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Après trente et un ans à la tête du Metropolitan Museum of Art de New York, Philippe de Montebello a quitté ses fonctions le 31 décembre dernier. A 72 ans, le conservateur français a décidé de partagé sa vie entre le conseil d’administration du musée d’Orsay à Paris, et l’enseignement de l’art à New York. Portait de cet homme très discret que la presse américaine a surnommé le « Roi soleil » pour avoir fait du « Met, ce que Louis XIV a fait de Versailles ».

« Voici l’une des œuvres les plus connues et les plus appréciées de Claude Monet ‘Garden at Sainte Adresse’. Elle remonte au début de sa carrière, le peintre a reproduit le jardin de sa tante et de son oncle à Sainte Adresse, une petite ville côtière du Havre (…) ». Le tableau suivant est une peinture d’Edgard Degas « peintre de la vie moderne passionné par l’univers du ballet classique et cela en partie par les possibilités illimitées qu’il offrait à l’artiste(…) »… L’audio guide du Metropolitan Museum of Art de New York vissé sur les oreilles, le visiteur écoute, avec attention, les explications des 147 œuvres sélectionnées par Philippe de Montebello, le directeur français du Met depuis plus de trente ans. Il aime autant l’art que les artistes qu’il abrite dans son musée et c’est probablement pour faire partager son savoir avec les visiteurs du monde entier qu’il a crée, il y a quelques années, l’audio guide sur lequel il pose lui-même sa voix en Français, Italien, Allemand, Espagnol et Anglais. Il se murmure que, les étudiantes en école d’art ne viennent au musée que pour se pâmer sur la voix grave et mélodieuse du maître des lieux sans savoir que c’est le directeur du musée lui-même qui se cache derrière l’un des mille audio guides. Erudit d’art, amoureux de la peinture, fin connaisseur de l’histoire, Philippe de Montebello nous emmène de galerie en galerie, dans son univers, un voyage à travers le temps, une course effrénée de continent en continent. Voici Monet, son jardin de Sainte Adresse, un peu plus loin Matisse, Picasso et Van Gogh… Direction l’armurerie et les costumes… Et hop, Philippe de Montebello fait un détour par la salle des Arts Premiers, à peine le temps de reprendre son souffle qu’il nous transporte en Egypte. « Le Metropolitan Museum of Art offre différents thèmes. La part de bonheur que procure le musée est justement celle de pouvoir voyager de pays en pays, à travers les époques, dans presque toutes les parties du monde sans jamais avoir à se soucier de la sécurité ou des bagages, tout en pouvant découvrir et redécouvrir de nouvelles œuvres. “A tout moment on peut prendre une autre route”, confie le directeur du Musée.
C’est justement une nouvelle route que Philippe de Montebello a décidé de prendre en quittant ses fonctions le 31 décembre dernier. Sa voix continue de résonner et son fantôme hante désormais les lieux. Il a façonné le musée à son image, un mélange d’Europe et d’Amérique, avec une note persistante pour la peinture italienne qu’il affectionne particulièrement, et un espace plus restreint pour l’Art contemporain qu’il reconnaît ne pas apprécier à sa juste valeur. Brillant, passionné, amoureux du musée, Philippe de Montebello a passé les trente dernières années à parcourir les allées du Met, à monter et remonter, à descendre et redescendre inlassablement les escaliers. Il est le maître des lieux, connaît chaque endroit, chaque secret, il est le gardien du temple.
Partisan d’une politique muséale engagée, le directeur du Met a doublé la superficie du musée et a considérablement enrichi les collections tout en assurant la modernisation des galeries. Il a entièrement rénové la partie consacrée aux peintures européennes du XIXe siècle, et celle consacrée aux arts décoratifs français ou encore pour avoir mis en valeur les tableaux en grand format de Giovanni Battista Tiepolo, grand peintre du 18e siècle vénitien. Philippe de Montebello a surtout marqué le Met par ses propres prises de décisions concernant les acquisitions, à la différence des musées nationaux. Durant l’ère Montebello, le musée d’art New Yorkais est devenu le premier au monde devant le Louvre, passant de 3,5 millions à 4,6 millions de visiteurs par an. « Le Met diffère des autres musées. Il est le seul qui réunit à la fois toutes les périodes de l’histoire, les costumes, les armes, les arts décoratifs ou encore les arts premiers », explique-t-il.

Montebello, « Roi soleil »

Né en 1936 à Paris, Philippe de Montebello est issu d’une famille aristocrate napoléonienne. Sa mère est une descendante du Marquis de Sade et son père est portraitiste, critique d’art. Philippe de Montebello grandit dans un milieu littéraire. En 1951, la famille Montebello s’installe quelques temps à New York, puis rentre en France. Le jeune Philippe décide de rester aux Etats-Unis et obtient son baccalauréat au lycée français de New York, en 1958. Il s’inscrit en histoire de l’art à Harvard, puis à l’Institute of Fine Arts de New York. En 1963, il obtient son doctorat sur le thème de « la renaissance française ». La même année, il entre au Met comme assistant conservateur des peintures européennes avant de devenir directeur en 1977. Agé de 72 ans, Philippe de Montebello a décidé de laisser les rênes du musée pour se consacrer à de nouveaux projets. « Ma décision de partir a été difficile. Cela va manquer », avoue-t-il. « Mais, il y a d’autres choses que je veux faire pendant que je suis encore en bonne santé et capable de les faire. Et puis après trente et un ans, personne n’est irremplaçable. C’en est assez pour le Met ».
Il partage désormais sa vie entre Paris et New York, entre le conseil d’administration du musée d’Orsay et l’enseignement à l’Institut of fine arts. « Je veux enseigner, je veux penser, je veux m’impliquer dans d’autres choses. Il y a beaucoup d’histoires de musée, d’histoires de collection qui me fascinent et auxquelles je veux m’intéresser maintenant (…) Je suis arrivée à une période de ma vie où je veux passer de l’action à la réflexion ». Il reconnaît avec une certaine pointe de tristesse que toutes les bonnes années sont derrières lui. « Le monde a changé, les exigences, les réglementations ne sont plus les mêmes. Mon métier évolue et non en lien avec ma passion première qui est de travailler avec l’art et de travailler avec le conservateur. Aujourd’hui, je passe plus de temps avec les administrateurs et je ne suis pas un administrateur, je ne suis pas non plus diplômé d’une école de commerce. Je suis un historien de l’art ». Il raconte souvent cette histoire du jeune Montebello qui postule pour obtenir le poste de directeur du Met et qui finalement ne l’obtient pas tout en soulignant « probablement qu’il ne le voudrait pas non plus ».
A l’annonce de son départ en janvier dernier, le New York times « pleurait » celui qu’il a surnommé le « Roi soleil » pour avoir « fait du Met, ce que Louis XIV a fait de Versailles ». Après trente et un ans, à la tête du Metropolitan Museum of Art de New York, Philippe de Montebello laisse derrière lui un travail magistral, dont l’acquisition de plus de 84 000 pièces.

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