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Franz Ferdinand

Tonight (Domino Recording - Pias)

Après un peu d’attente sort enfin le troisième album du groupe phare de la scène rock écossaise et c’est clairement une réussite. On sentait, avec leurs deux premières livraisons, tout le potentiel musical qui pouvait émerger à l’avenir. Espoir confirmé, Franz Ferdinand revient aux manettes avec un disque original qui fera date. Ce Tonight (que certains décrivent comme un concept album) est une virée urbaine en douze titres savamment structurés qui ne laisse pas indemne. L’idée d’une embardée nocturne est l‘occasion pour Alex Kapranos et ses compères de présenter leurs nouvelles facettes (chant plus modelé, arrivée en force de l’électro, sonorités plus baroques). Si aucun hit sort allègrement du lot, c’est que le résultat s’est voulu plus comme un bloc homogène. Qu’on se rassure les recettes qui ont fait le succès du quatuor sont toujours présentes : peaufinage du son toujours aussi impeccable, guitares acérées (pour faire danser les filles !), refrains efficaces, rythmiques sèches. Tout ceci est au service de la bande son du déroulement d’une soirée où pensées existentielles et pulsions primaires se mélangent. On peut distinguer grosso modo quatre phases musicales sur l’album correspondant aux différents états accompagnant l’avancée de la nuit festive. La première phase (allant du single Ulysses qui ouvre le bal, jusqu’à Send him away), représente la séquence d’introduction. La deuxième phase (de la chanson Twilight omens à Live alone) illustre la tension et la montée de l’excitation. La troisième (avec les chansons Can’t stop feeling et Lucid Dreams et sa séquence électro hallucinatoire) traduit le pic de la soirée. Enfin, la dernière symbolisant l’incontournable descente et le vide existentiel qui s’ensuit (avec Dream Again où la fin du rêve artificiel et Katherine kiss me où l’envie de finir la nuit dans les bras de la gente féminine). Incontestablement, déjà l’un des meilleurs disques de l’année 2009.

 

Beastie Boys

Hello Nasty (Grand Royal - Capitol Records)

En 1998, en pleine période d’albums gangsta rap, se faufilait une plage de récréation musicale mise en orbite par une planète hip-hop un peu à part, les Beastie boys. Hello Nasty était le nom de la nouvelle rampe de lancement de la bande de Brooklyn et une nouvelle fois le mot d’ordre était fun, fun et fun. Avec leur précédent opus (Ill Communication) sorti en 1994, le groupe était parvenu au sommet de son background musical à savoir la cohabitation entre punk hardcore, rap old school, instru psyché et pastiches. Ici, les trois Vilains Garçons se subliment et nous proposent, selon la formule de certains journalistes à l’époque, leurs «Sergeant Pepper». Surtout, Michael Diamond (alias Mike D), Adam Horovitz (alias Adrock) et Adam Yauch (alias MCA) délaissent le temps d’un album le son vintage et rugueux de Main Street pour celui du confort du studio et toutes ses possibilités sonores. Cette décision permettra au groupe de se faire découvrir par un public plus élargi allant du fan de hip-hop, de rock, à l’amateur d’électro ou d’easy listening. Onze ans plus tard, la production de Mario Caldato Junior n’a pas perdu une once de fraîcheur et de nervosité aidée en cela par le flow toujours aussi mordant des trois lascars et du bon vieux DJ Mix Master Mike aux platines. Peu de thèmes sont répétitifs, les morceaux plutôt courts pour garder l’auditeur en alerte. C’est ainsi que le beat robotique (le tubesque Intergalactic, Remote Control, Body Movin, Flowin Prose, Don’t, Won’t, Can’t Stop) côtoie la ritournelle pop (Song for the Man, I don’t know, Picture This ou cet Instant Death qui clôt le disque de manière troublante) ou encore des arrangements organiques des plus variés (Song for Junior, Sneakin’out the hospital), sans oublier ce dub avec comme guest le vétéran Lee Scratch Perry. Depuis, hormis ce To the Five Boroughs sorti en 2004 et de facture un peu légère malgré quelques bons morceaux, les Beastie Boys semblent tomber en léthargie à moins que ce Hello Nasty ne fut un testament envoyé de l’espace.

 

 

Radiohead

OK COMPUTER (Parlophone - EMI)

Quant sort dans les bacs le troisième album de Radiohead, en 1997, malgré toutes les promesses offertes par le groupe précédemment, on ne se doutait pas que l’on se trouverait face à l’un de ces disques qui institue un avant et un après dans l’histoire de la pop music. Douze titres comme autant de nouveaux jalons, illustrant à merveille son époque, inventant un nouveau langage, cela n’arrive que pour trois ou quatre opus dans une décennie ; OK Computer fait partie de cet exploit. Il y avait bien eu des signes avant-coureurs ; Pablo Honey et surtout The Bends mais là vraiment c’est la claque. Deux ou trois éléments de réponse. Ce disque naît déjà de la rencontre avec le producteur qui saura faire du son du groupe, celui d’un très grand groupe. Les Beatles eurent George Martin, Bowie, Visconti, U2, Daniel Lanois, Radiohead aura Nigel Godrich. Celui-ci avait déjà collaboré en tant qu’ingénieur du son sur certains titres de The Bends et avait sûrement repéré que la belle chrysalide un peu trop corsetée musicalement n’allait pas tarder à se transformer en papillon multi-sonore. Godrich donne carte blanche au quintette d’Oxford pour composer la musique de chambre de cet fin de siècle, il se chargera de la faire passer à la postérité. L’occasion est trop belle pour le groupe d’autant plus que Thom Yorke a parfaitement digéré ses lectures d’Edgar Poe, de Philippe K.Dick, de Ballard, de Thomas Pynchon. Jonny Greenwood maîtrise ses triturations sonores parfaitement, Ed O’Brien est un solide lieutenant prêt à toutes les élucubrations des deux premiers et la paire Selway/Greenwood possède une assise rythmique solide qui ne demande qu’à suivre. Au final sort ce bijou froid comme une lame et pourtant d’une épaisseur musicale rarement égalé. Il faudrait tout un magazine pour en décortiquer les moindres recoins alors visons court et juste. Dès les premières mesures d’Airbag jusqu’aux derniers coups de baguettes de The Tourist, ce sera le limpide et l’obscur, le sain et le malsain, la quiétude et l’angoisse. En des temps où la frontière des émotions est confuse, la précarité des sentiments devenue un dogme, l’incertitude des réponses proclamée comme solution, Radiohead compose la bande son du monde post-moderne. Le groupe n’arrêtera pas sa quête puisque depuis est sorti quatre albums (tous des chefs d’œuvre, pilotés tous par Godrich) du même acabit tout en réinventant un peu plus à chaque étape sa légende

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