Maud Bataille est lectrice/ correctrice pour Gulf Stream et le Petit Véhicule Edition. Elle travaille également pour la presse magazine.

 

 

 

 

 

Qu’est ce qui vous a incité à devenir lectrice?
Mordue de lecture, ma passion pour la langue française m’a conduite au métier de lectrice/correctrice après mes études universitaires. Je voue également une passion particulière aux langues étrangères, notamment l’anglais et l’allemand, deux langues que j’ai étudiées lors de mon parcours universitaire. J’ai fait le choix de m’orienter vers les métiers de la presse et de l’édition pour être aux prises avec le monde du livre et de l’écriture. Le métier de correctrice était une option parmi d’autres…

Que faut-il faire pour devenir lectrice d’une maison d’édition?
Pour ma part, j’ai suivi une formation professionnalisante au CEC à Paris (Centre d’écriture et de communication) de 2005 à 2006 après un DEA d’allemand. Il existe de multiples possibilités. Il y a vingt ans, les correcteurs étaient avant tout dotés d’une solide culture générale conjuguée à une maîtrise irréprochable du français et se formaient sur le tas. Actuellement, les mêmes qualités sont requises.
En revanche, il est difficile d’être crédible auprès d’une maison d’édition sans avoir suivi une formation spécifique. Le niveau d’études minimum requis est le bac, mais la plupart des aspirants au métier ont un bac +4.


Quels sont les erreurs fréquentes que vous rencontrez dans vos lectures?

C’est très variable d’un auteur à l’autre. L’essence de mon travail consiste à traquer la moindre faute de syntaxe, de grammaire, d’orthographe, alors j’en trouve toujours, inévitablement. Les coquilles sont parfois nombreuses, les fautes d’accord également. J’ai eu à intervenir sur des textes comportant des passages en allemand ou en anglais, qui méritaient d’être retraduits tant la construction était fautive. Il arrive aussi que j’aie à réécrire des passages mal formulés, ce que l’on appelle le « rewriting » dans le métier.

Si vous aviez un conseil à donner aux auteurs qui cherchent à publier mais sans succès?
Indéniablement un talent d’écriture, plus qu’une intrigue ou une catégorie littéraire. Un auteur me séduit en trouvant les mots justes qui vont droit à l’esprit et au cœur, a fortiori quand il s’agit d’explorer les facettes du monde contemporain et les comportements humains. Je ne suis pas certaine d’avoir une solution miracle ni d’être idéalement placée. Etre lu par un éditeur est un challenge. Il faut avant tout frapper aux bonnes portes. Tenter d’abord auprès d’un éditeur local, tout en étant en cohérence avec sa ligne éditoriale. Mieux l’écrivain cible, plus il a de chances d’être publié. Lorsqu’un éditeur publie un auteur encore inconnu, il prend aussi un risque. Enfin, si le manuscrit pâtit d’un excès de tournures maladroites, il est préférable de se faire
relire et corriger par un lecteur/correcteur d’édition. Il ne faut pas se décourager, éventuellement s’essayer à la publication à compte d’auteur auprès de maisons sérieuses.

Faites-vous une première lecture du texte pour appréhender l’histoire ou corrigez-vous directement le texte?

Tout manuscrit que je suis amenée à corriger est perçu à travers le prisme du professionnalisme. Généralement, je jette un premier coup d’œil au manuscrit en le feuilletant, si j’ai déjà le synopsis, je le lis. Puis, je m’adonne directement à ma tâche. Armée d’un stylo, je débusque la moindre incohérence ou faute au cours d’une première lecture. Une deuxième lecture s’impose pour préciser le travail. En clair, je ne lis jamais un manuscrit dans son intégralité comme lectrice amatrice, mais en ma qualité de correctrice professionnelle, cela fait partie du jeu.

Vous est-il déjà arrivé de corriger certains textes bourrés de fautes et/ou d’incorrections grammaticales mais qui dégageait une qualité littéraire indéniable?
Je pense qu’un texte bourré de fautes nuit à la qualité littéraire globale. Ceci étant, il arrive que des auteurs à la qualité d’écriture indéniable fassent des fautes. J’avoue ne jamais avoir corrigé de manuscrits criblés de fautes, mais cela fait partie des défis que relève tout correcteur dans sa carrière.

Quel regard portez-vous sur l’édition numérique?
L’édition numérique est un excellent moyen de diffuser un livre, de faire connaître une maison d’édition. Un éditeur en ligne peut être vu par de nombreux auteurs et lecteurs potentiels, et ce partout dans le monde, à tout moment. A mon sens, l’intérêt des internautes pour les publications en ligne va croissant, et il est crucial de s’adapter à cette nouvelle donne.

Pensez-vous que l’émergence de l’édition en ligne est une menace suffisamment inquiétante pour que les éditeurs modifient leur stratégie marketing et tentent de renforcer le rapport que le lecteur entretient avec le livre papier?

Je pense que l’avenir du livre papier n’est pas foncièrement menacé. Le livre papier et numérique coexistent déjà, sans que l’un ne fasse de l’ombre à l’autre. Tout dépend du contenu : une encyclopédie en ligne est idéale (notamment pour la mise à jour des données), alors qu’un bon polar a tout intérêt à être publié sur papier. L’utilisation conjointe des deux supports est à envisager pour tout éditeur à l’avenir, c’est évident. Certes le livre numérique est facile d’accès, mais je préfère le toucher et l’odeur du papier, le plaisir d’une lecture sans écran, lovée dans un fauteuil, à l’instar de nombreux lecteurs.


Parlez-nous du dernier texte qui vous a fait vibrer ?

Le dernier texte qui m’a fait vibrer… de la poésie : Apollinaire et ses Alcools enivrants…

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