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Pour cette chronique dédiée a la Mode & la littérature, j’ai décidé d’aller rendre visite a Mlle Walker, chef de rubrique au Magazine Glamour et auteur remarquée d’un premier roman chez Denöel sorti en Aout 2008.
Bienvenue donc dans le petit « Saloon » d’Aude Walker…
Que penses-tu de ton livre, avec maintenant un certain recul ?

J’ai un rapport un peu étrange à ce livre, parce que j’ai commencé par ne pas l’aimer. J’ai écrit une première version en 2004 que je me suis empressé d’enterrer dans un tiroir. Je trouvais sincèrement que c’était mauvais. Et deux ans plus tard, un ami auteur m’a fait sortir au forceps le dit manuscrit et a donné sans me le dire une trentaine de pages à Audrey Diwan, qui est aujourd’hui mon éditrice chez Denoël, et qui a eu la curiosité de se pencher sur la chose.. J’ai beaucoup retravaillé cette première version. Et j’ai peu à peu appris à l’accepter, à défaut de l’apprécier. Je crois que je n’assumais pas le fait d’avoir construit un premier roman autour de mes origines. Pour moi, à ce moment-là, un livre noble était un livre très éloigné de soi, débarrassé de tout élément autobiographique.Enfin, c’était une excuse de plus que je m’étais trouvé. Bref, l’accouchement ne s’est pas fait en toute décontraction, quoi. Il me paraît très difficile d’évoquer un premier livre en termes qualificatifs : quand on en a plusieurs au compteur, on peut dire que le quatrième est plus abouti que le deuxième, que dans le cinquième, on a mis en place une structure plus solide que dans les précédents. Mais alors, le premier, en dehors de « bah, c’est un début et il a le mérite d’exister », je ne vois pas. (toutes les phrases à la con, type « c’est un livre sincère, j’y ai tout mis » ne me parlent pas du tout. J’espère bien qu’il est sincère, je ne vois pas comment on peut écrire autrement, c’est le minimum syndical.) Le premier roman est écrit dans un état pas très conscient, j’ai le même sentiment qu’au sortir d’une bonne grosse baston- enfin, je ne suis pas Jérôme Le Banner, mais j’imagine- : on y était, on en a pris dans le gueule, mais après, il y a un voile blanc pas loin de l’oubli qui s’est posé sur l’événement. Donc, on dira que c’est juste un début et qu’il a le mérite d’exister.


Ce Saloon, il te ressemble?


En ce qu’il est un lieu où règnent l’excès, le bordel, l’alcool, l’amitié, la nostalgie et la noirceur, oui, il me rappelle vaguement quelqu’un.



C'est un livre " personnel ", pourquoi ce choix pour un premier roman?


Ça s’est imposé. Comme je le disais tout à l’heure, j’aurais rêvé que ça se passe autrement, que je ponde une odyssée inédite entre panégyrique, chanson de gestes, parabole et éloge paradoxal, mais non. J’avais beau me dire qu’un premier roman sur ses origines, y avait rien de plus attendu, qu’il fallait tout faire pour ne pas tomber dans la spirale ombilique propre au premier roman en France, mais, putain, c’était là, rien à faire, j’avais envie de me balader de ce côté-là. Comme beaucoup de gens nés d’un mariage mixte, élevés dans un certain silence nimbant leurs origines, l’envie de creuser de ce côté-là se pointe. Et je trouvais intéressant de reconstruire son terreau familial en le fantasmant plutôt qu’en se mettant dans une logique d’exégèse, en allant interroger un aïeul alzeimerien J’avais sûrement besoin de passer par là pour un peu digérer ces obsessions-là, de me plonger dans cette mythologie américaine qui m’habite pour pouvoir aborder plus sereinement la suite, m’autoriser à m’aventurer sur des terres inconnues.

Parle-nous de tes origines américaines ?


Mon père est américain. Il vient d’une dynastie démocrate d’origine irlandaise, blindée (la fortune vient de l’invention des premiers ponts new-yorkais par un ancêtre débarqué d’Irlande en 1900), peuplée d’alcooliques, de femmes très classes et très folles, de toxicos, de prêtres dégénérés, tous oisifs et persuadés d’être l’épicentre et l’Histoire du pays. Du bon Fitzgerald, quoi. Il a débarqué en France à l’âge de 20 ans et n’en ai jamais reparti. Pour des raisons qui lui sont propres, le rapport qu’il entretient à sa nation d’origine est teinté de souffrance et de déni. J’ai été élevé dans le non-dit dès qu’il s’agissait de ce pays-là. Mon père ne nous a jamais parlé anglais par exemple. Alors que je porte un nom typiquement américain, Walker est le Morin américain, je parle un anglais d’homme politique français. Avant d’écrire le livre, j’y avais foutu les pieds trois fois. J’entretiens le même rapport aux Etats-Unis que le bon français de base fasciné par les belles bagnoles, la démesure, la musique, les espaces américains et rebuté par le reste. Donc comme je ne savais pas grand chose, je me suis construit ma petite mythologie américaine par la littérature, la musique et le cinéma américains et j’ai décidé avec ce livre de raconter ce qu’on ne m’avait pas raconté par le biais du fantasme.

Comment as-tu organisé ton écriture?

Je suis incapable d’organiser quoique ce soit quand il s’agit d’écrire. Comme tout dans la vie, dès que ça devient régulier, discipliné, fixe, répétitif, ça m’angoisse et me freine. Alors, je note des micro -idées, ou bien juste un mot, une image qui m’est venue, le profil d’un personnage sur des tickets de métro, mes carnets, des post-its, dans dix dossiers différents épars sur le bureau de mon ordinateur. J’ai tenté plusieurs fois de faire un plan propre typique de l’obsédé du stabilo et du stylo quatre-couleurs, mais ça s’est toujours soldé par un échec cuisant. L’image des vannes du barrage qui s’ouvrent sous le poids de l’eau qui gronde employée par mon pote Christophe Paviot est très juste. Généralement, je me lance sans filet, avec mes tickets de métro, les photos et articles découpées dans des mag, mes carnets et doc informatiques ouverts- mon bureau ressemble alors au mur à la fin de Usual Suspects- et l’enquête est lancée. J’ai toujours l’impression quand je me mets à écrire que c’est un écheveau indémêlable, un box dont je ne sortirais jamais vivante, mais miraculeusement, à force de couper, d’affiner, de resserrer, de switcher, les choses se mettent en place, les personnages s’incarnent, les situations, les rapports existent, le puzzle prend forme.

Tu es bien chez Denoel ? pourquoi ?


Oui, très bien. C’est à échelle humaine, on s’occupe très bien de moi sans m’infantiliser. Je me sens en confiance et en famille. J’adore mes éditeurs et mes attachés de presse qui sont tous des vrais amoureux des livres et des vrais vivants. Nous parlons la même langue.

Que penses-tu de la littérature actuelle?


Je ne peux pas parler de littérature actuelle en tant que mouvement ou d’école, il n’y en a pas. Mais j’ai l’impression que les choses bougent pas mal.
Contrairement à ce qu’on dit, il y a beaucoup de choses brillantes, hallucinantes, novatrices, denses qui sortent. Une fois qu’on sort des pages livres de Paris Match. Et en France aussi. J’ai l’impression que les jeunes auteurs se décoincent, s’autorisent à mixer les genres, Tristan Garcia se nourrit de séries américaines, Pierric Bailly de hip hop, Lolita Pille de cinéma d’anticipation. Il faut se débarrasser du petit discours de critiques parisiens à deux balles qui épingle les romans « de l’intime » et les intrigues planplan à sa maman, persuadés que la production littéraire actuelle se limite à ce qu’on voit dans les journaux. Ça continue à bouger aux Etats-Unis (Vollmann, Gass, Cooper, Wolfe...) Et en Amérique du sud. J’ai adoré les livres d’Horacio Castellanos Moya et d’Alan Pauls, par exemple. Et j’en suis sûre dans le monde entier.

Tu es bien chez Denoel ? pourquoi ?


Oui, très bien. C’est à échelle humaine, on s’occupe très bien de moi sans m’infantiliser. Je me sens en confiance et en famille. J’adore mes éditeurs et mes attachés de presse qui sont tous des vrais amoureux des livres et des vrais vivants. Nous parlons la même langue.

Que lis-tu en ce moment et quels sont tes auteurs préferés ?

Je suis plongée dans la littérature italienne du XXème, en vue du prochain roman. Là, je lis « Kaputt » de Malaparte, atroce et somptueux. Mes auteurs : Thomas Bernhard, Sallinger, Selby Jr, Faulkner, Huguenin, Cendrars, Céline, Dosto, Koltès, Hémingway, Gary, Zweig, Mishima, Shakespeare, Hugo, Carol Oates, Burroughs, Fante, Musil, Joyce et mille autres.

Raconte nous l'importance de l'écriture pour toi ?

Ce n’est pas en terme d’importance puisque l’écriture fait partie de moi, de ma vie. Comme un organe de perception de plus. Elle construit mon rapport au monde et aux autres. Et vice-versa. Je la vois comme un luxe, j’ai de la chance que ça existe, c’est un sas entre le monde et moi, un ailleurs auquel j’ai accès. Et je considère que j’ai de la chance de pouvoir acter mes rêveries, mes pensées, mes fantasmes. Je n’en reviens toujours d’avoir le droit de le faire.

Tu travailles aussi chez glamour, c'est vraiment 2 monde opposés la presse féminine et la littérature ou c'est lié ?


C’est ni opposé ni lié. C’est un travail. Je suis très claire sur ce point. Les deux se clivent naturellement. Travailler m’autorise à écrire sans angoisse financière. Ecrire m’autorise à travailler sans étouffer. Et puis c’est un boulot plutôt amusant.


Un prochain roman en cours ou d'autres projets ?

Oui... Et peut-être un essai sur un sujet que je suis obligée taire pour l’instant.


Ton livre est sincère et assez noir, pourquoi ?


Sincère, je ne peux pas faire autrement, et je n’ai jamais compris comment on pouvait faire autrement.
Noir , parce que je suis foutue comme ça, c’est ce qui m’a toujours attirée, j’aime la musique triste, les films et les livres violents et tristes. faut demander à mon psy ou à mes parents. Ou un marabout du boulevard Magenta !


Aimes-tu la mode ?

Oui, mais plutôt sur les autres. Chez moi, c’est le strict minimum : des dizaines de vestes, des jeans noirs, des pulls en V, des belles bottes. Je suis entourée d’amies qui sont des malades de mode. J’adore les regarder tenter des trucs, se planter, trouver un style, débarquer en petite anglaise de pensionnat un matin, en Jackie Kennedy à l’heure du déjeuner, en méga pute le soir.


Pour terminer, une citation que tu aimes ?
Céline parlant de la Recherche de Proust « 3000 pages pour savoir que Totor encule Tatave ».
« Tout ce qui branle ne tombe pas » Montaigne .
« La lucidité est la blessure la plus rapprochée du soleil » René Char.

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