Le nouveau film du réalisateur de Billy Elliot et The hours est une émouvante histoire d’amour sur fond d’Holocauste qui laisse un goût amer à la bouche, malgré la présence déterminante de Kate Winslet, Oscar de la meilleure actrice.

L’argument : Allemagne de l’Ouest, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Un adolescent, Michael Berg, fait par hasard la connaissance de Hanna, une femme de trente-cinq ans dont il devient l’amant. Commence alors une liaison secrète et passionnelle. Pendant plusieurs mois, Michael rejoint Hanna chez elle tous les jours, et l’un de leurs jeux consiste à ce qu’il lui fasse la lecture. Il découvre peu à peu le plaisir qu’elle éprouve lors de ce rituel tandis qu’il lui lit L’Odyssée, Huckleberry Finn et La Dame au petit chien. Hanna reste pourtant mystérieuse et imprévisible. Un jour, elle disparaît, laissant Michael le coeur brisé. Huit ans plus tard, devenu étudiant en droit, Michael assiste aux procès des crimes de guerre Nazi. Il retrouve Hanna... sur le banc des accusés. Peu à peu, le passé secret de Hanna est dévoilé au grand jour...

Notre avis : Non sans finesse, Stephen Daldry, le réalisateur de The hours s’est attelé à l’adaptation du best-seller allemand de Bernhard Schlink, Le liseur. Comme dans le livre, on retrouve le récit élégant et sensuel d’un adolescent bourgeois de l’après-guerre qui découvre l’amour et les plaisirs charnels dans les bras d’une mystérieuse femme vivant dans un quartier populaire. Très vite, l’amourette initiatique déborde et devient une métaphore sur la nécessité pour l’Allemagne de se reconstruire en pansant par la sentence ou le pardon les plaies béantes laissées par les crimes contre l’humanité. Ainsi, quelques années après le torride été, l’ado devenu étudiant en droit découvre que sa fugace bien-aimée, disparue aussi vite quelle n’était apparue dans sa vie, était une S.S., froide et implacable, obéissant aveuglement aux ordres meurtriers et inhumains de ses supérieurs, car après tout, c’était la guerre ! Le jeune homme est alors anéanti, tiraillé entre son envie de sauver celle qui l’a initié à la passion et son dégoût pour cette figure du Mal.

Avec une mise en image subtile et langoureuse, qui n’est pas sans rappeler celle de The hours, et des boucles musicales enveloppantes qui génèrent la même emphase émotionnelle que celles de Philip Glass pour ce même film, l’adaptation de The reader est une œuvre souvent magnifique qui tente d’expier dans le mélo cathartique, le drame de vie gâchées - l’étudiant sera brisé par cette révélation et se fermera à jamais aux autres ; la SS emmurée dans son manque de culture et l’ignorance se retrouve confinée dans une geôle...

Mais en toile de fond, le souvenir ineffaçable de l’horreur du génocide demeure et la tentative de pardon envers les bourreaux devient aussi maladroite que politiquement incorrecte. Daldry pose la question de la légitimité du pardon sans en donner la réponse et évite ainsi bien des écueils. Pourtant le malaise demeure, l’ancienne SS, magistralement incarnée par Kate Winslet (oscarisée à l’occasion), broyée par sa propre ignorance lors du procès, provoque chez le spectateur des émotions de compassion alors qu’on est conscient qu’elle a commis l’irréparable. Une forme de chantage sentimental qui laisse perdurer le goût amer de la contradiction longtemps après la projection.

Frédéric Mignard

 

En partenariat avec A voir A lire

 

  • Réalisateur - Stephen Daldry
  • Avec - Ralph Fiennes - Kate Winslet - David Kross - Lena Olin ...Plus
  • Genre - Drame - Romance
  • Date de sortie 15 juillet 2009
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