Premier film flamboyant, cette chronique d’une communauté ordinaire émeut par son ton juste et sa référence, rare dans le cinéma français, au western.

L’argument : Au milieu de nulle part, une cité ouvrière est vidée de sa population depuis quelques années déjà. Pourtant, certains habitants ont décidé d’y rester, plus par choix que par nécessité, parce que c’est là qu’ils sont nés et qu’ils ont grandi. Parmi eux il y a Francis, l’ouvrier consciencieux qui continue d’entretenir la machine sur laquelle il a travaillé toute sa vie ; Samir, son fils , qui revient dans le quartier après une longue absence ; mais aussi Maria, la voisine, vivant seule avec son fils José qui veut croire que son père est Gary Cooper. Il va donc l’attendre tous les jours dans la ruelle de ce no man’s land contemporain, qui ressemble à s’y méprendre à un décor de western...

Notre avis : Le charme réel que procure ce premier long métrage tient dans son rythme contemplatif qui prend le temps de nous rendre attachante cette jolie galerie d’êtres fragilisés. On peut bien sûr voir Adieu Gary comme un film social de plus : résidu de cité ouvrière réduite à un hameau sans vie mais non sans âme, déracinement culturel d’enfants issus de couple franco-algérien, partagés entre l’intégration et la volonté de « retour » au bled, un job commercial à Marrakech s’avérant séduisant pour peu qu’on maîtrise l’arabe, ce qui est loin d’être acquis ; de même les humiliations subies au supermarché font écho à la frustration de Francis, orphelin de « sa » machine : la tertiairisation ne réduit pas la pénibilité des tâches : elle les transforme ; quant à Maria, qui sert de cobaye pour un grand laboratoire pharmaceutique, elle symbolise à elle seule la précarité et la débrouillardise face à un pouvoir économique et financier avide de compétitivité.


Mais l’essentiel est ailleurs, et Nassim Amaouche ne cherche pas alimenter le courant contestataire brassant des œuvres aussi diverses que Nulle part terre promise, Ressources humaines ou Khamsa. Il préfère s’attarder sur les visages et les non dits des personnages, au-delà de leurs facondes et certitudes : c’est Francis tentant de renouer le dialogue avec son fils sorti de prison ; c’est Nejma qui a le courage de s’en aller, non sans partager de beaux moments d’intimité avec l’un des fils de Francis ; c’est surtout Maria tentant de ré-apprivoiser ce fils muré dans le silence et la douleur d’avoir vu son père les quitter. Loin de constituer une simple référence, la vision d’extraits de westerns d’Anthony Mann, regardés à longueur de journée par l’enfant, éclaire Adieu Gary d’un éclat particulier, tant le cadre et le ton de ce récit aurait pu être celui adopté naguère par Wellmann, Daves ou Ford. La beauté granitique et crépusculaire du film est ainsi sans égale dans le cinéma français contemporain. Un mot enfin sur l’interprétation : Jean-Pierre Bacri dépasse le cadre du personnage bougon qui caractérise ses apparitions habituelles pour apporter une touchante humanité ; Sabrina Ouazani confirme la singularité d’un talent révélé dans L’Esquive et Paris ; quant à Dominique Reymond, sobre et digne, elle trouve son plus beau rôle de puis Y aura-t-il de la neige à Noël ?

Gérard Crespo ( A voir A lire)

  • Site officiel du film - http://www.semainedelacritique.com/sites/article.php3?id_article=388
  • Réalisateur - Nassim Amaouche
  • Avec - Jean-Pierre Bacri - Dominique Reymond - Mhamed Arezki - Yasmine Belmadi - Sabrina Ouazani ...Plus
  • Genre - Comédie dramatique
  • Nationalité - Français
  • Date de sortie 22 juillet 2009
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