Avec la sortie en DVD ce mois-ci de la dernière saison (la septième) de The shield, voici l’occasion de rendre hommage à l’une des séries qui fût un véritable ovni télévisuel de par son audace et sa transgression des règles établies en matière de programme télévisuel.
Crée par Shawn Ryan en 2002, cette série s’inspira à la base d’un scandale qui éclata à Los Angeles au sein d’une unité de police basée dans le quartier de Rempart.
De cette histoire et des idées de son créateur naissent Vic Mackey (Michael Chiklis), inspecteur en chef de la « strike team », unité antigang du quartier de Farmingthon, qui applique ses propres règles, n’hésitant pas à utiliser tous les moyens pour combattre le crime ou éventuellement joindre le dollar au devoir dans un monde aux lois parfois invisibles.
Personnage central de la série Vic n’est pas à proprement parler un anti-héros, il est pour ainsi dire le vacillement permanent entre le bien et le mal.
Il fixe les règles de la série dès le premier épisode, donnant le ton aux téléspectateurs encore dans l’idéal du policier de séries habituelles, impeccable, incorruptible et attendant poliment la fin de l’épisode pour s’en aller !
Filmé caméra au poing, The Shield nous plonge dans la violence quotidienne d’un Los Angeles décrit comme une véritable zone de guerre. Rien n’est caché ou suggéré aux téléspectateurs, les scènes les plus dures n’épargnent personne et ce rideau d’horreur ne diminue d’épisode en épisode que pour s’imprégner à nouveau d’un sang titillant nos yeux toujours choqués même après plus de trente heures de programme.
Ces hommes et ces femmes que nous suivons dans ce commissariat sont toujours au bord du gouffre. La limite est franchie depuis longtemps pour certains, pour d’autres c’est une lente descente vers la perte de repères, l’apathie, la corruption. Et enfin quelques-uns peut-être sortiront indemne de cette véritable valse entre le bien et le mal.
Entre la dure réalité d’un quotidien trop plein d’un pragmatisme malsain et l’espoir de sortir sain de la rue, ces personnages n’ont souvent qu’un choix limité, limité par le poids trop lourd de cette jungle urbaine, gorgée de tous les maux de la terre.

La grande originalité de The Shield réside dans le fait que ses protagonistes sont pour la plupart impossible à « admirer » comme les personnages habituels que l’on peut trouver dans la grande majorité des séries.
Tour à tour, ils nous déçoivent, nous fascinent. On passe de l’empathie au dégoût avec une rapidité surprenante.
Toutes les facettes les plus sombres de l’âme sont décrites avec un réalisme accru, rendu crédible grâce à une pléiade d’acteurs se donnant à fond pour faire vivre cette histoire. Pour n’en citer que quelques-uns : d’abord le bras droit de Vic Mackey, Shane Vendrell (Walton Goggins), prêt à le suivre n’importe où, sans jamais se poser de question sur lui ou le bien-fondé de ses actions.
Holland « Ducth » Wagenbach (Jay Karnes), véritable tête de turc de Vic et son équipe, il est l’un des inspecteurs chargés des enquêtes criminelles, un peu gauche, il ne rêve que d’arrêter son Charles Manson et rentrer au panthéon des plus grands criminologues.
Ou encore le commissaire David Aceveda (Benito Martinez), l’archétype même du politicien ambitieux et prêt à tout pour devenir un jour le maire de Los Angeles.
Et beaucoup d’autres encore, parfois accompagnés de guest star comme Forest Whitaker ou Glenn Close.
Tous surprennent, déconcertent, et sont à l’image de l’univers dans lequel ils évoluent, trouble.
Chaque épisode contient sa dose d’adrénaline et de suspense insoutenable.
Cette fureur urbaine ne laisse échapper que l’impact violent que l’on subirait à chaque minute d’une lutte infinie entre besoin et nécessité.
Cette série est comme une course effrénée vers une chute que l’on n’ose imaginer.

The Shield restera « la » série policière qui à fait naître une nouvelle race de personnages télévisuels, des personnages qui interrogent plus qu’ils n’impressionnent.

Nicolas Bodou

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