Evoluant entre la première partie de WALL E et Final Fantasy, Numéro 9 est une incursion poétique palpitante dans l’univers apocalyptique d’une humanité anéantie. Produit par Tim Burton et le cinéaste russe Timur Bekmambetov (Wanted), le message ne s’adresse pas aux enfants.

L’argument : Dans un futur proche, la Terre a été ravagée par une grande guerre entre les hommes et les puissantes machines qu’ils avaient crées. Sachant l’humanité condamnée, un scientifique créé 9 petites créatures, fragiles et sans défense à partir d’objets divers ramassés dans les décombres. Incapables de s’opposer aux machines, ils ont formé une petite communauté survivant au jour le jour dans les décombres. Mais le dernier né de cette famille, le Numéro 9 a une mission. Il détient en lui la clé de leur survie et devra convaincre ses camarades de quitter leur refuge de fortune pour s’aventurer au coeur du royaume des machines. Ce qu’ils vont découvrir en chemin représente peut-être le dernier espoir de l’Humanité.

Notre avis : Les cyniques y verront une resucée de toutes les productions post apocalyptiques de ces dernières années, car il est vrai que Number 9 décrit un monde anéanti par la guerre où l’humain a été exterminé par la machine (une excroissance du scénario de Terminator ?). Ils auront raison. Est-ce pour autant une raison pour diminuer l’impressionnant travail du réalisateur Shane Acker ? Certainement pas.
Dans un univers animé dépeint avec une précision d’orfèvre où chaque plan relève d’un point de vue visionnaire, où chaque paysage dégage une beauté macabre et une fascination poétique pour la destruction industrielle, Number 9 révèle des qualités matures qui le rapproche des grands du genre. Les Coraline, Max et Mary, et plus précisément dans le même genre WALL E et surtout Final Fantasy. La patte sombre de Tim Burton producteur se fait ressentir au détour d’un jardin lugubre où l’homme disparu apparaît dans le reflet de statues tragiques ; on retrouve ici la même appétence pour le conte que chez l’auteur de Edward aux mains d’argent. La petite créature orpheline baptisée Numéro 9 qui se réveille dans l’atelier de son créateur n’est pas sans rappeler la scène d’ouverture d’Edward, replié dans la solitude de son palais, à la mort de son concepteur. Mais au niveau des influences, c’est surtout l’ombre du cinéaste russe Timur Bekmambetov, co-producteur du film, qui est omniprésente, notamment dans la démesure de l’univers retranscrit et l’usage d’une imagerie lugubre propre aux deux premiers chapitres de sa trilogie (Night watch et Day watch). Heureusement, c’est avec subtilité que Shane Acker manipule certains outils de l’œuvre du Russe, loin de l’outrance kitsch et comique, coutumière à Bekmambetov.

Doté d’une durée d’à peine 1h20, une concision qui, loin de nuire au résultat final, offre un souffle unique au projet, Numéro 9 émerveille de par sa beauté plastique et ses trouvailles esthétiques, tout en relatant un splendide récit spirituel, complètement désabusé, qui laisse peu de place à l’optimisme. Alors que la Terre est ravagée, recouverte de cendres et de débris d’une guerre sans merci (des flashbacks nous replongent dans l’horreur du conflit avec des machines gigantesques, proches des trépieds de La guerre des mondes et d’une iconographie de la science fiction des années 50), l’on découvre les survivants du charnier, des petites marionnettes vivantes numérotées, qui doivent retrouver la foi dans le combat pour comprendre la vérité derrière cette incroyable destruction.
Sur les traces de son créateur, alors qu’errent encore des machines effrayantes, le Numéro 9, qui s’éveille au tout début, à peine fini et éventré dans un atelier dévasté, sera celui qui réveillera les consciences. Impossible de ne pas ressentir de l’empathie pour son personnage triste et apeuré. Animé par la volonté de savoir, il va déchaîner les passions et réveiller la machine monstrueuse à l’origine du mal, déclenchant toutes les émotions chez le spectateur. Et c’est en cela que réside la qualité principale du métrage : sur les terres arides de l’apocalypse, coulent des émotions fortes, chiches en humour, qui sont la peur, le désespoir, la révolte... De quoi nous attendrir tout en nous faisant frémir. De là à dire que le « 9 » est le bon numéro de l’été...

Frédéric Mignard

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# Réalisateur - Shane Acker
# Avec - Elijah Wood - Jennifer Connelly ...Plus
# Genre - Fantastique - Animation
# Nationalité - Américain
# Date de sortie 19 août 2009

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