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SOPHIE MATISSE

Par Vanessa Gondouin-Haustein Correspondante à New York - photos : Zoltan Babo

 

Fille de sculpteur, petite-fille de marchand d’art, arrière petite-fille du peintre, avec un nom comme celui de « Matisse », Sophie ne pouvait échapper à l’Art, elle est tombée dans la peinture toute petite. Enfant discrète, elle est aujourd’hui une femme épanouie et accomplie dans son travail d’artiste. Cette réussite, elle la doit à son mari le peintre Alain Jacquet, décédé en septembre dernier.


Assise entre plusieurs piles de papiers et de cartons, Sophie semble radieuse. Habillée d’une veste rose en cuir qui rehausse la couleur de son teint et de longs cheveux bruns attachés en queue, elle est belle et en même temps mystérieuse. Qui se cache derrière Sophie Matisse ? Une femme discrète entourée d’hommes célèbres ou tout simplement Sophie une peintre américano-française reconnue pour son talent ? Elle sourit.
En septembre dernier, elle a perdu l’homme qu’elle aimait, de vingt ans son aîné, le peintre Alain Jacquet. Ils ont passé vingt ans de leur vie ensemble, elle lui a donné sa jeunesse, il a été son maître, elle est devenue sa muse et tous les deux, ils étaient les parents de Gaïa une adolescente de quinze ans. A la question de savoir qui est Sophie Matisse, l’arrière petite-fille de l’illustre peintre ou la fille d’un sculpteur, elle répond en parlant de son mari Alain Jacquet. Sophie est née à Boston, en 1965, d’un père français et d’une mère américaine. Elle est la dernière d’une fratrie de trois frères. Elle était une petite fille timide et discrète qui montre très jeune un goût prononcé pour le dessin. « Etre une Matisse, c’est difficile. Il y avait la mémoire de mon arrière grand-père, puis celle de mon grand-père marchand d’art. Ma grand-mère a ensuite fréquenté l’artiste Marcel Duchamp, qui faisait parti de notre famille, mon père a relevé la succession en devenant sculpteur. On parlait très peu de Matisse à la maison. Mes parents savaient que le chemin serait difficile et que si je devenais peintre je serais toujours comparer à Henri », se rappelle Sophie. « Mes parents ont approuvée l’idée que je parte en France étudier les arts, même si j’ai également senti une sorte de protection de leur part. Ils avaient peur pour moi », explique-t-elle.
A Paris, le coup de foudre est immédiat pour Alain Jacquet. Il a 48 ans, a étudié aux Beaux-arts et partage sa vie entre New York et Paris. Il est le précurseur du Pop art en France et aux Etats-Unis et a croisé Andy Warhol et Roy Lichtenstein. Mais à la fin des années 1960, il est marginalisé par les Etats-Unis, qui veulent faire du Pop Art, un art spécifiquement américain, et par la France qui se tourne vers le Nouveau Réalisme. En 1987, Sophie Matisse et Alain Jacquet se rencontrent au restaurant La Coupole au cours d’un dîner organisé par des amis. La jeune étudiante de vingt deux ans n’a d’yeux que pour ce Monsieur qui porte des lunettes fumées. « Avec ses lunettes, je ne savais pas s’il me regardait ou s’il regardait ailleurs. Mais, il représentait la couleur. Je me suis dit à ce moment là que s’il se passait quelque chose entre nous ça allait être vraiment différent de ce que je connaissais. Il était libre ». Passionné par la peinture, amoureux des couleurs, des tableaux et de la vie, Alain Jacquet pousse cette étudiante réservée à exprimer l’art qui est en elle. « Il m’a encouragée, il m’a aidée à avancer ».

Gommer les personnages

Dans ses premiers tableaux, elle reproduit les grands chefs d’œuvre de l’art. « C’était mon attitude de penser ‘’si j’aime ce tableau, je peux le reproduire’’ ». Un soir alors qu’elle regarde la ‘’Mona Lisa’’ de Léonard de Vinci, elle se rend compte que Mona Lisa ne sourit plus et qu’elle a besoin d’aller faire un tour. Sophie Matisse commence une série où elle donne de l’air aux personnages des grands tableaux. C’est ainsi qu’elle donne vie à Guernica de Picasso où la disparition de certains personnages donne beaucoup de fraîcheur au tableau, suivront des œuvres de Degas, Gauguin, Monet… puis elle fait disparaître les poissons rouges du tableau de son arrière grand-père Henri Matisse.
« Quelques mois après le 11 septembre 2001, j’ai définitivement arrêté cette série. Je me suis rendue compte qu’une Matisse ne pouvait pas continuer à reproduire du Picasso ou du Vermeer, mais du Matisse avant tout. Et surtout du Sophie Matisse ». Elle se lance dans une période de réflexion et travaille la couleur et les formes. En 2002, elle lance sa série ‘’Zebra Stripe Paintings’’, où des zébrures noires et blanches viennent lacérer ses tableaux. Cette série rencontre un certain succès. Les tableaux de Sophie sont exposés dans différentes galeries de New York et notamment à la galerie Francis Naumann.
Depuis le décès d’Alain en septembre, c’est seule que Sophie poursuit sa route, entourée de sa fille Gaïa. Elle a décidé de reprendre l’atelier de peinture d’Alain, dans leur appartement de Tribeca, pour y installer ses tableaux. Depuis plusieurs semaines, elle réaménage la pièce, trie les papiers, disposent les toiles d’Alain Jacquet et range les livres. C’est avec beaucoup d’émotion dans la voix qu’elle parle de lui. « Cette pièce est la pièce où il était tout le temps, alors je sens sa présence à mes côtés. Je ne me sens pas toute seule. Et parfois, je l’emmène dans mes rêves ou dans ma peinture et ainsi nous nous retrouvons ». Aujourd’hui Sophie Matisse se sent plus forte. « J’aime bien la direction que je prends et malgré les difficultés, c’est mieux maintenant ». Elle est à 43 ans une femme épanouie. Elle est surtout une artiste qui a su allier la magie du nom Matisse au savoir faire Jacquet donnant ainsi beaucoup de lumière et de vie dans ses tableaux.


Vanessa Gondouin-Haustein

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