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Par Tristane Banon - BSCNEWS.FR / Le Bateau livre a coulé, les premiers dommages collatéraux de la suppression de la publicité sur le service public sont donc…culturels ! Le Bateau livre a coulé, les premiers dommages collatéraux de la suppression de la publicité sur le service public sont donc…culturels ! Certes, on savait depuis longtemps que culture et profit vont rarement de pair et que, pour satisfaire au marketing, tout ouvrage de l’esprit se devait d’être un bon produit. Quand je suis arrivée dans ma première maison d’édition, j’ai vite compris que c’était grâce aux plumes best-sellers publiées dans cette même chapelle, que l’on pouvait miser quelques euros sur le jeune auteur que j’étais. Alors les chaînes privées, appelées à devenir les principales bénéficiaires de la manne publicitaire abandonnée par France Télévision, vont-elles appliquer des compensations économiques comparables à celles dont j’ai profité chez mon petit éditeur ? Je m’explique : TF1, pour ne citer qu’elle, laissera-t-elle vivre Vol de nuit, l’émission littéraire jusqu’alors présentée par PPDA ? Il est permis d’en douter, sachant que le célèbre présentateur a bien souvent mis sa démission dans la balance pour obtenir le maintien, fût-ce dans une tranche horaire très tardive, d’une des seules émissions à parler vraiment du livre. Il y avait Place aux livres aussi, sur la filiale LCI, présentée par le même. Même conjoncture, et donc mêmes interrogations… A moins qu’une forme d’équité régulée soit établie par le biais de ce qui pourrait s’appeler le Cahier des Charges de l’audiovisuel ?
Avant la décoiffante interview de Nicolas Sarkozy en janvier dernier, et son annonce de la suppression de la publicité sur le service public, les choses étaient claires : A TF1 et M6 la fonction de gagner des sous, de faire de l’audience en donnant en pâture aux téléspectateurs ce qui marche le mieux. Aux chaînes publiques la noble vocation de cultiver le bon peuple ! Oui mais voilà, il semble bien que la dimension culturelle ne soit pas incontournable dans la stratégie présidentielle, et, alors même que Monsieur Copé travaillait à cette réforme du service public, Frédéric Ferney, historique présentateur du Bateau Livre sur France 5, se voyait remercié. Bien sûr, à la rentrée, il y aura Daniel Picouly, présentateur de talent d’une émission jusqu’alors brillante, Café Picouly. Arraché à France 5 pour rejoindre France 2, il sera en alternance, une semaine sur deux, avec une autre émission culturelle dont on ne sait pour l’instant pas grand chose. Sans doute une émission de plateau entre gens à la tête bien remplie. On remplace des émissions littéraires de qualité par des talk-shows entre people cultivés, supposés valoriser notre intellect par mimétisme et par écran interposé. J’adore ce format d’émission, qui donne à Madame La-France-D’en-Bas dans sa cuisine, le sentiment d’y recevoir BHL ; sauf que ces échanges entre intervenants brillants se transforment le plus souvent en commentaires d’actualité qui n’ont plus rien de littéraire. Je suis dévoreuse de ces émissions, mon côté France-d’en-bas sans doute, gourmande de tout ça. Mais les aimer n’empêche pas d’être objectif sur ce qu’elles sont : rarement du vraiment littéraire. Faut-il être inquiet ? Je n’ai aucune autorité pour répondre à cette question, chacun jugera. Moi, j’ai peur. Je n’aime pas l’idée d’une télévision sans livre. Non qu’il y ait grand chose de visuel là-dedans : Une couverture et une photo d’auteur format timbre-poste. Pas vraiment télégénique. Mais il y a matière à réfléchir, à débattre, à partager… Ce qui n’est déjà pas si mal. Peut-être reste-t-il une carte à jouer du côté des chaînes du câble et de la TNT, la « Nouvelle offre télévisée » comme on dit, sans doute même. Mais malgré l’essor de ces vecteurs parallèles, ils n’en restent pas moins des canaux confidentiels. Alors, la culture sera à partager entre clubs restreints d’initiés, comme à l’époque des salons littéraires du XVIII ème siècle. Loin de moi l’idée de parler de retour en arrière. Notre président a eu la franchise d’admettre qu’il était plus addict au chocolat qu’à la littérature, mais est-ce une raison pour nous mettre au régime « basses cultures » et à la diète littéraire ?


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