Sylvie Testud domine une comédie romantique improbable nourrie à la force de caractère de ses protagonistes. Drôle et même touchant, ce premier film sait imposer son ton décalé et s’annonce comme une belle petite surprise estivale.

L’argument : Assistante littéraire aux Editions Le Felin, Adèle est une jeune femme à la trentaine très entourée ; entre Marie, sa collègue et amie aux histoires d’amour trop courtes, et Emmanuel Calais, son éditeur de patron et séducteur invétéré ; entre Marc et Fanny, un couple d’amis aux demandes exubérantes, et ses "trois hommes" : Robert, qui pose toujours trop de questions, François, homme marié ravi d’avoir une double vie et Guillaume, jeune ex-prisonnier à la recherche d’un abri ; Adèle va se confier à Matteo, journaliste italien et écrivain en panne d’inspiration.

Notre avis : En raison d’un lourd secret qu’elle garde en elle, Adèle ne sait pas dire non aux autres et tente à son grand détriment de satisfaire tous ceux qui attendent quelque chose d’elle, comme ces nombreux amants qui ponctuent son quotidien d’insomniaque. Avec la personnalité bien trempée de Sylvie Testud, le personnage de la trentenaire s’impose immédiatement comme l’un des plus originaux de la romcom française. Incapable de rompre alors qu’elle meurt d’envie d’envoyer balader son officiel qui la harcèle de questions ou bien incapable de virer de chez elle un jeune taulard rencontré dans la rue avec lequel elle couche par peur, elle n’en demeure pas moins d’une franchise rayonnante et alimente la comédie de ses mots de manière irrésistible.


Sa vie pourrait être un roman et d’ailleurs elle pourrait bien définitivement le devenir grâce à son rendez-vous quotidien au café du coin avec un écrivain. Dans le rôle de l’auteur dont elle tombe progressivement amoureuse, on retrouve Stefano Accorsi. Pour une fois, le comédien trouve en France un rôle un peu plus substantiel que ceux du sempiternel latin lover. On se souvient de sa piètre performance dans les Les deux mondes ou encore dans la romance Baby blues qui ne rendaient pas forcément un grand hommage au talent dont il a su faire preuve auparavant en Italie. Son personnage, à l’image de tous les caractères aperçus au croisement de la vie d’Adèle, possède une singularité de ton qui lui permet d’étoffer son jeu. Sa place grandissante dans l’intrigue n’est finalement pas pour nous déplaire, alors que se profile pour le personnage touchant de névrosée de Sylvie Testud l’opportunité d’un bonheur salvateur.
Filmé avec sincérité et même avec une certaine dose d’émotion (lorsque Adèle sonde les traumas de son passé et essaie de reprendre contact avec sa mère qui ne l’a jamais aimée), cette première œuvre n’est certes pas un modèle de réalisation. Mais sa fraîcheur et la profondeur de son personnage féminin principal effacent sans grand mal toutes les petites réserves que l’on pourrait émettre en raison de son budget étroit. Et puis pour Testud, mais aussi pour les seconds rôles improbables (mention spéciale à la collègue parano et irritable interprétée par Constance Dolle), Je ne dis pas non mérite bien un grand « oui » enthousiaste.

 

Frédéric Mignard

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