Geoffrey Cohen est gérant de la librairie La Pietra-Domenico. Il est également le rédacteur en chef de “Star du Week “

Pourquoi avoir choisi de devenir libraire?
Mon père était libraire en Autriche. C’est un amour des livres indélébile depuis mon enfance, de senteurs particulières, de vieux papiers, d’encre… Tous ces facteurs m’ont poussé à perpétuer le métier paternel.

Quel est votre travail au quotidien?
Vendre des livres à des clients et pour cela il faut s'informer et communiquer avec tout mon personnel, gérer les comptes, les ventes et accueillir ma clientèle. En second lieu, je me dois d’être au courant de tous les bouquins que j’appelle « piliers » ou « chocs », en somme, les inévitables. Je lis le soir pour ne rien zapper de ces perles dans le vent.


Qu'est ce qui vous paraît le plus passionnant dans ce métier
C'est une découverte constante, autant des livres que des personnes. A l’arrivée de chaque nouveau roman, c’est un peu comme si j’avais des indications précieuses à donner, comme si je devais « guider, orienter » ma clientèle vers ce que j’ai de meilleur en magasin.


En tant que libraire, vous êtes amené à critiquer les livres. Quels sont vos critères d’analyse et de jugement?
Je fais bien sûr attention à l’écriture. Mais ce critère, évidemment fondamental tend à laisser plus de place à la créativité ou originalité des auteurs. Je crois qu’à l’heure actuelle on a tout traité, tous les thèmes, tous les meurtres ou love story éculées possibles. Désormais je pense que les
éditeurs sont vigilants aux auteurs qui apportent leur univers. Je vous le dit de suite, c’est une denrée rare en France.


Pensez-vous que le marché du livre s’adapte à une mode de genre et de style comme peut l’être “La Harry Potter Mania”?
Oui, sans aucun doute. Mes ventes le confirment. La jeunesse (15-30) en est friande mais de plus en plus la ménagère de + de 50 ans. J’ai entendu l’autre jour une vieille dame qui achetait « Les reliques de la mort » le dernier opus d’Harry Potter et qui précisait à sa petite fille qu’elle-même allait le lire de suite après elle.
Ce qui suppose que cette belle mamie avait lu les 6 autres tomes. C’est désespérant mais vous ne pouvez pas imaginez combien les gens aiment ces univers de fantasy et de magie. Mais attention l’univers doit être immense, le lecteur doit pouvoir se « noyer » dans une fourmilière de héros, de suspens et d’histoires parallèles...


Avec l’arrivée du livre numérique, comment voyez-vous l’avenir du livre papier authentique?
Je le vois perdurant encore des siècles et des siècles. Je n’ai pas un seul client qui ne lise une œuvre via un écran plat. La lecture plate, sans odeur, ni toucher n’est en rien une lecture. Pour parler d’internet et de son avancée numérique, le cas du roman auto-édité que j’expose plus bas montre qu’une révolution est en train de se produire quant au site vitrine des livres et à la mise en valeur et promotion d’un univers bien précis.

Les lecteurs vous demandent-ils souvent votre avis sur les livres à lire?
Ils ne demandent que ça même ! Là il faut savoir que vous passez pour un « expert », le « spéléologue » des gouffres de papier qui languissent sous leur yeux avides et frétillants. Généralement il est très rare de voir des retours
insatisfaits. Il faut être le physionomiste de leurs goûts à chaque visite, sentir leur désir de lecture, la tendance du moment, ce qui se fait de bien, l’«Outsider»qu’ils découvriront…. D’ailleurs...


Parlez-nous de votre dernier coup de coeur en librairie?
Pour être franc mon dernier coup de cœur n’est pas encore en librairie. J’ai été séduit comme beaucoup de personne par l’audace d’Anthony Luc Douzet et son roman auto-édité La Porte, premier tome de sa trilogie polar fantastique. J’ai vraiment l’impression que l’auteur apporte enfin un nouvel univers, quelque chose de «sucré» comme dans les premiers Tarantino. Et ça transforme « la chambre jaune » en polar fade et simplet. Son concept de trois portes, à trois siècles différents, de trois univers distincts m’a laissé coît. Tout comme son site officiel : je n’ai jamais vu un jeune auteur mettre autant d’énergie, de créativité pour sortir de la masse, du « mou »culturel stagnant. Qui ne le connaît pas désormais sur Facebook ?
Les ventes suivent en plus et il n’ a pas d’éditeurs. Je ne fais aucune publicité mais j’espère pouvoir le présenter très vite à mes clients et le rencontrer un jour !. D’ailleurs, je ne pense pas que la critique du journaliste lyonnais du progrès « Le nouveau Dan Brown français » soit exacte, j’aurais dit « le nouveau Tim Burton français ». On en reparlera dans quatre, cinq ans… Que les éditeurs se réveillent !

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