Karine Henry - Directrice de la librairie "Comme un Roman" - Paris 3ème"Je suis au coeur d’un source inextinguible de découvertes et que je peux transmettre,

c’est fabuleux !"

► Pourquoi avoir choisi de devenir libraire?
Il me fallait trouver ce que j’appelle un univers de cohérence. Je m’explique : j’ai très vite compris que ce qui donnait sens à ma vie était les mots, ainsi tout en ne cessant jamais de lire et d’écrire, il me fallait trouver un métier où je serais en contact avec ce qu’on nomme les lettres.
Or après un DEA en lettres modernes, devenir éditeur lorsqu’on est centré sur sa propre création m’a semblé impossible. Après un bref détours par l’enseignement, j’ai donc décidé de créer ma libraire : et là, aujourd’hui, entre ces murs couverts de livres, je ressens si fortement tous les possibles qu’offrent toutes ces pages que je me sais à ma place, au cœur de l’autre monde, celui qui n’obéit à aucun réel tangible ou palpable mais simplement au travail des mots, je suis au coeur d’un source inextinguible de découvertes et que je peux transmettre, c’est fabuleux !

► Quel est votre travail au quotidien?
Depuis que nous avons déménagé de la rue de Saintonge pour arriver au 39 rue de Bretagne, que nous sommes passés d’une librairie de 80 m² à 260 m, je suis très occupée par l’achat des livres, ainsi chaque semaine je reçois des représentants de maisons d’éditions qui me parlent de leurs livres afin que je décide de mes achats, cela s’appelle faire les offices. Je trouve cela très excitant de découvrir chaque mois tous ces livres, tous ces univers d’auteurs, ces histoires, ces images, …
Je m’occupe aussi d’organiser des rencontres et expositions qui ont lieu chaque mois à la librairie : définir la programmation, en faire la promotion, préparer la rencontre car à chaque fois j’interviewe assez longuement l’auteur en question avant de servir un apéritif … La prochaine rencontre sera le samedi 14 Juin dès 16h 30, nous accueillerons Anne-Marie Garat pour L’enfant des ténèbres ( Ed Actes Sud ), suite de Dans la main du Diable ( Ed Actes Sud ), puis nos clôturerons l’année avec la présentation de notre sélection d’été le Samedi 28 juin dès 16h 30 suivie d’un pot afin de fêter l’anniversaire de Comme Un Roman… qui aura 7 ans.


► Qu’est ce qui vous paraît le plus passionnant de ce métier?
L’immense champ des possibles que permet le fait d’évoluer au milieu de ce flux dense et illimité de livres et par conséquent d’univers qui nous échappent au réel.


► En tant que libraire, vous êtes amenée à critiquer les livres. Quels sont vos critères d’analyse et de jugement?
Comme je vous ai dis, le respect de la langue, en ce sens la recherche d’un certaine beauté et puis aussi la recherche d’un sens, un livre doit empoter en un ailleurs qui donne à ressentir au lecteur, à percevoir un autre possible du monde. Ainsi je n’apprécie pas les livres bavards, en ce sens, où je trouve de la matière inutile à l’économie du texte, j’appelle cela le gras. Un livre n’existe à mon sens que s’il possède en lui une nécessité propre et un essentiel à transmettre.


► Pensez-vous que le marché du livre s’adapte à une mode de genre et de style comme peut l’être “la Harry Potter mania”?
Il s’agit non pas de mode mais d’épiphénomène.


►Avec l’arrivée du livre numérique, comment voyez-vous l’avenir du livre papier authentique?
Le roman restera sur papier, j’en suis certaine. Pour le reste, c’est impossible encore de savoir mais il est certain que nous allons devoir nous adapter à d’autres modes de lectures.


►Les lecteurs vous demandent-ils souvent votre avis quant aux livres à lire?
Oui, car ils savent que nos conseils prennent en compte leur individualité, et cela nul média ne le peut.


►Parlez-nous de votre dernier coup de coeur en librairie?

Le dernier roman de Siri Hustvedt, “Elégie pour un Américain” ( Ed Actes Sud ). Sur fond d’une Amérique post 11 septembre, devenue étrangère à elle-même, l’auteur, tout en mêlant mémoires intime et collective, familiale et sociale, interroge les ressorts psychiques et moraux que s’invente l’esprit pour résister tout autant que se piéger. Elégie pour un Américain constitue une sorte d’encéphalogramme d’un inconscient collectif, d’une société blessée et ce, à travers l’histoire récente et ancienne d’une famille presque comme les autres, en ce sens, minée de non-dits.
Et puis il y a le deux romans de Tatiana de Rosnay, Elle s’appelait Sarah et La Mémoire des murs (Ed Héloïse d’Ormesson), deux livres servis par une tension psychologique très forte, un incroyable pouvoir d’attraction, de fascination …
Et puis encore une fois le dernier roman d’Anne-Marie Garat, L’Enfant des ténèbres (Ed Actes- Sud), suite de Dans la main du diable (Ed actes sud) et qui poursuit cette vaste fresque qui embrasse le siècle dernier en une orchestration virtuose, vous savez, il s’agit d’un de ces romans bien épais où l’on plonge avec délice pour retrouver un univers romanesque qui nous enlève.

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