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Jean-Marie Sevestre est le PDG de Sauramps à Montpellier. Sa librairie est la première librairie du Languedoc-Roussillon mais également une librairie de premier plan au niveau national.

Rencontre...

Pourquoi avoir choisi de devenir libraire?
Le hasard parce que je me destinais pas à devenir libraire. J’étais étudiant et il me fallait trouver un petit boulot. J’ai donc travaillé en librairie et j’ai découvert une vocation. Il est vrai que j’adorais lire mais je ne pensais pas en faire mon métier. Ce fut la découverte du livre et du métier de libraire. C’est à ce moment-là que mes employeurs m’ont sollicité pour me garder au sein de la librairie. J’ai ainsi gravi les échelons un à un. Sauramps reste aujourd’hui une entreprise indépendante de quelque groupe que ce soit.

Sauramps est une librairie de premier plan. A quoi attribuez-vous ce succès?

Je crois que notre grande force est dans le fait que nous travaillons pour être à disposition de tous les publics et nous avons la chance d’être dans une ville avec des universités très importantes. Nous avons un public intellectuel et curieux. Nous développons notre librairie avec les universités et le chiffre d’affaire suit cette progression depuis trente ans. On capte bien l’évolution de la ville et on essaie de définir ce que les clients viennent chercher comme ouvrages.


Est-ce que le marché du livre a changé depuis que vous avez pris la direction de Sauramps?
Le marché est en train d’évoluer depuis ces dernières années car l’université a changé elle aussi avec des programmes plus légers et des formations toujours plus nombreuses, on a affaibli l’enseignement et l’université a perdu des étudiants. Et c’est pour nous un domaine important. Mais je crois qu’on a atteint la fin du gouffre et on est train de remonter la pente. Car les étudiants peuvent trouver des produits à des prix abordables à Sauramps. Et on tente d’expliquer cela aux jeunes avec le développement d’un rayon jeunesse important. Nous tentons de les amener à la lecture et au plaisir.

Vous accordez une place importante aux premiers romans. Est ce que l’intérêt des lecteurs suit cette exposition?
C’est un peu la difficulté que nous avons. Les lecteurs suivent généralement les médias dans le choix de leurs livres. Nous restons un des points de vente de livres où nous avons pour mission de présenter des choses un peu moins médiatiques et où chacun doit trouver quelque chose. Ce qui me fait plaisir chaque année, c’est que nous continuons à avoir un taux de retour vers les éditeurs l’un des plus faibles dans la libraire française. Nous mettons à disposition des textes vraiment différents.

Comment Sauramps se positionne par rapport à l’émergence de la librairie en ligne?
Notre position est claire, Nous avons crée notre propre site et nous vendons directement en ligne. Mais nous n’avons pas décidé de rivaliser avec des sites-là. Et nous ne mettons sur le net que ce que nous avons en ligne en magasin. On a réagi de cette façon et je sais très bien que le marché du net augmente. Mais il ne fera jamais que remplacer la vente par correspondance. Cela ne me fait pas peur.

Concernant vos libraires, vous mettez en avant les livres que vous aimez ou ceux susceptibles d’attirer plus facilement le lecteur?
Nous faisons les deux ! Nous avons nos choix que nous mettons en avant sur nos tables mais nous présentons également des oeuvres dont nous avons lu les critiques. On ne censure pas même si quelques fois on ne met pas en avant certains textes qui ne correspondent pas à notre façon de voir.

Votre dernier coup de coeur en librairie?
C’est un ouvrage dont nous venons de décerner leprix Cévennes dédié au roman européen parce que nous avons trouvé que rien ne se faisait dans ce sens-là. C’est une jeune auteur allemande éditée par Actes Sud.

Est ce que vous pensez que les libraires influent-ils sur le choix des lecteurs?
Dans une certaine mesure oui. Nous venons faire des statistiques assez poussées suite à une offensive de députés pour contrarier la loi Lang et j’ai beaucoup agi pour contrer cette attaque. Pour l’année qui vient de s’écouler, notre réseau de libraire dont nous faisons partie vient de vendre 350 000 titres différents. Cela veut dire que le nombre de titres vendus publiés depuis moins d’un an ne représentaient que 17 % des titres vendus. Donc cette loi est vraiment utile. Le bénéfice de cette loi préserve ce réseau de librairie et on peut commercialiser des titres peu vendus grâce à la vente des succès récents. Cet équilibre doit être maintenue par cette loi.

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