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"LA GRANDE RENTRÉE, C'EST CELLE DU SEUIL"

Paris, le quartier latin. A quelques dizaines de mètres de la rue Jacob, siège historique des éditions du Seuil, la rue de Seine, où se trouvent les bureaux de Denis Jeambar, le PDG du groupe d’édition. L’homme est souriant, l’accueil chaleureux. L’entretien est à son image : simple, franc, courtois.
La rentrée littéraire ? Presque du passé pour Denis Jeambar. Le PDG du Seuil se concentre aujourd’hui sur l’autre rendez-vous annuel de l’édition : la rentrée de janvier, qui voit paraître, traditionnellement, des auteurs consacrés qui ne prétendent plus à un quelconque prix. Denis Jeambar, qui a choisi la discrétion, a pourtant accepté pour cette interview de revenir sur ce cru 2008 des éditions du Seuil.



Pour la première fois depuis près de dix ans, le nombre de livres publiés en cette rentrée affiche une baisse d’environ 7%. Comment expliquez-vous ce recul ?
Tous les éditeurs ont la volonté de ne pas laisser la machine s’emballer. Nous essayons de ne plus déraper. C’est très significatif de notre état d’esprit, mais cela ne constitue pas un grand virage. Je pense qu’il s’agit d’une prise de conscience de maîtriser la production, ce qui n’indique pas un retour en arrière. Regardez Grasset par exemple : ils avaient choisi de présenter une rentrée concentrée sur très peu de livres l’an dernier, ils sont aujourd’hui revenus à la normale.
Il faut noter qu’ici, au Seuil, nous ne nous inscrivons pas dans ce mouvement. Nous publions un roman de moins que l’an passé : treize ouvrages contre quatorze en 2007. Mais parce que ça s’est présenté comme ça. Si nous avions reçu un autre livre que nous aimions et avions envie de défendre, nous l’aurions ajouté à notre catalogue.

Comment qualifieriez-vous la rentrée du Seuil ?
Je la définirais comme une rentrée très réfléchie. Construite de manière pyramidale. C'est-à-dire que tout en haut se trouvent deux auteurs très visibles, Christine Angot et Olivier Rolin. Egalement Catherine Lépront, un grand auteur qui rencontre un public moins large. En-dessous sont réunis de jeunes auteurs qui construisent une œuvre : Patrice Pluyette dont on parle beaucoup, Frédéric Chouraqui, Delphine Coulin. Kossi Efoui, auquel on croit beaucoup.
Ce sont des romanciers qui ont déjà publié, mais peu. Pour certains, il s’agit de leur deuxième roman. Il est raisonnable de donner une chance à de jeunes auteurs, tout en restant prudent. Car les lancer dans la rentrée littéraire, c’est les exposer à de gros risques. Enfin nous publions le premier livre de Tristan Jordis, Crack, remarqué par les médias.
Du coup cela ne ressemble plus tout à fait à une pyramide (rires)! Mais nous avons voulu donner à cette rentrée davantage de densité en mettant en avant des auteurs « visibles » et en poussant des romanciers en qui nous croyons fortement. Franchement, la grande rentrée, c’est celle du Seuil.
Dans le domaine étranger est annoncé un auteur vedette, Thomas Pynchon. Cela constitue un réel événement ?
Bien sûr. Pynchon fait partie de ces auteurs mythiques dont le nom à lui seul agite la presse, avant même d’avoir lu le manuscrit. C’est un livre énorme de 1 200 pages, qui s’intitule Contre-jour. Ceci dit, Pynchon a des lecteurs fidèles en France, environ 10 000. Et surtout, son œuvre vit très bien en livre de poche.
Mais il n’est pas le seul dans la rentrée étrangère du Seuil. Nous avons aussi Marcello Fois avec un roman formidable, Mémoire du vide, que j’ai beaucoup aimé. Et L’Amnésique, le premier roman d’un jeune auteur anglais – enfin il a 38 ans - qui vit en France, Sam Taylor. Vraiment excellent, lui aussi.

Parmi toute cette production, avez-vous un préféré ?
Ah… je ne peux pas répondre à cette question. Sincèrement, si nous les avons publiés, c’est que nous les aimons tous, pour des raisons différentes, pour leur diversité même… Non vraiment, je ne peux pas me prononcer. Tous sont à découvrir.

Le traditionnel mercato des vacances, c’est-à-dire, à l’image des footballeurs, les auteurs qui changent d’éditeur, a vu l’arrivée au Seuil de Christine Angot, et le départ de Catherine Millet pour Flammarion. Un commentaire ?
Le départ de Catherine Millet est déjà ancien, avant même que je n’arrive à la tête du Seuil. Elle est partie peu de temps après la parution de La Vie sexuelle de Catherine M. Quant à l’arrivée de Christine Angot, cela répond à une réelle volonté de ma part. Et je suis très heureux de la publier. C’est une nouveauté au Seuil de faire venir un auteur très visible, mais pas encore consacré. En tout cas, cela ne s’était pas produit depuis très longtemps.

Vos deux auteurs « vedettes », Olivier Rolin et Christine Angot, bénéficient d’une presse énorme. Mais si l’accueil est chaleureux, voire dithyrambique pour Un Chasseur de lion, de Rolin, les avis sont beaucoup plus partagés pour Le Marché des amants. Tiennent-ils leurs promesses en termes de ventes ?
Oui, même s’il est encore un peu tôt pour dresser un bilan. Ils sont rapidement entrés dans le classement des meilleures ventes. Ils ont bénéficié de très bonnes mises en place et ont tout de suite nécessité des réassorts.
Et tous deux ont une presse énorme, c’est vrai. Olivier a écrit un très grand livre. En tant que lecteur, j’ai été soufflé. Christine est un auteur qui provoque régulièrement la polémique. Cela n’empêche pas certains journalistes de dire leur détestation sur trois pages de magazine. Ce qui suscite l’intérêt du lecteur. Tenez, regardez (il montre le Monde des livres du jour). Presque une page consacrée à Christine, avec interview et critique. Et Josyane Savigneau l’écrit très justement dans son papier : Christine Angot a choisi « la voix étroite des écrivains qui ne peuvent susciter l’assentiment social ».

Espérez-vous un prix pour le Seuil ?
Bien sûr ! D’ailleurs, tous nos livres méritent d’être salués. Mais le Seuil a la chance de recevoir un prix littéraire chaque année : l’an passé, le Médicis pour La Stratégie des antilopes de Jean Hatzfeld ; en 2006, le prix Renaudot à Alain Mabanckou pour Mémoires d’un porc-épic. Il ne faut pas oublier l’impact de ces prix, qui déclenchent un phénomène de haut-parleur, amplifiant sensiblement les ventes. C’est toujours important, cela peut parfois devenir énorme.

A l’heure des concentrations au sein de grands groupes et de la multiplication des petits éditeurs, quel regard jetez-vous sur le paysage éditorial ?
Même s’il existe de grands groupes, chacun laisse une véritable liberté dans le monde éditorial français. L’état de l’édition incombe avant tout aux éditeurs. Et le livre ne se défend pas si mal. Bien sûr, les exigences de gestion sont réelles, mais nous disposons d’une réelle marge de manœuvre, ce qui libère une grande créativité.

Vous êtes donc optimiste pour l’avenir ?

Serein, sans aucun doute.

 

Propos recueillis par Oliver Quelier

 

LA BIO DE DENIS JEAMBAR

Denis Jeambar a été nommé président-directeur général du Seuil à l’automne 2006, après un parcours consacré au journalisme. Né en 1948 dans le Vaucluse, il commence sa carrière en 1970 à Paris-Match. En 1972, il entre au Point où il restera 25 ans. Nommé directeur de la rédaction, il quitte l’hebdomadaire en 1995. Après un passage de quelques mois à la tête d’Europe 1, il prend la direction de L’Express. En 2002, il devient président du directoire du groupe Express-Expansion. Il est depuis 2006 le président et le directeur éditorial du Seuil, qui regroupe les éditions du Seuil et de L’Olivier.
Denis Jeambar a tenu de nombreuses chroniques dans les médias. Il a animé l’émission Affaires publiques sur France 5 et occupe la fonction d’administrateur dans différentes structures (Institut pratique de journalisme, Musée du Louvre). Passionné de politique et de musique, il est l’auteur d’une quinzaine de livres, romans et essais. Derniers titres en date : Nos Enfants nous haïront (avec Jacqueline Rémy) et Le Défi du monde (avec Claude Allègre).

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