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En quatre films, Sean Penn s’est affirmé comme un réalisateur de talent dont les films racontent plus qu’une histoire, ils mettent en lumière les aspects les plus durs et les plus sensibles qui se cachent au fond de chacun.
De tout ses sujets traités, la famille, la vengeance, la rédemption, le pardon, la rupture sociale, la transgression d’un monde protocolaire et soumis à la volonté apathique du groupe, il nous met devant les mêmes dilemmes que ses protagonistes. Vous ne trouverez pas chez Sean Penn de jugement imposé, mais seulement une description minutieuse de la situation, une histoire racontée avec une vérité brutale de l’être qui donne toute sa force à ses films.
Ses personnages ne dévoilent leur personnalité que par leur obsession, ils cherchent toujours à vivre pour ou par quelque chose qui engendre aussi bien leur perte que leur retour à la vie.

Avec « The indian runner », il signe son premier film et sans doute l’un de ses meilleurs, ses deux frères « ennemis », leur relation, leur situation au sein de leur famille est décrite comme un rituel, plusieurs étapes par lesquels passent ces personnages admirablement interprétés par un Vigo Mortensen tout de bruit et de fureur et un David Morse campé dans une sérénité oppressante.
La difficulté de communiquer et l’incompréhension que l’on peut trouver face à son propre sang, cette course inversée des deux frères pour s’échapper l’un de l’autre.
La situation mise en scène au milieu du Nebraska ne fait que renforcer la beauté abrupte de cette tragédie familiale.

Avec « Crossing Guard », son deuxième opus, c’est un père de famille anéanti que l’on retrouve (Jack Nicholson impeccable), ne restant en contact avec le monde des vivants que pour venger la mort de sa fille, écrasé par un chauffard (David Morse, touchant ), qui s’apprête à sortir de prison.
Personnage fantomatique, le père ère dans un Los Angeles vide, au milieu des paumés, il attend sa vengeance et la prépare avec l’anxiété d’un enfant.
La vengeance, le pardon, la rédemption, sont ici traités avec brio. Tous ces personnages sont en sursis d’un destin qu’ils ne maîtrisent pas. L’obsession du personnage principal l’empêche de se souvenir, l’aveugle et lui prend sa douleur.
Sean Penn met brillamment en scène ce paumé magnifique, dans les rues de Los Angeles, véritable scène d’une tragédie sur la solitude de l’âme.

« The pledge », aux premiers abords nous emmène dans une enquête policière mais c’est une véritable quête pour la vérité qui se joue.
On retrouve Jack Nicholson en inspecteur à la retraite qui voit sa dernière enquête se transformer en véritable serment, promettant à une mère déchirée par le viol et le meurtre de sa petite fille de retrouver coûte que coûte l’auteur de ce crime.
Tout se transforme alors pour lui. Cette promesse prend des allures de mission divine auquel il ne peut se soustraire.
L’obsession prend tout son être, il se doit trouver la vérité, il ne vit que pour cela. Renoncer serait tourner le dos à son âme.
Passionnant et superbement filmé, « The pledge » nous emmène loin, très loin, dans la quête désespérée d’un homme, prêt à tout risquer pour accomplir sa tâche, qui n’est rien d’autre qu’une marche vers son salut.

« Into the wild », ou quand l’aventure se mêle à la quête de liberté, inspiré de l’histoire vraie de Christopher McCandless, jeune hommes de 22 ans qui plaque tout pour découvrir la nature vraie et surtout la liberté qu’il se choisira.
Un pur chef d’œuvre mêlant à la fois l’aventure humaine et la beauté de la nature.
Dans son ascension vers l’Alaska, c’est la découverte d’une galerie de personnages qui marque les pas de ce jeune « évadé », se nourrissant de rencontre parfois bouleversantes, pour finalement se retrouver face à la nature brute dans tout ce qu’elle contient de magnifique et de dangereux.
Les rencontres humaines sont décrites comme une dernière inspiration avant de quitter le monde des hommes, pour être seul, n’être qu’une infime partie de la nature sauvage, la comprendre et finalement y être accepté comme un être vivant qui n’aurait d’autre ambition que de vivre humblement au milieu d’un tout.
Le jeune Emile Hirsch interprète avec talent et justesse cette adolescent fuyant un monde qui n’est plus le sien pour essayer d’être accepter dans « son nouveau monde », libre de toute barrière et insoumis à l’autorité des hommes et leurs contradictions.

Inspiré, vraie et fondamentalement ancré dans une recherche de compréhension de l’être, le cinéma de Sean Penn est tout ce que l’on peut trouver de meilleur dans le cinéma américain.
Ses films reflètent le travail honnête d’un réalisateur évitant de tomber dans le piège d’un cinéma cherchant à être accepté, mais plutôt à être compris sans aucune forme de compromis moral et intellectuel.
Nicolas Bodou

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