman est un véritable patchwork d’émotions, un délicieux tourbillon de sentiments et d’aventures palpitantes. On y rit, on y pleure, on s’y perd, on s’y retrouve… Il célèbre la vie dans toute sa splendeur et son impermanence. On se plonge, grâce aux nombreuses et précises descriptions, dans les atmosphères tour à tour pesantes, pathétiques, émouvantes ou parfois drôles qui composent le récit.
« Marcel avait décidé de lui faire confiance. […] Il ne s’ennuyait jamais avec Josiane. Ce qu’il regrettait, c’était d’avoir épousé Henriette. Le Cure-dents constipé. La peine-à-jouir mais prompte-à-dépenser, qui pompait allègrement son fric sans jamais rien donner ni de son corps ni de son cœur. Mais qu’est-ce que j’ai été con de l’épouser ! J’ai cru que j’allais m’élever socialement. Tu parles d’un ascenseur ! Elle n’a jamais dépassé le rez-de-chaussée. »
Tout au long du roman, nous suivons l’évolution de ces deux sœurs que tout oppose. Une évolution qui nous révèle que la beauté et l’argent ne font pas le bonheur, et que la vie nous offre sans cesse la possibilité de grandir.
Dommage (et oui, il fallait bien un petit bémol !) que certains éléments viennent entamer la crédibilité de l’histoire (notamment pour ce qui est des origines sociales de Shirley, ou de l’histoire entre Hortense et Mick Jagger) et que la fin ne soit pas un peu plus pimentée et inattendue… Mais pas de quoi gâcher la lecture cependant, rassurez-vous !

Pour résumer : une lecture simple, légère, qui nous caresse le visage comme une légère brise printanière.
Les personnages sont attachants ou détestables. Vous y retrouverez certainement votre meilleure amie, votre petite sœur ou votre belle-mère !
Un roman de société, plein de mystère, d’espoir et d’humanité, dont la suite est déjà disponible. Un roman qui fait du bien.

Les yeux jaunes des crocodiles
Katherine Pancol
Le livre de poche
Mélina Hoffmann

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