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Calexico
"Carried to Dust "
Venu de Tucson dans l’Arizona, Calexico creuse son sillon depuis une bonne dizaine d’années en marge des grandes recettes musicales. Avec ses deux membres fondateurs que sont Joey Burns et John Convertino, il nous est offert la parfaite synthèse entre musique populaire mexicaine et rock californien à l’arrière goût psychédélique. Avec l’album The Black Light sorti en 1998, le groupe proposait tout son univers qui, à juste titre, nous éblouissait de sa lumière noire. On pouvait aisément imaginer ces morceaux intégrés à des BO pour des films comme U-Turn, Traffic voire un Tarantino. Si l’album suivant, Hot Rails, reprenait le même schéma (sans perdre de sa saveur), le groupe a su par la suite explorer d’autres sentiers. Ainsi, Feast of Wire (2003) s’offrait des détours vers le monde du dub, du jazz et de l’électro soft. Avec Garden Ruins (2006) et sa collaboration avec la formation Iron&Wine pour l’EP In the Reins, les sonorités pops étaient privilégiées. Cet automne est sorti ce qui pourrait être leur album le plus abouti Carried to Dust avec aux manettes de la production, comme depuis le début, le binôme Burns/Convertino. On trouve au sein de cet opus, du Calexico classique mais toujours aussi délectable ( Victor Jara’s hands, The News about William, Hole in your Head ), de l’enivrant (Two Siver Trees), du doux-amer (Man made Lake), de la ballade californienne ( Writer minor Holiday ), de la ballade sirupeuse (Slowness), mais aussi une authentique surprise avec cette splendide Contention City que l’on croirait sortie tout droit d’un album de Radiohead. En dix ans de carrière discographique, Calexico n’a pas fait un faux pas malgré des choix et des alliages musicaux risqués. Souhaitons leurs dix nouvelles années de réussites, pour notre plus grand plaisir.
Godspeed You Black Emperor !
Levez vos Skinny Fists like antennas to heaven

En ces temps de crises économique, morale, sociale, existentielle, spirituelle, culturelle, … j’arrête là, voici la bande son idéale sortie huit ans trop tôt mais qu’il est temps de se réapproprier. Formation canadienne d’une petite dizaine de membres, Godspeed (pour faire plus court) est apparu au milieu des années 1990, à une époque où le concept de post-modernisme commençait à s’immiscer au sein de la scène rock. Progressivement, ce courant de pensée fortement ancrée dans une conscience sociale, s’offrait une perspective musicale avec pour le format pop Radiohead en fer de lance. Cependant dans l’ombre des projecteurs, existait des groupes partageant le même constat sur le fond mais préférant sur la forme les longues plages musicales se développant sur plusieurs séquences, mais ici on est bien loin du rock progressif du Floyd ou de King Crimson. «This tape recording was a broken road» annonce Godspeed. En effet, à cette époque (2000), le groupe fête l’arrivée du troisième millénaire comme on célèbrerait un hiver nucléaire. Si Baudelaire voulait faire de l’or avec de la boue, Godspeed fait du chaos une féerie. Pour cela, ils s’articulent, tout au long du disque, sur deux respirations musicales.. L’une paroxystique, où le thème instrumental abordé éclot dans un tonnerre de sonorités. L’autre, extatique, laissant couler des silences et des plaintes splendides. Débordant de visions désenchantées du monde où dans une forme de folie n’ont plus qu’autorité les mauvais prophètes et les nihilistes du nouveau genre humain, Godspeed compose une sorte de boléro rock du 21ème siècle naissant. A déconseiller aux optimistes fragiles.
Pink Floyd
The Dark Side of the Moon

En hommage au claviériste Richard Wright, disparu récemment et qui met fin définitivement aux faibles espoirs d’une nouvelle formation, il est tout naturel que le Flamant Rose est droit de rubrique. Qu’on aime ou qu’on déteste, Pink Floyd fut bien et reste un poids lourd de la scène musicale. Entre psychédélisme, expérimentations et rock progressif le groupe peut se targuer d’avoir été l’un des fleurons d’une musique plutôt cérébrale sans toutefois sombrer dans le pédant. Car oui, il y a deux écoles, d’un côté les rêves acidulés et de l’autre le rock tout en sueur. S’il fallait choisir qu’un seul album, le choix de Dark Side of the Moon apparaît évident au moins pour trois raisons. Tout d’abord, ce disque, sorti en 1973, s’est écoulé à près de 30 millions d’exemplaires, ce qui en fait l’un des plus vendus dans l’histoire de l’industrie musicale. Ensuite, c’est l’album du groupe qui, à coup sûr vieillit le mieux contrairement au second gros succès de leur carrière The Wall et sa surproduction très années 1970. Enfin, le groupe démontre une parfaite synergie artistique sur ce projet. Après les grandes messes musicales que furent Atom Heart Mother et Echoes et les expériences sonores plus ou moins réussies d’Ummaguma, Pink Floyd propose une musique accessible sans perdre de sa verve et de son talent. Et quel talent. En 45 minutes, il nous dessine un aller-retour sans faux pas entre l’univers du lapin blanc de Lewis Caroll et 2001, l’odyssée de l’espace. Si cette évocation peut sembler définir une atmosphère froide et spectrale, c’est tout le contraire qui se produit. En effet, l’ambiance semble plus évoquer une nuit d’été où les songes prennent forme. Le premier quart d’heure s’apparente à une invitation mystérieuse où le Floyd sera la fanfare officielle. Avec le morceau Time peut commencer le rêve. Les deux plus belles pièces sont les deux contributions de Wright à ce joyau lunaire. Us and Them joué comme on caresse les étoiles ainsi que The Great Gig in the Sky. Cette dernière étant sans aucun doute la plus belle chanson du quatuor. Cinq minutes de grâce où le piano de Wright et le chant dionysiaque de Clare Torry, telle une Calypso éplorée, se perdent dans l’immensité de la nuit. Le Floyd ne s’y est pas trompé quant à la place particulière qu’occupe ce disque dans leur carrière. Lors de leur dernière tournée (qui remonte déjà à quatorze ans), durant certaines dates, le groupe jouait l’album en entier pour le plus grand plaisir des aficionados présents.
Page réalisée par Alexandre Roussel

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